Parashat ‘Houkat : La chute des murs !

© Stocklib / usu79
© Stocklib / usu79

« Les hommes construisent trop de murs pas assez de ponts » (Isaac Newton)

 

Après quarante ans passés dans le désert[1], les fils d’Israël approchent de la Terre Promise, de la terre de Canaan. Alors que le rêve de l’accomplissement de la promesse divine est sur le point de se réaliser, Moïse doit, toutefois, s’adresser aux rois de territoires étrangers et requérir de ces derniers un droit naturel de passage.

Le premier roi à s’opposer farouchement à la requête d’Israël est Edom :

יז נַעְבְּרָה-נָּא בְאַרְצֶךָ לֹא נַעֲבֹר בְּשָׂדֶה וּבְכֶרֶם וְלֹא נִשְׁתֶּה מֵי בְאֵר דֶּרֶךְ הַמֶּלֶךְ נֵלֵךְ לֹא נִטֶּה יָמִין וּשְׂמֹאול עַד אֲשֶׁר-נַעֲבֹר גְּבֻלֶךָ. יח וַיֹּאמֶר אֵלָיו אֱדוֹם לֹא תַעֲבֹר בִּי פֶּן-בַּחֶרֶב אֵצֵא לִקְרָאתֶךָ. (במדבר כ: יז-יח).ש

17 Permets-nous de traverser ton pays ! Nous ne passerons pas par tes champs ni par tes vignes, et nous ne boirons point de l’eau des citernes ; nous suivrons la route royale, sans nous en écarter à droite ou à gauche, jusqu’à ce que nous ayons passé ta frontière. » 18 Et Edom lui répondit : « Tu ne traverseras point mon pays, car je me porterais en armes à ta rencontre. » (Nombres 20 : 17-18).

 

Puis après Edom, Israël se tourne vers le roi Si’hon, roi des Ammoréens qui, lui aussi, refuse catégoriquement de permettre un libre passage vers la Terre Promise à partir de son territoire :

כב אֶעְבְּרָה בְאַרְצֶךָ לֹא נִטֶּה בְּשָׂדֶה וּבְכֶרֶם לֹא נִשְׁתֶּה מֵי בְאֵר בְּדֶרֶךְ הַמֶּלֶךְ נֵלֵךְ עַד אֲשֶׁר-נַעֲבֹר גְּבֻלֶךָ. כג וְלֹא-נָתַן סִיחֹן אֶת-יִשְׂרָאֵל, עֲבֹר בִּגְבֻלוֹ וַיֶּאֱסֹף סִיחֹן אֶת-כָּל-עַמּוֹ וַיֵּצֵא לִקְרַאת יִשְׂרָאֵל הַמִּדְבָּרָה וַיָּבֹא יָהְצָה וַיִּלָּחֶם בְּיִשְׂרָאֵל. (במדבר כא: כב-כג).ש

22 « Je voudrais passer par ton pays. Nous ne traverserons ni champs ni vignobles, nous ne boirons point de l’eau des citernes ; nous irons par la route royale, jusqu’à ce que nous ayons passé ta frontière. » 23 Mais Sihôn ne permit point à Israël de traverser son territoire ; et Sihôn rassembla tout son peuple, marcha à la rencontre d’Israël, vers le désert et atteignit Yahça, où il livra la bataille à Israël. (Nombres 21 : 22-23).

 

A la Parashah Dévarim du Deutéronome, Moïse, parlant au nom du peuple, précise bien qu’Israël ne recherche que la paix sans aucune velléité de guerre ni de conquête :

כו וָאֶשְׁלַח מַלְאָכִים מִמִּדְבַּר קְדֵמוֹת אֶל-סִיחוֹן מֶלֶךְ חֶשְׁבּוֹן, דִּבְרֵי שָׁלוֹם, לֵאמֹר. כז אֶעְבְּרָה בְאַרְצֶךָ בַּדֶּרֶךְ בַּדֶּרֶךְ אֵלֵךְ לֹא אָסוּר יָמִין וּשְׂמֹאול. כח אֹכֶל בַּכֶּסֶף תַּשְׁבִּרֵנִי וְאָכַלְתִּי וּמַיִם בַּכֶּסֶף תִּתֶּן-לִי וְשָׁתִיתִי רַק אֶעְבְּרָה בְרַגְלָי. (דברים ב: כו-כח).ש

