Opposition à la circoncision : tendance ou crise d’identité

Le rabbin Yehuda Teichtal montrant l'oreiller utilisé lors de circoncision dans une synagogue de Berlin, le mercredi 10 octobre 2012. (Photo AP / Markus Schreiber)
Le rabbin Yehuda Teichtal montrant l'oreiller utilisé lors de circoncision dans une synagogue de Berlin, le mercredi 10 octobre 2012. (Photo AP / Markus Schreiber)

De nos jours, en Israël, de plus en plus de laïcs refusent de circoncire leurs enfants. De nombreux articles d’opinion sont consacrés à ce sujet, notamment par ceux qui en refusent la pratique.

En témoigne la dernière publication dans le quotidien Haaretz du 12 décembre 2019 : « Pourquoi les médecins collaborent ». Dans son article, Neta Ahitov prétend qu’il n’existe aucune raison médicale pour circoncire des bébés et que ce geste doit être aboli, sans citer de références pour appuyer sa thèse.

L’auteure rappelle seulement que les responsables du ministère de la Santé confirment que la circoncision n’est pas considérée comme une intervention chirurgicale, mais comme un acte religieux. S’agit-il de la dernière tendance à la mode télavivienne qui se répandrait peu à peu dans tout le pays ?

J’ai le sentiment qu’il s’agit plutôt d’une révolte contre les partis religieux et leur mainmise sur toute la société. En tant que laïc, je lutte moi aussi contre toute contrainte religieuse ou sociale. En même temps, je ne mets pas tous les religieux dans le même sac.

Ceux qui n’imposent pas leur mode de vie aux autres méritent respect et considération. En revanche, les ultra-orthodoxes et les religieux nationalistes doivent être dénoncés à cause de leur mainmise sur le pouvoir politique qui leur permet de nous imposer des pratiques religieuses, parfois radicales et partisanes.

Au-delà de l’intervention chirurgicale et/ou de l’observance religieuse, la circoncision devrait être considérée comme un acte d’identité absolu. Grâce à elle, une alliance est établie entre un nouveau-né et le peuple juif. Mais les opposants à la circoncision ignorent leur judéité pour affirmer que leur identité est « israélienne ».

Pour moi, l’appartenance à un peuple ne peut être qu’unique s’agissant des individus. La citoyenneté, par contre, peut être multiple. Le peuple juif a survécu pendant plus de deux mille ans en exil grâce à sa religion, à son identité, à son histoire… D’ailleurs, cette polémique est inexistante hors d’Israël. Généralement, les couples juifs, ou même mixtes, font circoncire leur nouveau-né de façon naturelle. Si cet acte fondamental devait être ignoré, notre identité en deviendrait floue et finirait même par disparaître au fil du temps.

La nature chirurgicale de la circoncision subie par les nouveau-nés est-elle vraiment le motif du rejet de cet acte fort ancien ? Je ne le pense pas. En essayant de comprendre les arguments des femmes qui s’y refusent, j’ai appris que la plupart d’entre elles ne sont pas disposées à confier leur cher enfant à un circonciseur pratiquant une cérémonie religieuse, « archaïque » selon elles. Elles perçoivent cet acte comme une contrainte religieuse contre laquelle elles se révoltent.

Face à la possibilité de pratiquer l’ablation du prépuce à l’hôpital par un chirurgien, la plupart des opposants trouvent des excuses sans fondement. Pourquoi devrais-je faire subir une douleur à mon bébé, une mutilation physique, un danger, et plus encore ? Pourtant, beaucoup de non-juifs partout dans le monde sont circoncis. Les États-Unis n’ont pas attendu le sida et les nombreuses études qui l’entourent pour circoncire la plupart des bébés.

De nombreuses études ont montré que les hommes circoncis, juifs et non-juifs, sont beaucoup moins exposés aux maladies infectieuses sexuellement transmissibles. Plus récemment, on observe un besoin croissant de circoncire des adultes masculins dans le tiers-monde comme moyen de lutte contre le sida. Lors d’une conversation avec le Dr Margalit Lorber, directrice de recherche en Afrique sur le VIH, j’ai appris que le prépuce multipliait la probabilité d’être contaminé par des maladies sexuellement transmissibles.

De nombreux articles ont été publiés dans des revues scientifiques détaillant les avantages de l’ablation du prépuce. Un comité international d’experts de l’OMS (organisation mondiale de la santé) et de l’ONU SIDA (Programme des Nations-Unies pour le VIH/SIDA), après analyse des résultats de plusieurs études randomisées, a recommandé, le 28.03.2007 « de considérer la circoncision comme moyen supplémentaire important de réduire l’infection à VIH chez l’Homme ».

En tant qu’Israélien non croyant, je vois en la circoncision une manifestation directe de notre appartenance au peuple juif. Les effets et les courants changent avec le temps, mais la brith milah reste un acte unique partagé par tous ceux qui tiennent à leur judéité. Ce n’est pas un hasard si elle est appelée brith, alliance. Qu’elle soit pratiquée par un mohel (circonciseur) ou un médecin, une alliance est établie entre le circoncis et son peuple, le peuple juif.

C’est un acte physique et symbolique inscrit dans le corps de tout Juif circoncis, qu’il devienne religieux ou non à l’âge adulte. L’identité personnelle de la plupart des individus peut se réveiller tardivement. Les non-circoncis se trouvent alors confrontés à des interrogations confuses.

C’est pourquoi il me paraît préférable que la brith milah soit réalisée le plus tôt possible. Néanmoins, les ministères de la Santé des différents pays doivent intervenir dans la mise en place de conditions strictes d’octroi de licences aux mohalim plutôt que d’empêcher la brith milah.

à propos de l'auteur
Mickaël Parienté, éditeur franco-israélien, a conçu et dirigé à Paris de nombreux projets culturels, en particulier : une galerie d’art israélien moderne, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain et une librairie-café méditerranéenne. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne, traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à nos jours, il a publié deux bibliographies : "2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs", préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, éd. Stavit, "Paris 1998 ; Littératures d’Israël", éd. Stavit, Paris 2003. Auteur bilingue, il a publié : "L'Autre Parnasse", roman paru en hébreu et en français en 2011, en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; "A l'Ombre des Murailles - souvenirs d'enfance du mellah de Meknès, Maroc", paru en hébreu et en français en 2015, ed. StavNet. Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Le Haaretz, Jérusalem Post, Ynet, Itonout... et en France, Libération, Le Monde...
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