Obama et la question juive

Le président Barack Obama prenant la parole lors d'un rassemblement électoral le 7 novembre 2016, à Philadelphie, Pennsylvanie, USA. Photo par Noam Revkin Fenton \ Flash90
Le président Barack Obama prenant la parole lors d'un rassemblement électoral le 7 novembre 2016, à Philadelphie, Pennsylvanie, USA. Photo par Noam Revkin Fenton \ Flash90

Il existe ce que j’appelle un « antisémitisme de basse intensité » à travers le monde. Il s’agit d’une sorte d’antipathie silencieuse qui ne vise pas forcement à nuire aux Juifs, mais qui sous-tend l’exigence que ceux-ci ne soient ni trop visibles ni trop dérangeants. Cet antisémitisme-là est même capable de se muer en sympathie lorsque des Juifs sont dans le rôle de la victime.

L’ex-Président des Etats-Unis Barack Obama vient de publier le premier volume de son autobiographie. Un des chapitres relate l’épisode où Obama rend visite aux vestiges du camp de concentration de Buchenwald[1]. Il se souvient que cela avait eu pour lui « une signification politique forte [2]». Il entend par là qu’il avait « envisagé » un voyage en Israël, mais qu’il y avait renoncé « par respect pour le souhait du gouvernement israélien de ne pas faire de la question palestinienne le point central de son discours ». En d’autres mots il prétend avoir été censuré par la seule démocratie de cette partie du monde.

Pour comprendre l’étendue de ce mensonge il faut se souvenir qu’Obama a réussi la prouesse de ne pas mettre les pieds en Israël au cours des quatre années de son premier mandat. Au lieu de cela il a « opté pour une visite de l’un des lieux emblématiques de l’Holocauste comme un moyen de proclamer son engagement à Israël et au peuple juif. ». En clair il a préféré un pèlerinage là où les Juifs sont morts plutôt que là où les Juifs sont vivants.

Quand, lors de son deuxième mandat, Obama s’est résolu à venir en Israël, il a choisi de prononcer son discours devant un public acquis d’avance dans la salle de conférence du « International Convention Center ». Ceci en lieu et place de la Knesset[3], comme c’est l’usage chez les leaders du monde libre qui prennent à cœur d’honorer la démocratie israélienne.

Dans un passage de son autobiographie Obama qualifie la branche militaire du Hamas de « groupe de résistance palestinienne ». Résistance ? Dans son propre pays le Hamas figure sur la liste des organisations terroristes.

Autre passage d’une mauvaise foi inouïe et qui frise le négationnisme: « À l’école primaire, j’ai assisté en 1972 aux retransmissions des Jeux olympiques de Munich où des athlètes ont été massacrés par des hommes masqués » C’était qui, ces athlètes ? Des Martiens ? Et les « hommes masqués » ? D’autres extra-terrestres ? Non : ces athlètes étaient des Juifs assassinés parce que Juifs, et les « hommes masqués » étaient des tueurs d’une mouvance palestinienne.

Obama n’est donc pas allé en Israël lors de son premier mandat, mais bien en Turquie et en Egypte. Israël est pourtant situé entre ces deux pays, mais peut-être qu’Obama n’avait-il pas accumulé assez de « Miles » pour s’offrir  une escale à l’aéroport Ben Gourion. Toujours est-il que lors de sa visite au Caire il a adressé son discours aux dignitaires du régime, parmi lesquels «quelques figures des Frères musulmans ». Il leur a déclaré que « l’Amérique et l’islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain. L’Islam a une tradition de tolérance dont il est fier ». On ne saura jamais si c’était de l’humour.

Mais là où il n’a pas essayé d’être drôle du tout mais au contraire réussi à être nauséabond, c’est quand, au cours de ce même discours, il a établi un parallèle entre le calvaire des Juifs de la Shoah et la peine des Palestiniens « en quête d’un territoire ».

Tout cela étant dit il faut bien constater que quand Obama a fait sa visite d’Etat à Jérusalem après sa réélection il a quand même déclaré qu’il était un ami d’Israël. A cela il faut ajouter qu’Obama est prix Nobel de la Paix au nom d’une discrimination positive consistant à récompenser des personnalités qui n’ont rien fait pour la paix.

C’est dans ces cas-là que l’on se dit que quand on a des amis comme cela on n’a pas besoin d’ennemis.

[1] Camp de concentration nazi créé en 1937 en Allemagne libéré par les Américains en 1945.

[2] Tous les passages en italiques de l’article sont extraits de l’autobiographie d’Obama.

[3] Parlement israélien.

à propos de l'auteur
Daniel Horowitz est né en Suisse, où ses parents s’étaient réfugiés pour fuir l’occupation de la Belgique. Revenu à Anvers il grandit au sein de la communauté juive. A l’âge de quinze ans il entre dans l’industrie diamantaire et y fait carrière. Passé la soixantaine il émigre en Israël où il se consacre désormais à l’écriture. Il a récemment publié aux éditions l'Harmattan un ouvrage intitulé "Leibowitz ou l'absence de Dieu".
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