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Osons l’objectivité

© Stocklib / palinchak
© Stocklib / palinchak

La question de l’information sur le conflit russo-ukrainien se pose. Une des parties mène le bal et impose son agenda et sa vision. L’Ukraine est sanctifiée, la Russie diabolisée. Cela n’aidera pas la paix.

On ressasse le mot agression selon la Charte des Nations Unies, sans préciser que celle-ci prévoit aussi la légitime défense, fallacieusement évoquée pour attaquer l’Irak en 2003, sans que jamais des sanctions aient été demandées contre ses instigateurs. On parle de génocide au moment même où l’on passe sous silence une véritable tentative d’exterminer le peuple tigréen, menée par Abiy Ahmed, lauréat du Prix Nobel de la Paix en 2019.

Il paraît aujourd’hui indécent de formuler la moindre réserve à l’égard de l’Ukraine. Ces paragraphes visent à démontrer comment, dans deux cas parmi d’autres, la vérité a été cachée ou déformée pour imposer une image faussement flatteuse. Les méfaits de la Russie ne sont pas ici pris en compte. L’Ukraine n’est nullement la démocratie que l’on tend à nous vendre. Au contraire.

Depuis 2018, le Conseil de l’Europe organise des « Conférences sur les Réformes en Ukraine ». Elles traitaient de lutte contre la corruption, de transparence de l’information, d’équité de la réforme électorale, d’inclusion et de décentralisation, de protection des minorités, particulièrement de leurs langues et de leur droit à l’éducation. A cause du conflit armé, la cinquième Conférence, tenue à Lugano en juillet 2022, changea de thème et de titre : Conférence sur la Reconstruction.

Diverses mesures furent considérées dans ce cadre. Les anciens problèmes ne furent pas occultés pour autant, la déclaration finale insiste sur le fait que « l’Etat de droit doit être systématiquement renforcé et la corruption éradiquée ». Rappeler cette évidence passe aujourd’hui pour sacrilège !

L’information n’est pas seulement biaisée, elle est unilatérale, se référant à des sources ukrainiennes, sans contrôle, ou russes immanquablement taxées de « propagande » mensongère. Sur l’une des chaînes françaises d’information continue se succèdent des accusateurs acharnés de la Russie.

La blondeur de l’intervenante la plus loquace n’est égalée que par sa haine nationaliste et son ignorance de l’histoire. Elle fit une description déchirante de ce qu’elle nommait la tentative russe passée de génocide des Ukrainiens qui se reproduirait de nos jours. L’histoire ne s’efface pas, mais son interprétation doit être honnête. Brièvement et schématiquement, après l’abolition du servage par l’Empereur Alexandre II en 1861, certains moujiks parvinrent à acheter de la terre et à monter un train de ferme. On les appela « koulaks ». Une quasi-économie de marché naissait.

A l’orée des années 1930, Staline, pour accumuler le capital nécessaire à l’industrialisation du pays, décida la collectivisation des terres agricoles. Les petits propriétaires devaient disparaître au profit de kolkhozes. Ils furent expropriés, pourchassés, exécutés. Cette opération de « dékoulakisation » entraîna des millions de morts. L’Ukraine fut la plus affectée en chiffres absolus, mais ne fut nullement la seule. Toute l’URSS fut touchée, dont la Moldavie, le sud de la Russie et le Caucase parmi les premières. Le Kazakhstan fut le plus meurtri en chiffres relatifs à sa démographie. Les archives, maintenant ouvertes, ne livrent aucune preuve d’une quelconque volonté de génocide. Le motif du massacre était la liquidation des « éléments sociaux nuisibles ».

Staline n’était pas Russe mais Géorgien et la mise en œuvre de ses décisions démentielles, en Ukraine, fut le fait des membres du parti ukrainien au pouvoir ! A la fin des années 1970 la diaspora d’Amérique forgea un néologisme qu’elle popularisa rapidement : « Holodomor », signifiant l’extermination par la famine, qui passa dans le dictionnaire ukrainien en 2004. Il avait l’avantage de rappeler implicitement le mot holocauste. Cette appropriation exclusive d’événements dramatiques datant d’un siècle et transformés en génocide spécifique constitue une supercherie inacceptable.

Une négociation n’est pas envisageable dans l’immédiat. Il faut cependant penser sans cesse à la paix. Tôt ou tard, la guerre déposera son faix. La Russie sera appelée à jouer son rôle dans la sécurité européenne. Accumuler les accusations d’infamie est contreproductif. Plus longtemps la Russie sera traitée en paria, plus durable sera la violence, sans mentionner le risque d’un dérapage toujours possible, rendant la guerre plus large et pire.

Paru sur le site du journal Le Temps, le 13 décembre 2022.

à propos de l'auteur
Marcel A. Boisard est titulaire d’un Doctorat de l’Institut Universitaire de Hautes Etudes Internationales (HEI) à Genève et d’un diplôme de l’Institute of World Affairs, aux Etats Unis (Salisbury, Con.). Il a mené une carrière internationale longue et variée. Elle a combiné, à la fois, recherche et enseignement académiques et pratique quotidienne des relations internationales. Il fut brièvement collaborateur au Ministère suisse des Affaires étrangères, puis Conseiller du gouvernement du Burundi. Il fut pour un temps chargé de recherches à l’Institut de Hautes Etudes internationales. Entré au service du Comité International de la Croix-Rouge (CICR), il a été, pendant plus d‘une décennie, délégué et chef de délégation, sur le terrain des conflits, dans plusieurs pays arabe (Algérie, Yémen, Egypte, Jordanie). Il a ensuite rejoint les Nations Unies, devenant Directeur du Bureau européen, puis Directeur général de l’Institut des Nations Unies pour la Formation et la Recherche (UNITAR). Il fut promu au grade de Sous-secrétaire général. Il a participé à de nombreuses conférences et eut maintes occasions de s’adresser à l’Assemblée générale, ainsi qu’à divers Sommets mondiaux, tenus sous l’égide de l’ONU. Il a également contribué à de nombreux séminaires de réflexion sur les affaires mondiales Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parus aux Editions Albin Michel, aux Presses de l’UNESCO, du CICR et de l’ONU, ainsi que de nombreuses publications et articles parus dans des revues savantes et des journaux d’audience internationale. Les principaux thèmes qu’il y traita touchaient aux relations internationales, au monde arabo-musulman, aux rapports culturels et à la diplomatie multinationale. Son dernier ouvrage s’intitule : Une si belle illusion, Réécrire la Charte des Nations Unies, Paris, Editions du Panthéon, (sous presse) 2018 Marcel A. Boisard a été décoré de l’Ordre du Mérite par feu le Président Anouar al-Sadat.
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