Parashat HaAzinou, Israël ou l’exigence d’Ethique

Le texte du chant HaAzinou [1] s’achève sur la vengeance du Seigneur :

מג הַרְנִינוּ גוֹיִם עַמּוֹ כִּי דַם-עֲבָדָיו יִקּוֹם וְנָקָם יָשִׁיב לְצָרָיו וְכִפֶּר אַדְמָתוֹ עַמּוֹ. (דברים לב: מג).ש

43 Nations, félicitez son peuple, car le Seigneur venge le sang de ses serviteurs ; il exerce ses représailles sur ses ennemis, réhabilite et sa terre et son peuple ! » (Deutéronome 32 : 43).

Cette vengeance appliquée par l’Eternel doit être comprise dans le sens de Justice. Tout au long de sa longue Histoire, Israël, abandonné de tous, ne doit son salut qu’à la Providence divine. Ce poème aux élans prophétiques annonce le retour du peuple d’Israël sur sa terre, Eretz Israël.

L’une des questions les plus difficiles est de savoir pourquoi nombre de Nations ont tenté et tentent encore de détruire Israël ou pour le moins de le délégitimer ?

Or, l’Eternel dénomme les ennemis d’Israël « צָרָי TsaRaY, Mes ennemis » (Deutéronome 32 : 41). Autrement dit, selon l’Eternel, toutes les Nations se tournant contre Israël ont pour dessein de Le combattre. Ce ne sont point les chutes et les faiblesses temporaires d’Israël qui conduisent les Nations à aspirer à détruire le peuple de l’Eternel mais la volonté de s’en prendre à l’Eternel par le biais d’Israël. Pourtant, ces mêmes Nations n’affirment-elles point leur « fidélité envers l’Eternel », leur « zèle pour l’Eternel » ? Il semble qu’au contraire, plus certaines Nations combattent violemment contre Israël, plus elles ont l’impression d’agir « pour la gloire de l’Eternel » ! N’ont-elles point inventé le terme de « guerre sainte », exprimant toute leur vanité ? Pourtant, l’Eternel l’affirme à plusieurs reprises dans tout le Tanakh (Bible) :

יב כִּי כֹה אָמַר, יְהוָה צְבָאוֹת, אַחַר כָּבוֹד, שְׁלָחַנִי אֶל-הַגּוֹיִם הַשֹּׁלְלִים אֶתְכֶם:  כִּי הַנֹּגֵעַ בָּכֶם, נֹגֵעַ בְּבָבַת עֵינוֹ. (זכריה ב: יב).ש

12 Oui, ainsi parle l’Eternel-des Armées, à la poursuite de l’honneur il m’a envoyé vers les peuples qui vous nient, car quiconque vous touche, touche à la prunelle de ses yeux. (Zacharie 2 : 12).

 

Cette volonté d’éradiquer toute trace divine en portant atteinte à la présence des Hébreux s’exprime indirectement par cette injonction de l’Eternel :

ב נְקֹם נִקְמַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מֵאֵת הַמִּדְיָנִים אַחַר תֵּאָסֵף אֶל-עַמֶּיךָ. ג וַיְדַבֵּר מֹשֶׁה אֶל-הָעָם לֵאמֹר הֵחָלְצוּ מֵאִתְּכֶם אֲנָשִׁים לַצָּבָא וְיִהְיוּ עַל-מִדְיָן לָתֵת נִקְמַת-יְהוָה בְּמִדְיָן.  (במדבר לא: ב-ג)

2 « Exerce sur les Madianites la vengeance due aux enfants d’Israël ; après quoi tu seras réuni à tes pères. » 3 Et Moïse parla ainsi au peuple : « Qu’un certain nombre d’entre vous s’apprêtent à combattre ; ils marcheront contre Madian, pour exercer sur lui la vengeance de l’Éternel. » (Nombres 31 : 2-3)

 

Alors même que l’Eternel, s’adressant à Moïse, l’enjoint de combattre les Midianites pour venger les fils d’Israël, ce dernier, transmettant les paroles de l’Eternel aux Hébreux, renverse la Parole divine en évoquant « la vengeance de l’Eternel ».

Moïse comprend que toutes les guerres menées par l’ennemi contre Israël visent à éradiquer le Nom divin, plus exactement le Tétragramme.

Le grand commentateur Rashi explique, sur ce dernier verset :

ש«נִקְמַת-ה‘: שֶׁהָעוֹמֵד כְּנֶגֶד יִשְׂרָאֵל, כְּאִלּוּ עוֹמֵד כְּנֶגֶד הַקָּדוֹשׁ-בָּרוּךְ-הוּא:»ש

« La vengeance de HaShem : Car celui qui se dresse contre Israël est comme s’il se dressait contre le Saint béni soit-Il. ».

Que recherchent les Nations en tentant de porter atteinte au Tétragramme, au Nom divin ?

