Non au boycott culturel

A l’occasion d’un banal échange entre Daniella Pinkstein, coordinatrice d’un colloque organisé par l’Institut Élie Wiesel en hommage au poète Claude Vigée, et le responsable d’un site littéraire, cette semaine, quelle ne fut pas sa surprise que de se voir refuser de parler de ce colloque au nom du boycott d’Israël

La virulence et la haine des boycotteurs, nous la connaissions déjà ! Mais derrière un pseudo-engagement contre les produits israéliens apparaissent souvent une panoplie d’arguments discriminatoires, y compris la volonté de banaliser, de minimiser la Shoah.

Cela mérite que je vous raconte cette affaire. François Xavier, pour ne pas le nommer, responsable du salon littéraire de l’internaute, n’hésitait pas à écrire à Daniella : « c’est bien beau de ne parler que des malheurs juifs et de la quête d’amour universel en oubliant systématiquement la Palestine (sic) ».

Les « malheurs juifs » dont il est question ici c’est la persécution et l’extermination des Juifs auxquelles faisait référence Claude Vigée qui les avaient vécues dans sa chair durant l’occupation de la France. Baissant le masque, l’auteur de ces lignes infectes expliquait en substance ; « il ne vous aura pas échappé que je suis de l’autre côté »… Il faudrait peut-être commencer par l’origine ; donc membre de BDS je n’interviens en rien dans tout ce qui a, de près ou de loin, quelque chose à voir avec l’État hébreu tant qu’il demeure ce qu’il est aujourd’hui. »

Oui vous avez bien entendu : par rapport à un colloque culturel et universitaire en hommage à un poète juif qui a vécu en France et en Israël, on peut être de « l’autre côté ». Et quand ce poète aborde la Shoah, un pseudo-intellectuel français réduit cette question au terme de « malheurs juifs ».

Je vous rassure : nous avons riposté à ce message ignoble et c’est Jean-François Strouf, aguerri aux luttes contre le boycott qui a envoyé ce négationniste dans les cordes.

Mais je le dis ici avec beaucoup de force : il est significatif que BDS et son boycott s’en prennent à l’expression de la culture juive et de la culture israélienne qui est au cœur même de notre action quotidienne à l’ECUJE et à l’Institut Élie Wiesel parce qu’elle est un facteur de compréhension entre les peuples, parce qu’elle peut faire avancer la paix entre les Nations, parce qu’elle peut réduire à néant l’ignorance qui nourrit la haine.

Nous ne le dirons jamais assez : l’enseignement, le savoir juif, les cultures juives ont un rôle essentiel pour notre société plurielle, riche de sa diversité et de ses valeurs démocratiques.

Elie Wiesel, survivant de la Shoah, écrivain, penseur, Prix Nobel de la Paix qui a inspiré l’institut qui porte son nom, et qui disparaissait Il y a quatre ans, écrivait notamment :

« Savoir, c’est résister, mais résister à quoi ? Résister au poids mort de l’ignorance par l’effort de la connaissance. Mais le savoir joue aussi un autre rôle : il permet de s’opposer à l’indifférence et à la domination d’autrui sur nos corps et nos esprits. Savoir c’est résister à l’oppression. Étudier c’est apprendre, apprendre ce qu’on nous a donné… L’étude existe pour rapprocher les hommes, non pour les séparer. »

Cela signifie que dans notre raison d’être, il n’y a pas et il n’y aura pas « d’autre côté ».

Chaque acte que vous ferez à nos côtés, chaque conférence à laquelle vous participerez, chaque cours que vous suivrez et notamment les cours d’hébreu, vecteur de la culture israélienne, chaque émotion partagée et vécue ensemble, mais aussi chaque geste de soutien que vous nous adresserez pour nous donner les moyens de nous développer, seront autant d’actes de résistance et nous aideront, entre autre, à renvoyer BDS et les boycotteurs dans les poubelles de l’Histoire.

à propos de l'auteur
Gad exprime sa vision d'un Judaïsme culturel ouvert et pluraliste dans le contexte français, qu'il propose dans un éditorial hebdomadaire diffusé sur la radio Judaïques FM (94.8). Ingénieur en informatique de formation, il a fondé et dirigé Intesys, une société de conseil aux entreprises, et est coauteur de "Les Managers du Temps" (avec JF Strouf, ed. Intesys, 2005). En parallèle de cela, Gad a poursuivi son engagement pour un judaïsme de culture, ouvert au plus grand nombre. Il est depuis 2018, le directeur général de deux institutions majeures du Judaïsme Français : l'ECUJE (Espace Culturel et Universitaire Juif d'Europe) et l'Institut Universitaire Élie Wiesel. Il a également lancé la plateforme d'enseignement à distance UNEEJ.COM (Université Numérique Européenne des Études Juives) et l'Oulpan en ligne de l'ECUJE. Ses fonction lui permettent d'être en prise avec les publics proches ou non de la communauté juive organisée, pour lesquelles il promeut les cultures et expressions artistiques juives, l'enseignement des textes du judaïsme, de l'hébreu dans une approche inclusive.
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