Notre ami à Washington

Après la chute de l’avion russe YL 20 dans le ciel syrien le 18 septembre dernier, et le net refroidissement des relations diplomatiques entre Israël et la Russie qui suivit, on avait compris que le soutien du président Poutine à la défense de l’Etat juif n’était pas sans limite. Depuis, l’aviation israélienne a franchi plusieurs fois la frontière syrienne et même celle du Liban. On s’autorise à penser que la coordination entre les armée russe et israélienne, plus discrète et sans doute moins étroite qu’auparavant, est de nouveau opérationnelle. En tout cas, elle est indispensable pour contrer les forces iraniennes et les milices chiites, qui, en Syrie et au Liban, se rapprochent des frontières d’Israël.

L’Etat juif a toujours affirmé que c’était là une ligne rouge à ne pas franchir, et que son armée n’hésiterait pas à frapper partout où il le faudrait. Cette belle assurance était renforcée par la présence en Syrie de 2 200 militaires américains. Mais, contre toute attente, le président américain vient de décider le retrait de ces troupes.

On sait que cette décision a été prise à la suite d’une discussion téléphonique entre Donald Trump et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a désormais les mains libres pour massacrer les 40 000 combattants kurdes présents en Syrie qualifiés de « terroristes » par le régime d’Ankara qui n’a jamais fait dans la nuance.

Plus encore, le retrait américain offre aux alliés de la Turquie, le régime de Bachar El-Assad, l’Iran et surtout la Russie, une victoire éclatante : ils ont désormais carte blanche pour régler la crise syrienne et redessiner les zones d’influence.

En abandonnant son rôle de gendarme du Proche-Orient au pouvoir russe et à ses alliés locaux, le président américain ne fait pas vraiment les affaires d’Israël.

L’Etat juif est désormais bien seul face à l’Iran, à la Turquie, et au Hezbollah. Sans oublier le Hamas, qui après avoir obtenu ce qu’il voulait à Gaza, relance le terrorisme en Cisjordanie. Israël et son armée déclarent être en capacité de faire face. Mais, la fiabilité du grand frère colérique qui règne à Washington soulève désormais des doutes sérieux.  

A Jérusalem, on avait pourtant célébré ce président comme le meilleur ami que l’Etat juif ait jamais eu. On avait oublié que Donald Trump pense toujours « America first ». Dans la dernière période, c’est surtout son obsession de « Trump first » qui le conduit à multiplier les annonces spectaculaires.

Selon des journalistes américains bien informés, il s’agirait de détourner l’attention du public des ‘affaires’ qui pourraient conduire le 45e président des Etats-Unis à démissionner. Dans cette hypothèse, son vice-président, Mike Pence, lui succéderait pour achever son mandat. Ce leader évangéliste s’est toujours présenté comme un grand ami d’Israël. On peut être rassuré.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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