Parashat Qora’h, Cohanim, une Alliance indéfectible
Après que la terre a englouti Qora’h[1] et tous ceux qui l’ont accompagné dans sa rébellion contre Moïse et Aaron afin de s’emparer de leur pouvoir spirituel, une grande terreur s’empare du peuple:
כז וַיֹּאמְרוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אֶל-מֹשֶׁה לֵאמֹר הֵן גָּוַעְנוּ אָבַדְנוּ כֻּלָּנוּ אָבָדְנוּ. כח כֹּל הַקָּרֵב הַקָּרֵב אֶל-מִשְׁכַּן יְהוָה יָמוּת הַאִם תַּמְנוּ לִגְוֺעַ. (במדבר יז:כז-כח)
27 Et les enfants d’Israël parlèrent ainsi à Moïse: « Certes, c’est fait de nous, nous sommes perdus, tous perdus! 28 Quiconque s’approche tant soit peu de la Demeure du Seigneur est frappé de mort: sommes-nous donc tous destinés à périr? » (Nombres 17:27-28)
A la suite de cette vaine crainte de mourir, la Torah déploie un système subtil et sophistiqué d’ordonnances divines qui vont servir de rempart protecteur contre la mort: la garde et l’ordre rigoureux définissent précisément qui peut s’approcher et de quelle manière du Sanctuaire divin. Il incombe aux Cohanim, fils de Qehat de porter tout le poids de la responsabilité du service divin. Ils doivent veiller à ce qu’aucun » זָר zar étranger » (qui n’est pas כֹּהֵן Cohen, Nombres 18:4) ne vienne perturber le bon déroulement du culte divin en tentant de s’immiscer par la force ou par la ruse dans les parties de la Tente du Rendez-Vous consacrées exclusivement aux Cohanim (le Saint / הַקֹּדֶשׁ HaQodesh et le Saint des Saints/ קֹדֶשׁ הַקֳּדָשִׁים Qodesh HaQodashim). Nul ne peut remplacer ceux qui détiennent le pouvoir de la כְּהֻנָּה Kehounah, du service divin.
א וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-אַהֲרֹן אַתָּה וּבָנֶיךָ וּבֵית-אָבִיךָ אִתָּךְ תִּשְׂאוּ אֶת-עֲוֺן הַמִּקְדָּשׁ וְאַתָּה וּבָנֶיךָ אִתָּךְ תִּשְׂאוּ אֶת-עֲוֺן כְּהֻנַּתְכֶם. (במדבר יח:א)
1 Et l’Éternel dit à Aaron: « Toi et tes fils et la famille de ton père, vous serez responsables des délits du sanctuaire; toi et tes fils, vous serez responsables des atteintes à votre service divin. (Nombres 18:1)
C’est ainsi que la parashat Qorah renferme un total de neuf injonctions (selon le décompte du Rambam – Maïmonide – dans son Sefer HaMitsvoth). Ce sont toutes des injonctions positives (obligations rituelles), et la grande majorité d’entre elles concerne le culte des Cohanim (la כְּהֻנָּה Kehounah), la garde du Sanctuaire ainsi que les dons dus aux Cohanim et aux Lévites.
Ce bloc législatif intervient comme une réponse directe à la contestation de Qora’h et de son assemblée sur le statut de la כְּהֻנָּה Kehounah et de la sainteté. L’Éternel réaffirme et définit à nouveau les rôles et les droits des Cohanim et des Lévi afin d’éviter toute intrusion ou confusion au sein du Tabernacle.
Sur ces neuf injonctions, deux mitsvoth concernant la dîme (Ma’asser) retiennent l’attention.
Il s’agit du מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן Ma’asser Rishon (Première dîme consacrée aux Lévites) qui enjoint de prélever un dixième de toute la récolte de la terre (la dîme) et de le donner aux Lévites.
כא וְלִבְנֵי לֵוִי הִנֵּה נָתַתִּי כָּל-מַעֲשֵׂר בְּיִשְׂרָאֵל לְנַחֲלָה חֵלֶף עֲבֹדָתָם אֲשֶׁר-הֵם עֹבְדִים אֶת-עֲבֹדַת אֹהֶל מוֹעֵד. (במדבר יח:כא)
21 Quant aux enfants de Lévi, je leur donne pour héritage toute dîme en Israël, en échange du service dont ils sont chargés, du service de la tente d’assignation. (Nombres 18:21)
La seconde mitsvah est celle du prélèvement de la תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר Teroumat Ma’asser (dîme de la dîme) qui enjoint aux Lévites de prélever un dixième de la dîme qu’ils ont reçue (la dîme de la dîme).
