Opposition de citoyens contre l’accord de plaidoyer de Netanyahou

L’accord de plaider-coupable négocié entre le procureur Mandelblit et Netanyahou ne fait pas l’unanimité, pour deux raisons opposées. D’une part, il est combattu par ceux qui estiment que l’ex-premier ministre ne mérite pas cette faveur et qu’il doit payer sa dette à la justice, jusqu’au bout.

Avant lui, l’ancien ministre des Finances Avraham Hirshson et l’ancien premier ministre Ehud Olmert avaient été condamnés à de la prison ferme, sans aucune indulgence. Les différents actes d’accusation sont suffisamment circonstanciés pour ne pas accepter de compromis. Il y a trois ans, le Procureur avait proposé un plaider-coupable qui avait été refusé par la famille Netanyahou car une prolongation de la procédure judiciaire lui permettait de poursuivre son activité politique.

Pourtant, cela aurait évité trois années de procédure et des coûts de justice inutiles. La peine proposée aujourd’hui de plusieurs mois de travaux d’intérêt général est considérée par beaucoup comme trop légère, eu égard à la gravité des faits de l’acte d’accusation. D’autre part, Sara Netanyahou et son fils Yaïr sont opposés à tour accord et veulent aller au bout du procès car ils sont certains de l’innocence du prévenu. En tout état de cause, il n’est pas certain que le Tribunal accepte d’entériner l’accord.

Des sondages montrent que le public israélien s’oppose à l’accord de plaidoyer de Netanyahou, soit parce qu’ils l’estiment innocent et qu’ils veulent que la Justice le blanchisse, soit parce que les accusations pour corruption, abus de confiance et escroquerie doivent être sanctionnées par une décision de justice alors qu’il s’était vanté que son dossier ne «contenait rien» et qu’il s’était défendu de toute malversation : «Je vous l’ai dit et je le répète: il n’y aura rien parce qu’il n’y a rien».

Pour lui, il s’agissait d’une chasse aux sorcières politique, dans le but de l’écarter du pouvoir et d’un complot ourdi par la Police. Pour les Israéliens, cet entêtement à ne pas reconnaitre l’évidence et sa mise en cause des autorités judiciaires et policières sont graves de la part d’un haut personnage du pays. Il avait pourtant reconnu avoir reçu de l’argent de l’escroc français Arnaud Mimran, actuellement en prison pour une escroquerie à la taxe carbone de 283 millions d’euros.

Selon un sondage Kan, 49% des personnes interrogées pensent que les affaires de Netanyahou devraient aboutir à une décision judiciaire, alors que seulement 28% pensent qu’il est juste de parvenir à un accord sur le plaidoyer. Ses amis inconditionnels persistent à affirmer que les médias l’ont condamné en faisant fi «de la présomption d’innocence» et qu’il mérite donc un procès en bonne et due forme pour prouver son innocence.

Mais personne n’impose à Netanyahou un plaider-coupable s’il était vraiment innocent ; il est libre de l’accepter ou de le rejeter. mais, en acceptant les propositions de Mandelblit, il prouve effectivement sa culpabilité. Selon le sondage, 36% pensent que Netanyahou est coupable de toutes les charges retenues contre lui, et 19% pensent qu’il n’est coupable que de certaines charges. Il n’est donc pas considéré comme tout blanc. Certains estiment donc que seule la prison pourrait réparer la mauvaise conduite de Netanyahou.

Mais les militants du Likoud sont convaincus de son innocence et exigent la poursuite du procès. Pour l’encourager dans cette voie, ils ont procédé à une quête, un financement participatif pour sa défense juridique. 2,5 millions de shekels (710.000 euros) ont été récoltés en moins de 24 heures. C’est dire la puissance du personnage qui hésite à accepter la décision du Procureur qui veut le faire quitter le pouvoir. Mais certains amis le poussent à trangiser. Ainsi l’ancien président de la Cour suprême, Aaron Barak, a accepté de négocier un accord en son nom : «Je ne pouvais pas rester indifférent. Netanyahou était l’un des grands défenseurs du système judiciaire».

Pour les militants de droite : «Le procès de Netanyahou est le résultat d’une persécution et d’une tentative d’obtenir, de quelque manière que ce soit et à tout prix, une condamnation du chef du camp, ainsi que d’éloigner l’ancien Premier ministre de la direction nationale. Ces dernières années, nous avons eu le sentiment que Netanyahou menait notre guerre à tous et payait le prix d’années de fermeté à la tête du camp de droite. Nous avons entendu les preuves au procès ; il paie le prix de la persécution judiciaire contre le camp de droite et il n’a pas à payer seul».

Cette volonté d’aider financièrement Netanyahou est incompréhensible, sauf à vouloir attirer vers lui un sentiment de commisération au profit d’un dirigeant dans le besoin. Ils apportent au contraire la preuve que l’ex-premier ministre avait une relation spéciale avec l’argent. Mendier de l’argent n’est pas justifié. En effet, en 2019, l’édition israélienne du magazine Forbes estimait la richesse personnelle du Premier ministre de l’époque à 50 millions de shekels (14,2 millions d’euros) faisant de lui le quatrième homme politique le plus riche d’Israël. Ni Ben Gourion, ni Begin, ni Shamir et ni Rabin n’avait de fortune de ce niveau. Shamir n’avait même pas les moyens de se payer une résidence médicalisée adaptée à son état médical.

Cependant, il est vrai que la situation a trop duré et qu’un accord permettrait de clarifier la situation et de recomposer le paysage politique selon les normes habituelles.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
Comments