Palestine : Capital Hébron

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Au lendemain de la déclaration fracassante faite le 28 janvier par le président américain, le Quai d’Orsay saluait « les efforts du président Trump et étudiera avec attention le plan de paix qu’il a présenté », en vue selon lui de créer un État de Palestine souverain.

Le drame du Covid-19 occulterait-il à ce point la diplomatie de la France, membre permanent du Conseil de sécurité ? Depuis l’affirmation fallacieuse avancée à la Knesset le 4 mars 1982 par François Mitterrand sur notre reconnaissance quasi-immédiate d’Israël – en réalité un an d’écart ! – la politique française n’a cessé de dérailler, de la réception d’Arafat à l’Élysée le 2 mai 1989, jour de commémoration de la Shoah, au défilé à Tunis de hauts responsables politiques venus à l’été 1990 assurer de leur soutien un président de l’OLP s’affirmant « dans la tranchée avec Saddam Hussein ».

En octobre 2016, avec appui tacite de la France (abstention), Berlin et Londres ayant voté contre, l’Unesco a adopté une résolution reconnaissant des droits sur l’esplanade sainte aux seuls Arabes musulmans. La mosquée Al-Aksa est citée 18 fois dans ce document, tandis que prééminence est accordée à la monture de Mahomet – Place Al-Buraq – sur le symbole du judaïsme ainsi tourné : (« place du mur occidental »). La présence chrétienne est elle-même ignorée. Curieuse conception de la laïcité républicaine égalitaire.

La voix de la France au Proche-Orient vacille. Elle est loin de celle que portait Charles de Gaulle lorsqu’en novembre 1948, à propos des Israéliens, il se disait « fort étonné qu’en définitive Jérusalem ne fît pas partie de leur État, à la condition qu’il y ait pour Jérusalem un régime international qui assure les droits de la chrétienté ». Puis, en novembre 1967, blâmant déjà ses tentations colonisatrices, il avait relevé « l’ambition ardente et conquérante […] d’un État d’Israël guerrier et résolu à s’agrandir ». Confirmé le 13 mai par la Knesset, le gouvernement Nétanyahou-Gantz étendra son territoire vers le Jourdain.

Combien de temps encore la France continuera-t-elle d’affirmer que la capitale de l’État hébreu est Tel Aviv ? Et Jérusalem ? Même sans les Américains, républicains ou démocrates, Israël ne reviendra pas sur sa loi du 30 juillet 1980 la déclarant « capitale indivisible et éternelle ». De leur côté, comptant sur plus d’un million de citoyens venus de l’URSS, les Russes se font discrets.

En aucune manière, Israël ne lâchera Jérusalem que Jacques Chirac, lors de sa sortie tonitruante du 23 octobre 1996 dans la vieille ville, accordait déjà aux Palestiniens en se faisant accompagner de la représentante de l’OLP à Paris.

Les Arabes, Palestiniens compris, portent d’ailleurs la responsabilité de cet échec : trois guerres lancées en 1948, 1967, 1973, pour détruire ce nouvel État – et perdues. Ce qu’ils réclament, ce n’est pas seulement la partie orientale de la cité au pied du mont des Oliviers qui contient le plus grand cimetière juif, mais avant tout son centre, le cœur de la ville sainte. Harceler comme ils le font la communauté internationale ne changera rien, voire ne fera que diminuer leurs chances d’obtenir la satisfaction légitime d’un État souverain.

Avancer le nom de la bourgade d’Abou Dis, coincée entre Jérusalem et, sur la voie du Jourdain, le grand ensemble de Maaleh Adoumim à forte population d’origine russe, n’est pas davantage sérieux. Il existe une autre option : Hébron. Métropole des territoires palestiniens avec quelque 215 000 habitants, non loin de Gaza, elle abrite aussi un lieu saint, le tombeau des Patriarches où est enterré Abraham/Ibrahim, dont le premier fils, Ismaël, est l’ancêtre des Arabes. Ce choix assurerait l’équilibre avec Jérusalem pour l’accueil sécurisé des fidèles et des pèlerins musulmans sur l’esplanade des mosquées. Qu’on se rappelle l’attentat commis en 1994 au tombeau des Patriarches par Baruch Goldstein, 29 morts et 125 blessés.

Dans l’état où sont aujourd’hui les rapports entre puissances de la région dont en premier lieu l’Iran chiite, l’Arabie saoudite ne saurait faire obstacle à cette initiative puisque ni La Mecque ni Médine n’ont été prises pour siège de son pouvoir politique. De surcroît, elle avait fait adopter au Conseil de la Ligue arabe tenu à Beyrouth en mars 2002 une initiative de paix qui avait reçu l’assentiment de nombreux pays dont la France. Elle pourrait la reprendre.

à propos de l'auteur
Alain Pierret a notamment été ambassadeur de France au Niger, en Israël (juillet 1986-août 1991), en Belgique et auprès du Saint-Siège. Il fut ancien directeur des Nations Unies et des Organisations internationales au Quai d'Orsay de 1983 à 1986
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