כו וְאֶל-הַלְוִיִּם תְּדַבֵּר וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם כִּי-תִקְחוּ מֵאֵת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל אֶת-הַמַּעֲשֵׂר אֲשֶׁר נָתַתִּי לָכֶם מֵאִתָּם בְּנַחֲלַתְכֶם-וַהֲרֵמֹתֶם מִמֶּנּוּ תְּרוּמַת יְהוָה מַעֲשֵׂר מִן-הַמַּעֲשֵׂר. (במדבר יח:כו)
26 « Parle aussi aux Lévi et dis-leur: Lorsque vous aurez reçu des enfants d’Israël la dîme que je vous donne de leur part, pour votre héritage, vous prélèverez là-dessus, comme impôt de l’Éternel, la dîme de la dîme. (Nombres 18:26)
Pourquoi ces deux mistvoth apparaissent-elles dans le contexte de la rébellion de Qora’h et de sa communauté ?
Qora’h lance un défi à l’ensemble d’Israël en proclamant haut et fort:
ג וַיִּקָּהֲלוּ עַל-מֹשֶׁה וְעַל-אַהֲרֹן וַיֹּאמְרוּ אֲלֵהֶם רַב-לָכֶם כִּי כָל-הָעֵדָה כֻּלָּם קְדֹשִׁים וּבְתוֹכָם יְהוָה וּמַדּוּעַ תִּתְנַשְּׂאוּ עַל-קְהַל יְהוָה. (במדבר טז:ג)
3 et, s’étant attroupés autour de Moïse et d’Aaron, ils leur dirent: « C’en est trop de votre part! Toute la communauté, oui, tous sont des saints, et au milieu d’eux est le Seigneur; pourquoi donc vous érigez-vous en chefs de l’assemblée du Seigneur? » (Nombres 16:3)
Qora’h vise à abolir les limites existantes entre les Cohanim, les Leviim et les fils d’Israël en déclarant de manière populiste et manipulatrice que « כֻּלָּם קְדֹשִׁים tous sont des saints » (Nombres 16:3). Ces deux commandements relatifs à la dîme viennent contrecarrer la position de Qora’h et ancrer un ordre hiérarchique clair au sein du peuple. Les Lévites ne reçoivent aucune part d’héritage foncier en Terre d’Israël afin de se consacrer entièrement au service du Sanctuaire puis à l’éducation spirituelle et éthique du peuple. La dîme (מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן Ma’asser Rishon, la première dîme) constitue leur « salaire » versé par la société, leur assurant une subsistance digne et une totale indépendance économique. La Torah souligne clairement que la dîme est leur rétribution en échange de leur travail. Puis, afin que les Leviim n’en viennent à développer un orgueil corporatiste et ne se perçoivent comme les « maîtres de la terre » collectant un impôt sur le peuple, la Torah les oblige à se positionner eux-mêmes comme de simples « fils d’Israël » vis-à-vis des Cohanim en pratiquant vis-à-vis de ces derniers l’injonction de תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר Teroumat Ma’asser, la dîme de la dîme. Aussi, le Lévi, libéré de toute contingence matérielle, reçoit la dîme, et doit immédiatement en prélever un dixième pour l’offrir au Cohen. Cet acte a pour but d’éduquer le Lévi à la vertu d’humilité et lui rappeler qu’il existe un degré de sainteté supérieur au sien. En somme, la subordination du Lévi au Cohen constitue une règle d’or. Qora’h, lui-même Lévi de la famille de Qehat a feint de ne point comprendre que le culte divin repose, en premier lieu, sur la hiérarchie cultuelle et la responsabilité de chaque tribu. Cette hiérarchie constitue la garantie d’un ordre nécessaire au culte divin. Qora’h, en aspirant à occuper la place du Grand-Cohen Aharon, a bouleversé l’harmonie intérieure inhérente au peuple d’Israël.
Chaque tribu doit connaître la singularité de sa vocation et de sa contribution à l’ensemble du peuple d’Israël.
Qora’h ne ménage point ses efforts répétés dans le dessein de faire vaciller l’institution de la Kehounah en affirmant faussement que tout le monde était égal et que la fonction d’Aharon relevait de l’éphémère. En répondant par une « בְּרִית מֶלַח berit mela’h Alliance de sel », l’Éternel clôt définitivement le conflit opposant Moïse et Aharon à Qora’h. Les contestations humaines passent, mais le décret divin est aussi incorruptible que le sel.
Le sel, symbole d’inaltérabilité et de conservation, scelle ici juridiquement la fonction d’Aharon après le séisme politique provoqué par Qora’h.
יט כֹּל תְּרוּמֹת הַקֳּדָשִׁים אֲשֶׁר יָרִימוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל לַיהוָה-נָתַתִּי לְךָ וּלְבָנֶיךָ וְלִבְנֹתֶיךָ אִתְּךָ לְחָק-עוֹלָם בְּרִית מֶלַח עוֹלָם הִוא לִפְנֵי יְהוָה לְךָ וּלְזַרְעֲךָ אִתָּךְ. (במדבר יח:יט)
19 Tous les prélèvements que les fils d’Israël ont à faire sur les choses saintes en l’honneur de l’Éternel, je te les accorde, ainsi qu’à tes fils et à tes filles, comme revenu perpétuel. C’est une Alliance de sel, inaltérable, établie de par l’Éternel à ton profit et au profit de ta postérité. » (Nombres 18:19)
Shabbat Shalom !
[1] Parashat Qora’h: Nombres 16:1-18:32.