26 Et j’envoyai, du désert de Kedêmoth, une députation à Sihôn, roi de Heshbon, avec ces paroles de paix : 27 « Je voudrais passer par ton pays. Je suivrai constamment la grande route, je n’en dévierai ni à droite ni à gauche. 28 Les vivres que je consommerai, vends-les-moi à prix d’argent ; donne-moi à prix d’argent l’eau que je veux boire. Je voudrais simplement passer à pied. (Deutéronome 2 : 26-28).

 

Enfin les Moabites aussi bien que les Ammonites vont eux aussi refuser de soutenir les Hébreux épuisés par la faim et la soif (Deutéronome 23 : 5) dans les déserts brûlants après la Sortie d’Egypte. Pourtant, eux seuls se voient interdire de devenir une part de l’Eternel. Ceci sans doute parce que ces deux derniers peuples font en quelque sorte partie de la famille éloignée d’Israël, Lot, dont ils descendent, étant le neveu d’Avraham.

En effet, la déception de Moïse touche à son paroxysme dans la mesure où Edom, Moav et Ammon sont liés par un lien historique et familial à la famille d’Israël. Cela n’empêchera point, toutefois, Israël de vaincre toutes ces Nations.

Leur refus de délivrer un droit de passage aux Hébreux suscite une interrogation d’ordre éthique : pouvons-nous empêcher même par la force le passage de migrants cherchant à gagner une terre salvatrice, leur terre d’origine étant devenue un enfer, en proie à la famine, à la guerre ou à d’autres maux ? Les habitants des pays traversés ont-ils raison de se sentir menacés dans leur sécurité ?

Tout d’abord, avant même que nous tentions de répondre à ces questions, une remarque préliminaire s’impose : les Hébreux ne cherchent aucunement à rester dans ces pays, mais uniquement à les traverser pour arriver à bon port et ne veulent en aucune manière en tirer profit. Ils se montrent même disposés à ne jamais quitter la route principale et à payer l’eau et le pain à leurs hôtes respectifs. Pourtant, Edom, les Ammoréens, Ammon et Moab, tous ces pays refusent simplement la traversée de leur territoire, qui devrait s’accomplir en quelques jours, quelques semaines tout au plus.

Nous sommes très loin du principe d’hospitalité exemplaire dont fit preuve le Patriarche Avraham. Bien plus : les rois d’Edom, de Heshbon, de Moab et d’Ammon tentent de combattre Israël afin de le détruire. Il ne s’agit donc plus d’un simple droit de passage refusé, mais d’un déferlement de haine gratuite destinée à empêcher le peuple de l’Eternel d’atteindre son objectif : Erets Israël !

Comment ne point se remémorer les images difficiles et douloureuses de milliers de migrants syriens, pakistanais et afghans qui, fuyant à pied leur pays d’origine ensanglanté par la guerre, tentent de traverser la Hongrie, en 2015, pour atteindre, entre autres, l’Allemagne et la Suède ? Beaucoup de ces femmes et hommes au regard perdu disent fuir pour recouvrer la Liberté tant espérée dans des pays qu’ils espèrent accueillants, ne fût-ce que pour un temps, le temps que leur pays d’origine retrouve la Paix et la sérénité.

La Hongrie fermera sa frontière par l’édification d’un mur de 175 kilomètres de long initié par Viktor Orban. Les murs semblent s’être emparés du monde pour empêcher les flux migratoires : entre la Bulgarie et la Turquie, entre les Etats-Unis d’Amérique et le Mexique, entre la Chine et la Corée du Nord, entre l’Espagne et le Maroc…Même la France a permis la construction d’un mur « anti-migrant » à Calais, financé par le Royaume Uni. Ces murs physiques symbolisent la peur de l’Autre, de l’Inconnu. La langue hébraïque reflète bien ce sentiment, elle qui a bâti le mot « étranger, גֵּר » sur le mot « avoir peur, לָגוּר ». L’Etranger fait peur.

