OPA sur le Likoud

Yuli Edelstein à une réunion au Parlement israélien le 4 mars 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90
Yuli Edelstein à une réunion au Parlement israélien le 4 mars 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90

Dans le langage boursier, une OPA désigne une opération par laquelle un investisseur entend acquérir tout ou partie d’une entreprise cotée. C’est ce qu’a fait Youli Edelstein en déclarant sa candidature à la présidence du Likoud même si Binyamin Netanyahou entendait se succéder à lui-même.

Jusqu’à présent, tous les candidats déclarés (Nir Barkat, Israël Katz, Tsahi Hanegbi, Avi Dichter …) prenaient la précaution de dire qu’ils postuleraient après le retrait de Binyamin Netanyahou. On peut les comprendre. Depuis des dizaines d’années, le Likoud est devenu le fan club de l’ancien Premier ministre. Mais, ça c’était avant, du temps où Binyamin Netanyahou pouvait promettre postes et avantages à ses partisans. Depuis la formation du nouveau gouvernement, il lui restait un seul argument : un rapide retour au pouvoir.

Mais cette perspective s’éloigne chaque jour un peu plus, et on prête même à la coalition Bennett-Lapid, une longue vie après le vote du budget (mi-novembre). Les sondages créditent toujours le Likoud d’un score important (34 sièges), mais avec trop peu d’alliés pour former une coalition. C’est d’ailleurs l’argument principal utilisé par Youli Edelstein : avec Binyamin Netanyahou à sa tête, le Likoud resterait encore longtemps dans l’opposition. Ce qui laisse entrevoir une autre perspective : avec un nouveau président, le Likoud pourrait former un gouvernement de droite en récupérant les brebis égarées (Naftali Bennett et Gideon Saar notamment).

On l’aura compris : tout dépendra in fine, de la décision de Binyamin Netanyahou. Un retour au pouvoir avec une majorité lui permettant d’échapper à ses juges semble bien hypothétique. D’autant qu’une législation en préparation (par Gideon Saar justement …) pourrait empêcher les personnes mises en cause au plan pénal d’être candidates au poste de Premier ministre.

Quelques signes laissent à penser que Binyamin Netanyahou songe à un retrait de la vie politique. Son rôle actuel de chef de l’opposition ne le satisfait pas, il s’absente lors de certains votes et même de cérémonies officielles. Il serait en train d’écrire ses mémoires, et on sait que des propositions alléchantes dans le secteur privé lui sont faites. Ses proches, jusqu’à présent très virulents à la Knesset, montrent même quelques signes de fatigue. Les statuts du Likoud prévoient l’organisation de primaires six mois avant une élection, mais le comité central du parti peut en décider autrement.

Le suspense ne devrait pas durer très longtemps. Après l’adoption du budget, le sort du Likoud fera l’objet de tous les débats. Et Youli Edelstein ne sera pas le seul à envisager une OPA.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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