Le Tétragramme, les quatre lettres du Nom divin, renferme le code éthique du peuple d’Israël auquel il incombe de transmettre le message au monde entier. Le Tétragramme est mentionné lors de l’élection d’Avraham qui, appelé à devenir le premier Patriarche d’Israël et le père de toutes les Familles de la Terre, aura pour vocation d’ordonner à ses descendants « d’observer la voie de l’Éternel, en pratiquant la Justice et le Droit » (Genèse 18 : 19). Le Tétragramme ouvre également le don des Dix Paroles (Exode 20 : 2 ; Deutéronome 5 : 6) au mont Sinaï. Israël par la voix d’Avraham et de Moïse apporte au monde ce qu’il y a de plus précieux pour une civilisation, à savoir les grands principes des Devoirs de l’Homme. La Tora met en avant la notion de Devoir engageant la conscience individuelle et la responsabilité collective. Les Droits de l’Homme, notion si chère au monde occidental, découlent de ces mêmes Devoirs. Israël est le peuple qui annonce les Devoirs de Liberté, d’Egalité et de Fraternité ! Le jour chômé du Shabbat pour tous les êtres, l’égalité et la complémentarité de la femme face à l’homme (Genèse 1 : 27), la fin de l’esclavage, l’attention portée au plus pauvre, la compassion envers l’animal et le respect du Vivant constituent une véritable Révolution sociale et sociétale dans la mesure où l’Homme créé à l’image de l’Eternel a le devoir de les accomplir. Même si l’altruisme s’inscrit dans la morale naturelle, la Tora, consciente de l’égoïsme humain, ordonne son application par la Tsedakah, le devoir de Justice s’accompagnant de Miséricorde.

Rappelons que si Pharaon refuse, d’un ton méprisant, de reconnaître le Tétragramme (Exode 5 : 2), Amaleq, quant à lui, tente d’en briser l’Unité (Exode 17 : 16). Tous les grands empires du passé comme les totalitarismes du présent sur le modèle de l’Iran des Ayatollahs refusent à Israël le droit d’existence car il porte le Tétragramme en son sein :

י וְרָאוּ כָּל-עַמֵּי הָאָרֶץ כִּי שֵׁם יְהוָה נִקְרָא עָלֶיךָ וְיָרְאוּ מִמֶּךָּ. (דברים כח: י).ש

10 Et tous les peuples de la terre verront que le Nom de l’Éternel est associé au tien, et ils te craindront (Deutéronome 28 : 10).

 

D’une certaine manière, leur « zèle pour l’Eternel » les aveugle au point qu’ils sont impuissants à constater et à admettre le lien puissant et indestructible qui unit l’Eternel à Israël, et ce, par jalousie, comme, en leur temps, Caïn jalousa Abel au point de le tuer ! Ces Nations ne réalisent point que, si Israël est le fils choisi, chaque Nation a sa place de choix auprès de l’Eternel :

יז  בִּנְפֹל אויביך (אוֹיִבְךָ) אַל-תִּשְׂמָח וּבִכָּשְׁלוֹ אַל-יָגֵל לִבֶּךָ. יח  פֶּן-יִרְאֶה יְהוָה וְרַע בְּעֵינָיו וְהֵשִׁיב מֵעָלָיו אַפּוֹ. (משלי כד: יז-יח).ש

17 Lorsque ton ennemi tombe, ne te réjouis point ; s’il succombe, que ton cœur ne jubile pas ! 18 L’Eternel verrait cela de mauvais œil, et il détournerait de lui sa colère. (Proverbes 24 : 17-18).

 

C’est ce que veut signifier le Talmud : s’il faut lutter contre ses ennemis, on ne doit point se réjouir de leur perte :

ש«וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מַאי דִּכְתִיב: «וְלֹא קָרַב זֶה אֶל זֶה כׇּל הַלָּיְלָה» (שמות יד: כ)? בִּקְּשׁוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת לוֹמַר שִׁירָה אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַעֲשֵׂה יָדַי טוֹבְעִין בַּיָּם וְאַתֶּם אוֹמְרִים שִׁירָה» (תלמוד בבלי, מגילה י: ב).

« Rabbi Yohanan dit : qu’est-il écrit : « de toute la nuit, les uns n’approchèrent point des autres » (Exode 14 : 20) ? Les anges de service ont demandé à chanter un chant de louanges. Le Saint béni soit-Il dit: « L’œuvre de mes mains se noie, et vous, vous voulez chanter un chant de louanges? » » (Talmud de Babylone, Traité Meguilla, 10, b).

C’est parce que le peuple juif dans son ensemble a toujours cru en l’Eternel qu’il doit en souffrir :

כג  כִּי-עָלֶיךָ הֹרַגְנוּ כָל-הַיּוֹם נֶחְשַׁבְנוּ כְּצֹאן טִבְחָה. (תהלים מד: כג)

23 Mais pour Toi [Eternel] nous sommes tués chaque jour ; on nous considère comme des brebis destinées à l’abattoir. (Psaume 44 : 23).

 

Rabbi Lord Jonathan Sacks enseigne :

« C’est le sens de » Hachem (le Nom, le Tétragramme) » : le Dieu qui intervient dans l’histoire. Comme Judah Halevi le souligne, les Dix Commandements ne commencent pas par les mots « Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui a créé le ciel et la terre », mais « Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir d’Égypte, de la maison d’esclavage ». « Elohim » est Dieu tel que nous le rencontrons dans la nature et la création, mais « Hachem » est Dieu tel que révélé dans l’Histoire, dans la libération des Israélites de l’esclavage et de l’Égypte ». (The God Who Acts in History, VaEra 5779).

ב  לוּלֵי יְהוָה, שֶׁהָיָה לָנוּ בְּקוּם עָלֵינוּ אָדָם. ג  אֲזַי חַיִּים בְּלָעוּנוּ בַּחֲרוֹת אַפָּם בָּנוּ. (תהלים קכד: ב-ג).ש

2 si l’Eternel n’avait été avec nous, quand tout le monde se levait contre nous, 3 ils nous auraient avalés tout vivants dans le feu de leur colère contre nous (Psaume 124: 2-3)

[1] Deutéronome 32 : 1-52.

Shabbat shalom !

Si vous voulez en savoir plus sur l’enseignement de Haïm Ouizemann venez visiter son site.

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétarien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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