Où est la France que j’ai aimée ?
Monsieur le Président,
Où est ma France ?
Autrefois, je pouvais faire mienne cette phrase de Romain Gary : « La France a toujours été pour moi une idée de la liberté, et non une simple géographie. »
Ma France, c’était aussi celle que célébrait Du Bellay, la France « mère des arts, des armes et des lois », une terre d’esprit autant que de courage, une patrie de clarté morale.
Cette France-là, je la portais en moi comme une évidence.
Mais depuis votre accession à la présidence de la République, quelque chose s’est défait. Non pas brutalement, mais par glissements successifs, par renoncements imperceptibles devenus, à force, irréversibles.
Aujourd’hui, ce n’est plus un pays que je reconnais, mais une fracture. Comme si, derrière les mots, s’était lentement installée une autre vérité.
Je découvre, le cœur glacé, une France qui ne répond pas aux appels des siens, qui semble consentir à l’abandon de ses Juifs, ravivant, par instant, les ombres que l’on croyait à jamais dissipées, les ombres de 1940. Et dans ce trouble, je ne peux m’empêcher de penser à tous ceux et celles qui, comme moi, regardent vers Israël avec inquiétude et attachement.
Tout cela, il va sans dire, ne s’est pas fait en un jour.
Les déceptions en série
Il y eut d’abord, le 24 mai 2025, à l’Institut du monde arabe, cet « Appel de Paris », moment fondateur, disiez-vous où, sous couvert de droit international, se dessinait déjà une orientation claire : celle d’une pression constante sur Israël, prélude à la conférence de l’ONU prévue à New York.
Puis vint le 26 juin 2025.
À New York, lors de cette conférence, vous annonciez votre intention de reconnaître l’État de Palestine. Une déclaration qui, déjà, traçait une ligne dont vous ne vous êtes plus écarté.
Le 22 septembre 2025, cette intention devenait acte. La France reconnaissait officiellement cet État, dans une mise en scène solennelle qui ne laissait plus place au doute.
Je voulais croire – naïvement peut-être – que la mesure finirait par l’emporter sur l’élan, que le réel imposerait ses exigences à l’idéal. Je me leurrais, hélas. Les faits ont suivi leur cours, implacables.
Et voici maintenant, annoncée pour le 12 juin 2026, une Conférence internationale.
Monsieur le Président, si on peut vous reprocher votre inaction vis-à-vis de vos « protégés » – le Liban et Israël – en revanche, vous tenez les promesses que vous avez faites au peuple palestinien, peu importe le prix à payer.
Encore une conférence! Un nouveau jalon. J’ai appris cette nouvelle avec stupéfaction bien qu’elle ait été annoncée un an auparavant. Cette fois, sous la supervision de Jean-Noël Barrot, il ne s’agit plus d’annoncer, il faut AGIR, opérationnaliser cette reconnaissance en réunissant Palestiniens et Israéliens, issus de la société civile, afin de faire advenir – selon vos mots – deux États vivant « côte à côte, en paix et en sécurité ».
Qui seront les participants ?
Déjà se dessine le visage de cette assemblée.
J’en veux pour preuve la confirmation faite par Jean-Noël Barrot qu’aucune organisation représentative – allusion au CRIF sans doute – ne sera invitée tant et aussi longtemps qu’elle sera opposée à la solution à deux États.
Car vous savez choisir vos interlocuteurs, Monsieur le président. « Les bons juifs » sont ceux qui vous accompagnent. Ceux qui vous approuvent. Ceux qui soutiennent vos projets, quelles qu’en soient les conséquences. Des voix qui, toutes, convergent vers la vision que vous défendez.
Pour n’en citer que quelques-unes :
– Des signataires de l’« Appel de Paris », parmi lesquels figure le nom de la tristement célèbre Rima Hassan.
– Quelques-unes des figures connues pour leur opposition au sionisme : Élie Barnavi, Elias Sanbar, Dominique Natanson, Arié Alimi, sans oublier Michèle Sibony, figure de proue de l’anti-sionisme juif en France…
– Le porte-parole de l’ « Union juive française pour la paix » (UJFP), Pierre Stambul, qui se fera un plaisir de mobiliser ses membres pour grossir vos listes de partisans « juifs », alors qu’ils sont minoritaires, l’UJFP étant ouvert à tous, moyennant une contribution annuelle de 50 euros.
