Paradoxe d’un Hamas discret à Gaza et actif en Cisjordanie

Un militant des Brigades Izzedine al-Qassam, la branche militaire du Hamas, le long de la route principale du camp de réfugiés de Nusseirat, au centre de la bande de Gaza, le jeudi 28 octobre 2021. (Photo AP/Adel Hana)
Un militant des Brigades Izzedine al-Qassam, la branche militaire du Hamas, le long de la route principale du camp de réfugiés de Nusseirat, au centre de la bande de Gaza, le jeudi 28 octobre 2021. (Photo AP/Adel Hana)

Le Hamas a choisi une nouvelle stratégie consistant à ne plus lancer d’attaques depuis Gaza mais, en revanche, à organiser en Cisjordanie des cellules terroristes armées et chargées de planifier des attaques de grande envergure. Les violences ont certes diminué d’intensité à Gaza, même si elles persistent de manière sporadique. Le calme y règne car Israël a autorisé 10.000 ouvriers à traverser la frontière tous les jours pour travailler.

Cela permet de réduire le chômage et de calmer la grogne de la population sous réserve qu’il n’y ait pas de reprise des troubles. Par ailleurs, sous l’égide de l’Égypte, une négociation est en cours pour un échange de prisonniers et il n’est pas question de remettre en cause ces discussions. Enfin le président Al-Sissi a décidé de mettre la main à la poche pour reconstruire Gaza avec l’aide du Qatar. Le Hamas est donc condamné à faire profil bas à Gaza s’il veut bénéficier de ces avancées politiques.

Mais il en est autrement en Cisjordanie où l’on pourrait avoir d’autres thèses pour expliquer le réchauffement de la situation. Le réveil des cellules dormantes et leur réarmement à outrance pourraient ne pas être dirigés contre Israël mais contre l’Autorité palestinienne. Le Hamas, avec l’aide de dirigeants contestataires du Fatah, éliminés de la gouvernance, préparerait une sorte de révolution de Palais pour limoger Mahmoud Abbas qui s’accroche au pouvoir.

Mais Israël ne peut pas se permettre de laisser se développer le désordre à ses frontières parce qu’il y a cependant un doute sur les motivations finales des conjurés. Alors plus de 50 militants ont été arrêtés car selon les responsables sécuritaires : «le but de l’intensification des activités terroristes compromet la stabilité dans la région, tout en faisant payer un lourd tribut aux résidents locaux».

Le Shin Bet, dénommé ISA (agence de sécurité israélienne), en collaboration avec la police, a découvert une vaste infrastructure du Hamas, dirigée par de hauts responsables à l’étranger, qui opérait dans toute la Cisjordanie afin de perpétrer des attaques dans la région et à Jérusalem. Le Shin Bet a confisqué des sommes importantes, des armes et des munitions ainsi que tout un matériel pour confectionner des engins explosifs.

Le vice-président du Hamas, Saleh Al-Arouri, résidant en Turquie, fondateur des Brigades Ezzedine al-Qassem, est activement impliqué dans la collecte et le transfert de fonds au nom du Hamas. Il se concentre sur le renforcement des capacités militaires du Hamas en Cisjordanie, en faisant de la contrebande d’armes et en établissant des cellules dormantes. Il est aussi le financier et le maitre d’œuvre des opérations à distance.

Son adjoint direct et responsable de l’infrastructure terroriste est Zacharia Najib, ravisseur et assassin de Nachson Wachsman qui a été libéré lors de l’échange de Guilad Shalit. Il s’agit d’un homme de main impliqué dans la planification de l’assassinat d’éminents Israéliens. Les membres de la cellule ont été recrutés dans toute la Cisjordanie, y compris Ramallah, Hébron et Jénine.

La structure du réseau a été mise en place par Hijazi Kawasmeh, 37 ans, militant connu à Hébron membre d’une famille avec une longue tradition terroriste. Il a été arrêté dans l’opération. Le chef de sa famille, Mahmoud Kawasmeh, travaille depuis Gaza pour organiser les opérations du Hamas en Cisjordanie. Il a reçu des hauts responsables du quartier général à l’étranger des instructions pour mener des attaques. Saleh Al-Arouri a mis à sa disposition une somme d’un million de dollars pour organiser un enlèvement d’un israélien.

Zaharan, qui a été arrêté à plusieurs reprises pour implication dans des opérations du Hamas, a été rejoint par son frère Ahmed Zaharan, pour acquérir des armes et préparer des engins piégés, qui ont été saisis par le Shin Bet. Ahmed Zaharan a été tué le 26 septembre lors d’une opération avec les forces de sécurité.

Lors des opérations sur le terrain, Muhammad Abu Al-Hassan, un militant du Hamas du Burkin, et Abdul Ani Khidur, un militant du Hamas de Sira, ont été identifiés comme responsables de la production d’explosifs. Depuis l’étranger, grâce à un financement presque illimité, les chefs du Hamas organisent le recrutement de nouveaux terroristes pour agir en Cisjordanie alors que le Hamas dirige Gaza.

L’ISA a révélé que Musa Dudin de Yatir, lui-aussi libéré dans le cadre de l’accord Shalit, est le bras droit de Saleh El-Arouri, impliqué dans le trafic d’argent du terrorisme, finançant en particulier les terroristes de la région d’Hébron. Pour le Shin Bet : «Le but de l’intensification des activités terroristes ordonnées par des membres du Hamas à Gaza et à l’étranger, est de saper la stabilité dans la région».

Ces arrestations du Shin Beth sont intervenues au lendemain d’une attaque perpétrée à Jérusalem par un membre du Hamas, qui a coûté la vie à un Israélien et blessé trois personnes. L’assaillant a été abattu. Des milliers de personnes ont assisté aux funérailles du jeune Israélien originaire d’Afrique du Sud, Eliahu Kay, 25 ans, tué lors de cette rare attaque palestinienne à l’arme à feu ans dans la Vieille Ville de Jérusalem. L’assaillant était un membre du Hamas qui habitait à Shuafat à Jérusalem-Est, identifié comme Fadi Abou Chkhaydem.

Article initialement publié Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
Comments