« Papa, je veille sur la terre d’Israël »

Des soldats israéliens dans la bande de Gaza, sur une photo diffusée le 18 novembre 2023. (Crédit : Armée israélienne)
Des soldats israéliens dans la bande de Gaza, sur une photo diffusée le 18 novembre 2023. (Crédit : Armée israélienne)

Depuis le 7 octobre 2023, près de 20 000 militaires et membres des forces de sécurité israéliennes ont été blessés, et plus de 900 sont tombés au combat. Parmi eux, le commandant Eden coe, officier et chef de char, qui dirigeait le bataillon 52 et la brigade 401 lors des opérations terrestres dans la bande de Gaza. Au tout début de la guerre, en novembre 2023, il téléphone à son père depuis Gaza pour lui dire ces mots :

Papa, je te demande d’écouter attentivement ce que j’ai à te dire, sans te fâcher.

Papa, nous sommes ici en enfer, et la situation est catastrophique.

Je ne sais pas ce qui va se passer, mais il est possible que je ne rentre pas à la maison, que je reste ici. Alors écoute-moi, s’il te plaît : je veux que vous continuiez à vivre comme si j’étais encore parmi vous. Ne vacillez pas, ne vivez pas dans la tristesse. Continuez à profiter de la vie, allez au restaurant, voyagez, faites toutes ces choses que nous aimions faire ensemble. Papa, je suis sérieux, je vous interdis de faire autrement. Sache que je suis fier de ce que je fais, et si quelque chose devait m’arriver, alors qu’il en soit ainsi. Tout va bien. Car j’accomplis la mission de ma vie : je veille sur la terre d’Israël.

Pendant vingt-trois jours, le char d’Eden a mené le bataillon avec courage et héroïsme, jusqu’à ce qu’il soit touché directement par un missile antichar lors de l’assaut sur Jabalia, quelques jours après avoir dicté son testament à son père. Le capitaine Eden Provizor ז״ל est tombé le 18 novembre 2023 (5 Kislev 5784). Il avait seulement vingt et un an. Il a été promu à titre posthume du grade de lieutenant à celui de capitaine.

J’ai lu et relu les mots de son testament des dizaines et des dizaines de fois, sans pouvoir m’arrêter. À chaque lecture, submergée par l’émotion, j’ai pleuré des larmes mêlées d’amertume, de tristesse et aussi de culpabilité, celle de notre génération, qui, à son tour, a échoué à préserver nos enfants, et nos futurs enfants, de l’atrocité de la guerre.

Les mots d’Eden sont dignes des plus grands héros, une grandeur et une clairvoyance qui ne devraient jamais habiter l’esprit d’un jeune homme de cet âge, à peine sorti du lycée. Chaque fois qu’un soldat tombe, je me demande combien de jeunes hommes merveilleux comme lui devront être encore sacrifiés pour combattre l’islamisme. Combien d’Israéliens devront encore mourir à cause du fanatisme islamiste.

Eden Provizor dit qu’il veille sur la terre d’Israël pour que nous puissions y vivre, et y vivre libres. Car il sait qu’elle est notre unique refuge, le seul endroit au monde où, en tant que Juifs, nous pouvons encore nous sentir chez nous sur terre. Ce petit morceau de terre, sans cesse grignoté, contesté, menacé, est pourtant le seul lieu où nos pas foulent notre propre histoire, où chaque pierre, chaque souffle de la brise semble murmurer notre mémoire.

Calendrier hébreu pour l’an 5591 (1831) pour la communauté juive allemande. (Crédit : Tomasz Sienicki via Wikipedia / CC-BY-SA 2.5)

Ce lien entre le peuple juif et la terre d’Israël est magnifiquement incarné par son calendrier qui représente l’ultime démonstration unissant l’histoire, la foi et la terre. Un témoignage qui réfute avec éclat tous les négationnistes qui nient ce lien, car il atteste d’une présence ininterrompue et d’un attachement immuable.

Les Juifs de diaspora le savent mieux que quiconque, même en exil, ce calendrier a maintenu le peuple juif dans le rythme de la terre d’Israël. Même exilé, le peuple juif suit son rythme agricole, comme les prières pour la pluie, par exemple ; et c’était à Jérusalem que le Sanhédrin (l’instance suprême religieuse et judiciaire juive) fixait le début des mois et proclamait les fêtes. Prier pour sa pluie, ses récoltes, son renouveau, c’était et c’est encore continuer à vivre au diapason de la terre d’Israël.

Ainsi, un Juif priant à Paris ou à New York se règle encore sur le climat de Jérusalem, tourne son corps vers elle, symbole d’une connexion spirituelle et concrète à la terre ancestrale.

Fondé sur le cycle lunaire et solaire, il reflète à la fois le mouvement et l’enracinement. Hérité des traditions bibliques et talmudiques, il porte en lui 5 786 ans de fidélité et de transmission. Il suit la lune, symbole d’un peuple souvent errant et changeant, mais reste aligné sur le soleil, symbole de stabilité et d’unité, grâce à un ajustement périodique, l’année embolismique. Cet équilibre exprime la condition du peuple juif, dispersé mais jamais déraciné, mobile dans le temps, mais tourné vers un même centre : Jérusalem.

Les fêtes juives elles-mêmes témoignent de cet enracinement car elles ne prennent tout leur sens que sous le climat et le ciel d’Israël.

Le calendrier juif n’est pas un simple outil de mesure du temps, il est la mémoire vivante du lien indéfectible entre un peuple et sa terre. Par lui, il a gardé son centre spirituel et identitaire à travers les millénaires, prouvant que la terre d’Israël est le cœur battant de sa mémoire et de son existence.

Chaque être humain porte une histoire et des racines, notre vie trouve son sens à travers les héritages spirituels que nous recevons. Les transmissions intergénérationnelles font partie de nous, de notre corps, de notre ADN, et de notre âme. Elles nous guident, nous troublent, nous envahissent, mais elles participent à ce que nous sommes, elles nous permettent de nous construire.

Nous nous battrons pour notre terre. Que les ignorants se taisent. Que les haineux se consument dans leur propre obscurité. Les accusations portées contre notre armée sont iniques lorsqu’on comprend les stratégies abominables des islamistes, qui sacrifient leur propre peuple et lui infligent des souffrances inouïes.

Nous vivrons libres, fiers, combatifs, avec espérance, et avec dans le cœur la mémoire de ceux qui sont tombés pour défendre notre peuple et notre patrie.

Le capitaine Eden Provizor ז״ל, sur une publication en sa mémoire en hébreu. 

Traduction : « Nos cœurs sont brisés 💔 Éden Provisor, que sa mémoire soit bénie »

à propos de l'auteur
Karine est parisienne d’origine, mère de 4 enfants et a fait son alyah en 2016. Active et engagée dans le monde associatif dans plusieurs domaines de société, le handicap, l’éducation et le véganisme en France et en Israël, elle publie des chroniques dans plusieurs magazines en ligne sur ces sujets. Elle est aussi co-fondatrice de la plateforme de réflexion Hashiva, think thank francophone israélien, thérapeute holistique, naturopathe, sophrologue et titulaire d’un master en sciences humaines.
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