Rappelons-nous la question de Moïse aux douze explorateurs :

יט וּמָה הָאָרֶץ אֲשֶׁר-הוּא יֹשֵׁב בָּהּ הֲטוֹבָה הִוא אִם-רָעָה וּמָה הֶעָרִים אֲשֶׁר-הוּא יוֹשֵׁב בָּהֵנָּה הַבְּמַחֲנִים אִם בְּמִבְצָרִים. (במדבר יג: יט).ש

19 quant au pays que [le peuple] habite, s’il est bon ou mauvais ; comment sont les villes où il demeure, des villes ouvertes ou des places fortes ? (Nombres 13 : 19).

 

En quoi cette question est-elle significative ?

Un peuple faible s’entoure de murailles, alors qu’un peuple fort évolue au sein de camps ouverts. Le grand philanthrope juif anglais Moïse Montefiore fut le premier à construire en-dehors des murailles de Jérusalem protégeant, alors, contre les brigands. C’est ainsi que, grâce aux efforts de Montefiore, fut construit le quartier hiérosolomytain de Mishkenot Sha’ananim, aujourd’hui un haut lieu touristique se caractérisant par son moulin.

La peur d’autrui, de l’étranger est le reflet de notre faiblesse identitaire. Le repli sur soi révèle le déclin des valeurs morales et religieuses qui font la force d’une civilisation.

Rabbi Lord Jonathan Sacks enseigne :

« Quand vous racontez votre Histoire et que votre identité est forte, vous pouvez accueillir l’étranger, mais quand vous arrêtez de raconter votre Histoire, votre identité faiblit et vous vous sentez menacé par l’étranger, Et c’est mauvais ! Les Juifs ont été éparpillés, dispersés et exilés durant 2000 ans mais nous n’avons jamais perdu notre identité. Pourquoi ? Parce qu’au moins une fois par an, durant la fête de Pessa’h, nous racontons notre Histoire, et nous l’enseignons à nos enfants. Et nous avons mangé le pain azyme de l’affliction et goûté aux herbes amères de l’esclavage.

Donc nous n’avons jamais perdu notre identité. Je pense que collectivement, il nous faut recommencer à raconter notre Histoire, qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Selon quels idéaux nous vivons ? Si cela arrive, nous serons assez forts pour accueillir l’étranger et dire : « Viens partager notre vie, viens partager notre Histoire, viens partager nos aspirations et nos rêves. C’est le nous de notre identité ». (How we can face the future without fear, together).

יח וַאֲנִי הִנֵּה נְתַתִּיךָ הַיּוֹם לְעִיר מִבְצָר וּלְעַמּוּד בַּרְזֶל וּלְחֹמוֹת נְחֹשֶׁת עַל-כָּל-הָאָרֶץ לְמַלְכֵי יְהוּדָה לְשָׂרֶיהָ לְכֹהֲנֶיהָ וּלְעַם הָאָרֶץ. יט וְנִלְחֲמוּ אֵלֶיךָ וְלֹא-יוּכְלוּ לָךְ כִּי-אִתְּךָ אֲנִי נְאֻם-יְהוָה לְהַצִּילֶךָ. (ירמיהו א: יח-יט).ש

18 Or, dès aujourd’hui, Je [L’Eternel] fais de toi [Jérémie] une ville forte, une colonne de fer, une muraille d’airain à l’encontre de tout le pays, des rois de Juda, de ses princes, de ses prêtres et du peuple de la contrée. 19 Et s’ils te combattent, ils ne prévaudront pas contre toi, car Je serai avec toi, dit l’Eternel, pour te protéger. » (Jérémie 1 : 18-19).

 

[1] Parashat ‘Houkat :  Nombres 19 : 1 – 22 : 1.

Si vous voulez en savoir plus sur l’enseignement de Haïm Ouizemann venez visiter son site.

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétarien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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