Le sacrifice de la paix
Vous oubliez, Monsieur le Président, que les premières cibles du 7 octobre n’étaient pas les « extrémistes » que vos invités dénoncent, mais des visages de paix. Ce sont les mains tendues des kibboutz de la frontière que l’on a tranchées. C’étaient ces Juifs de gauche, épris de paix, dont le dévouement a été payé par le massacre, le viol et l’enlèvement de beaucoup de leurs proches. Aujourd’hui, les survivants du 7 octobre portent en eux le regard froid de ceux qui ont vu l’indicible. Israël n’est pas seulement « échaudé » ; il est marqué au fer rouge par une haine que vos invités s’acharnent à ne pas voir.
Offrir aujourd’hui une tribune à ceux qui refusent de nommer ces bourreaux n’est pas une maladresse politique : c’est une erreur historique, c’est une insulte à la mémoire des justes.
Et le gouvernement israélien ?
Mais de quelle paix parlera-t-on à cette conférence alors que les armes n’ont pas encore cessé de parler ? Auriez-vous oublié qu’Israël se trouve encore engagé sur plusieurs fronts à la fois : l’Iran, le Liban et la Bande de Gaza ?
Car une question demeure, simple et essentielle : comment comptez-vous, Monsieur Macron, bâtir une paix durable en tenant à l’écart le principal intéressé, à savoir le peuple israélien représenté par son gouvernement ?
Monsieur le Président, à ce stade, il ne s’agit plus d’un désaccord passager, mais d’une divergence profonde. Depuis des années, vous avancez avec constance dans une direction que vous, et vous seul, jugez juste. Une constance qui, à mes yeux, confine à l’aveuglement.
Vous voulez, par un coup de baguette magique, créer un État ! Vous oubliez, Monsieur le Président, que la paix ne se décrète pas, qu’elle exige une reconnaissance des réalités, l’écoute des forces en présence et l’acceptation des contraintes du monde tel qu’il est, et non tel que vous voudriez qu’il soit. Ce sont là des évidences que d’autres démocraties occidentales respectent encore.
D’ailleurs, la Suisse, gardienne d’une neutralité exigeante, vient tout juste d’opposer un refus à la reconnaissance de cet État que vous chérissez, rappelant qu’un État ne se décrète pas sans que soient réunies les conditions réelles de sa souveraineté et de sa stabilité. Vous devriez écouter ce rappel, en tenir compte, il sonne comme un contrepoint à votre empressement.
Mais vous préférez ignorer ce que vous percevez comme des contraintes.
Alors je m’interroge.
Qu’est-ce qui guide cette obstination ? Quel désir vous anime ?
Mettre l’État juif au pied du mur ? Fort possible.
Mais si tel est votre dessein, réfléchissez-y par deux fois, car c’est à un mur réel que vous vous heurterez.
Inscrire votre nom dans une séquence historique que vous espérez décisive ?
Si c’est votre ego qui dicte votre plume, sachez qu’on n’inscrit pas son nom dans le cœur des peuples par des symboles vides qui nourrissent les tragédies de demain.
Échapper à la réalité et ses douloureuses vérités ? Une autre possibilité.
Un ultime rappel
Certes, c’est tout à votre honneur de vouloir faire, comme le dit Saint-Exupéry, d’« un rêve une réalité ». Encore faut-il que cette réalité soit bâtie « avec les yeux du cœur », qu’elle demeure au plus près des vies humaines, car « l’essentiel est invisible pour les yeux ».
Or justement aujourd’hui, ce qui m’inquiète particulièrement, ce n’est pas tant votre rêve de deux États que le fait d’ignorer l’essentiel, le peuple israélien et le gouvernement qui le représente. Vous vous dirigez vers une impasse, et tous les appels resteront pour vous lettre morte.
Alors, à quand le réveil ?
