Normalisation Israël-Libye : un long et tortueux chemin  

© Stocklib / sezer özger
© Stocklib / sezer özger

Les Accords d’Abraham ont modifié la géopolitique au Moyen-Orient et au Maghreb. Devant l’échec du Printemps arabe et la montée en puissance des mouvements islamistes, la prise de conscience dans le monde arabo-musulman évolue lentement mais sûrement concernant la normalisation avec l’Etat Juif.

Les opinions se rapprochent, les dangers existentiels prévalent sur les divergences idéologiques et religieuses. Les intérêts communs se multiplient dans un esprit amical et pragmatique.

Les Emirats du golfe et Bahreïn furent les premiers à normaliser leur relation, suivis par le Royaume du Maroc. D’autres pays comme le Soudan ou l’Arabie saoudite y songent sérieusement.

Les contacts préliminaires d’Israël avec des Etats « ennemis » sont toujours entamés par le Mossad et les services de renseignement de ces pays. Une approche diplomatique classique qui a débuté dans les années 1950 avec la Turquie et l’Iran, deux pays musulmans, non arabes.

Ces jours-ci, certaines informations affirmaient que le fils du général libyen, Khalifa Haftar, se serait rendu secrètement en Israël pour proposer d’établir des relations diplomatiques en échange d’un soutien israélien. Saddam Haftar est candidat aux élections présidentielles prévues en Libye le 23 décembre prochain.

Le Président Macron a exigé de la Turquie et de la Russie de retirer de Libye « sans délai » leurs mercenaires dont la présence « menace la stabilité et la sécurité du pays et de toute la région ».

Un mois avant les élections en Libye censées mettre fin à une décennie de conflit, la France souhaite jouer un rôle central dans le jeu diplomatique. Dans ce but, elle a organisé récemment une conférence internationale à Paris en demandant le maintien du calendrier électoral et le « départ des forces et des mercenaires étrangers ». Pour l’heure, les Russes et les Turcs refusent de quitter la Libye.

Rappelons que depuis le départ du colonel Kadhafi de la scène libyenne, le conflit est entre deux principales factions rivales. Il est alimenté par une intervention internationale sur le terrain, un trafic constant en armes, et donc une violation flagrante des sanctions de l’ONU et d’un embargo sur les armes.

D’un côté, le Gouvernement d’union nationale (GNA) basé à Tripoli et reconnu par l’ONU. Il est principalement soutenu par le Qatar et la Turquie d’Erdogan.

De l’autre côté, les forces du général Khalifa Haftar (ANL) qui contrôlent l’est de la Libye et sa principale ville portuaire, Benghazi.

Titulaire de la nationalité américaine, Haftar était connu pour être très proche de la CIA lors de son exil sous Kadhafi.

Selon diverses informations, les Émirats arabes unis avaient financé et fourni à l’ANL des systèmes avancés de défense aérienne fabriqués par une entreprise israélienne.

Durant ses longues années au pouvoir le colonel Kadhafi fut un ennemi implacable de l’Etat d’Israël et de l’Occident. Responsable de nombreux attentats terroristes spectaculaires dont ceux du DC 10 de l’UTA et celui de la TWA à Lockerbie. Il a bafoué les conventions internationales et les droits de l’Homme dans son pays et a été mis au ban de la communauté internationale. Pourtant, le 10 décembre 2007, il arrive à Paris pour une visite officielle de cinq jours et reçu en grande pompe par Nicolas Sarkozy… En 2011, le même président décide de lancer l’opération Harmattan contre le dictateur libyen… la suite est bien connue.

Avant la guerre civile, Kadhafi souhaitait tourner la page tumultueuse avec l’Occident en renonçant au départ à ses intentions d’obtenir l’arme atomique et de cesser de financer et commanditer des activités terroristes. Dans ce contexte nouveau, il avait même indiqué que le gouvernement libyen offrira une compensation aux Juifs dépossédés de leurs biens et forcés de fuir le pays, insistant cependant sur le fait que ceux ayant immigré en Israël ne seraient pas inclus dans ces indemnités.

En 1949, 37000 Juifs vivaient en Libye. La majorité écrasante avait immigré en Israël et une partie en Italie. Certains hommes d’affaires demeurent toujours en contact avec des responsables libyens et servent d’intermédiaires avec les autorités israéliennes.

Cependant, malgré les bonnes intentions de normaliser les relations, il faudrait attendre les résultats des élections locales, et puis voir patiemment, comment va évoluer la situation dans un pays chaotique et toujours en guerre.

Le chemin est donc bien long et tortueux et seule la diplomatie classique et un appui américain pourront un jour porter ses fruits.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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