Netanyahou, touché mais pas coulé

Le président Reuven Rivlin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le dirigeant bleu et blanc Benny Gantz se serrent la main lors de la cérémonie commémorative du défunt président Shimon Peres au cimetière Mount Herzl à Jérusalem le 19 septembre 2019. Photo : Yonatan Sindel / Flash90
Le président Reuven Rivlin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le dirigeant bleu et blanc Benny Gantz se serrent la main lors de la cérémonie commémorative du défunt président Shimon Peres au cimetière Mount Herzl à Jérusalem le 19 septembre 2019. Photo : Yonatan Sindel / Flash90

Les Israéliens ont tranché mais pas suffisamment pour permettre un changement de régime. Si Benjamin Netanyahou est arrivé en seconde position à deux sièges d’écart de Benny Gantz, il a été certes touché mais il ne veut pas s’avouer vaincu.

Cela distingue les Israéliens des Anglo-saxons qui ont tendance à quitter la scène politique automatiquement après une déconvenue. N’est pas Lionel Jospin ou Thérésa May qui veut. Le Premier ministre israélien s’accroche au fauteuil jusqu’au dernier souffle sans s’inquiéter du dernier combat de trop. Il ne fait aucun doute pourtant que l’échec du Likoud est clair car, n’étant pas arrivé en tête, il est peu probable au départ qu’il soit chargé de constituer le gouvernement.

Sauf surprise improbable, Gantz aura la tâche difficile de constituer une majorité. Mais Benjamin Netanyahou s’appuie sur les mathématiques pour expliquer que son camp de droite a récolté 55 sièges et qu’il doit continuer à se battre. Il compte sur la trahison de certains pour compléter sa coalition de droite.

Mais il devra faire avec l’inertie de son parti, d’ordinaire toujours vent debout pour soutenir son Lider Maximo. Aucune tête ne dépasse, aucun son discordant ne s’exprime. Pourtant les nouvelles élections avaient pour but de pousser les Israéliens à donner une majorité de 61 voix au Likoud et à ses alliés.

En fait la défaite est à mettre au débit de ses nouveaux alliés. Moshé Kahlon de Koulanou ainsi que Moshé Feiglin de Zehut, qui ont été intégrés au Likoud sans rien lui rapporter en termes de sièges, deux boulets plutôt que des fusées.

Mais Netanyahou veut éviter que son ancienne coalition se décompose et aille voir ailleurs. Alors, dès l’annonce des mauvais résultats, il a réuni les leaders des partis qui l’ont soutenu dans une sorte d’opération de stabilisation de son bloc. Il espère le même scénario de 2006, lorsque son parti n’avait récolté que 11 sièges, et que les militants n’avaient pas réagi pour le remplacer. Il n’envisage pas pour l’instant un quelconque putsch interne au parti.

Les manifestations d’allégeance de ses concurrents au sein du parti ont le plus étonné ; reculer pour mieux sauter, peut-être. Gideon Saar, le militant qui a failli être éliminé des primaires par le chef pour actes subversifs, n’a pas profité de la réunion des militants au Centre de Conférences de Tel-Aviv, le soir des élections, pour s’afficher en candidat putatif à la succession de Netanyahou.

En fait, les analystes politiques justifient sa tactique. Il aurait perdu toutes ses chances de devenir le chef du Likoud s’il s’était attaqué de front au Premier ministre alors qu’il était officiellement encore en poste. Mais pour lui la satisfaction était ailleurs, les militants avaient déserté la réunion très tôt dans la soirée sans attendre l’arrivée de leur leader.

Pour lui, la fin de règne était actée, donc il ne fallait pas bousculer la marche de l’Histoire. Un signe qui ne trompe pas, Sarah Netanyahou s’était mise totalement en retrait, loin de la scène, ce qui n’est pas dans ses habitudes. Dans une sorte de discours non politique, d’adieu peut-être, Netanyahou a remercié ceux qui l’avaient soutenu en donnant quelques coups de griffes aux médias : «Nous avons travaillé côte à côte. Nous sommes restés unis dans cette campagne et nous continuerons à le faire face aux tâches qui nous attendent, pour le Likoud et pour le peuple d’Israël».

Il a repris les mêmes thèmes de sa campagne en mettant en garde les Israéliens sur le risque d’un «gouvernement non-sioniste», dirigé par Benny Gantz, sous-entendu avec le soutien des partis arabes : «il n’y aura pas et il ne peut pas y avoir de gouvernement qui s’appuie sur les partis arabes antisionistes. Des partis qui glorifient et célèbrent les terroristes sanguinaires qui assassinent nos troupes».

Son but à présent est d’empêcher toute velléité de la part de certains dirigeants du Likoud d’envisager un accord séparé avec Benny Gantz pour une nouvelle coalition. Netanyahou a toujours espoir de garder la main et même de ressusciter politiquement si Gantz n’obtient pas ses 61 députés.

Il a déjà créé un filet de sécurité autours des religieux orthodoxes et des partis d’extrême-droite pour constituer un bloc uniforme homogène. Il s’inquiète de la scission du parti Yamina avec le projet d’Ayelet Shaked de constituer un groupe séparé de 3 députés sinon laïcs, au moins non orthodoxes. Dans les temps qui courent trois sièges pourraient constituer un apport non négligeable à l’un ou l’autre des deux camps. Netanyahou envisage même de débaucher deux députés de Yamina, dont Naftali Bennett pour les intégrer au Likoud et prouver au chef de l’État que Bleu-Blanc n’est plus le premier parti.

Ehud Barak, qui dispose d’une expérience politique à toutes épreuves, conseille à Benny Gantz de procéder comme Yitzhak Rabin en 1992, en créant un gouvernement minoritaire de 52 députés avec la neutralité bienveillante et récompensée de la liste arabe, mais sans sa participation, qui empêchera la droite de faire tomber le gouvernement. Cela laissera le temps aux frondeurs du Likoud de s’organiser et de s’affranchir du leadership de Netanyahou qui prouve ainsi que s’il est touché, il n’est pas coulé et qu’il est loin de vouloir abandonner. Par ailleurs, la justice se sera prononcée au sujet des affaires judiciaires du Premier ministre.

Lieberman, qui compte sur un gouvernement d’union, détient toujours le destin politique de Netanyahou mais il est improbable qu’il rejoigne le Likoud même s’il existe un grand profit à tirer. Les fêtes de fin d’année seront une occasion pour des réunions secrètes et pour des gesticulations politiques. Le jour de Kippour est le jour du Grand Pardon et beaucoup profiteront de cette journée pour se faire une nouvelle virginité politique en cas de trahison.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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