Ô Jérusalem

© Stocklib / Jacek Sopotnicki
© Stocklib / Jacek Sopotnicki

Ce même jour, il y 54 ans, les Juifs pouvaient retourner à Jérusalem, la ville vers laquelle ils tournent leurs prières et espoirs depuis des millénaires. 

Depuis la deuxième destruction du Temple par les Romains et l’exil qui s’en est suivi, des Juifs n’ont jamais quitté la ville et ont continué à prier face au Mur occidental, seul vestige du Temple. Ces juifs jérusalémites ont connu toutes les invasions, tous les régimes d’occupation qui se sont succédés les uns aux autres. 

Mais la vie de ces Juifs est devenue encore plus difficile lorsque les mouvements musulmans nationalistes et religieux ont décidé de tout faire pour empêcher l’édification d’un Etat juif et démocratique dès les années 20 tandis que l’empire britannique était en charge du territoire comprenant Israël. Et lors de la guerre d’Indépendance en 1948, l’armée du tout nouveau pays indépendant, la Jordanie (anciennement Transjordanie) conquiert et occupe Jérusalem ainsi que la Judée et Samarie que les francophones appelleront Cisjordanie car « en dessous du Jourdain ». 

Alors, de 1948 à 1967, les juifs ne pourront plus accéder au lieu le plus saint de leur religion et de leur histoire, au lien avec leur identité nationale. 

La guerre des 6 jours mettra un terme à cet interdiction et l’Etat d’Israël désormais souverain, y fera sa capitale, permettant ainsi un libre accès aux lieux de cultes des 3 religieux. Et qui ne s’est jamais rendu physiquement à Jérusalem ne peut imaginer la multitudes de lieux saints des 3 religions monothéistes déclinées dans tant de versions… 

Oui mais voilà, depuis 1967, le statut des territoires conquis est encore sujet à controverse et les accords de paix d’Oslo, s’ils sont toujours appliqués, n’ont pu arriver à leur terme faute de participants sérieux. 

Et Jérusalem n’en finit pas d’être un sujet qui fâche et dont l’issue du conflit semble inextricable. Il suffit de s’y rendre pour humer une autre ambiance, une autre atmosphère, plus chargée, plus dense, fascinante et étourdissante. 

Certains occidentaux prônent un statut international de la ville 3 fois sainte pensant ainsi assurer la paix. Ce souhait se heurte néanmoins à un problème majeur (et pas seulement) qu’ils semblent ne pas avoir pris en considération. Après 2000 ans d’errance, les Juifs ont retrouvé la souveraineté de leur terre ancestrale, aboutissement du projet sioniste prônant l’auto-détermination. Cette émancipation s’accompagne difficilement de la soumission d’ordres de la part des mêmes qui ont instauré tant de statuts spéciaux pour les juifs au cours de ces 2000 ans…. 

Seule la négociation en direct sans intermédiaires et au niveau des peuples et de leur éducation permettront de trouver une issue. 

Mais aujourd’hui, à l’heure où j’écris, l’ambiance ne tend pas vers la pacification… 

Et comme toujours, la simplification est l’ennemie de la vérité. 

Sur fond de négociations pour former un gouvernement assez hétéroclite mais dont Netanyahou serait enfin exclu, ainsi que ses nouveaux amis; ceux qui ont pris en otage le nom de sionistes religieux et ont sali cette appellation pourtant si respectable et en laquelle je me reconnaissais jusqu’à ce qu’ils se l’approprient en la dénaturant de ses aspects généreux et progressistes. 

Sur fond de fin de Ramadan. 

Sur fond de crise palestinienne. Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne depuis les dernières élections de 2004 a finalement annulé les élections qui devaient se tenir cette année lorsqu’il a acquis la certitude que le mouvement islamiste terroriste du Hamas remporterait les élections, seule option offerte aux palestiniens qui veulent se débarrasser du système de corruption de la clique de Abbas… 

Sur fond de négociations en Israël entre des partis allant de l‘extrême gauche à la droite dure, tous conscients que des compromis douloureux devront être réalisés pour ne pas retourner à des 5emes élections jusqu’auxquelles le premier ministre actuel assurerait l’intérim lui laissant tout loisir de se tailler des lois sur mesure pour échapper à l’issue de son procès qui lui fait faire toutes les folies pour conserver le pouvoir envers et contre tous et tout. 

Sur fond de débat sur la question des partis arabes qui soutiendraient ou non le gouvernement israélien dont la droite occuperait des postes importants. Partis arabes prônant la fin de l’existence de l’Etat d’Israël en tant que pays juif et démocratique.

Des partis qui doivent répondre à leurs électorats et justifier leur immanquables entorses à leurs promesses électorales. Tous. Sans distinction. De la droite à la gauche en passant par tous les secteurs de la société israélienne. 

Sur fond de reprise des tirs de roquettes depuis Gaza sur les civils vivant dans les localités avoisinantes en Israël. 

Sur fond d’émeutes à Jérusalem depuis plusieurs jours. Entre autres (mais pas seulement) à cause d’une décision judiciaire qui clôt un conflit immobilier entre familles juives et arabes remontant à l’occupation jordanienne de la ville. Des familles juives installées dans un quartier de Jérusalem en avait été expulsées lors de la conquête par les Jordaniens en 1948 et l’éviction subséquente de tous les Juifs.

Après la réunification de la ville en 1967, la Cour saisie du litige avait confirmé la propriété des familles juives mais autorisé les familles arabes qui s’étaient installées depuis à jouir des immeubles en versant un loyer. Bien sur le conflit ne s’est pas arrêté, les loyers n’ont pas été versés et la cour vient finalement de rendre un arrêt d’éviction au profit des propriétaires. Mais lorsqu’il s’agit du Moyen Orient, de familles juives et arabes, sur fond de tout ce qui précède, ce fut une autre étincelle à mettre le feu aux poudres. 

(Je pense avoir perdu depuis longtemps les amateurs de pensée binaire et simpliste….) 

Alors aujourd’hui comment démontrer la joie et la fierté d’être revenus sur notre terre ancestrale dans ce contexte ?

Nous devrions pouvoir le faire. Mais certains, de tous les côtés des extrêmes, se sont emparés de notre célébration et tentent de toutes parts de se provoquer mutuellement. 

Et nous, sionistes et patriotes, nous devons nous assurer que nous ne nous ferons pas, nous aussi, comme tant d’autres, dépasser par des franges extrémistes qui s’approprient notre récit national et notre fierté d’être de nouveau souverains sur notre terre ancestrale avec Jérusalem comme capitale. 

à propos de l'auteur
Née à Paris, ancienne avocate au Barreau de Bruxelles, Myriam a quitté l’Europe en 2005 pour s’installer à Montréal, où elle est devenue une travailleuse communautaire au FNJ-KKL puis directrice des relations communautaires et universitaires pour CIJA, porte parole officiel de la communauté juive, avant de faire son alyah
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