Netanyahou : amnistie, mais à quel prix ?

Depuis l’accession de Monsieur Yitzhak Herzog à la présidence de l’État d’Israël, quatre ans et demi se sont écoulés. Durant cette période, la majorité du peuple a exprimé son insatisfaction à l’égard de son action. Rares sont ceux qui le soutiennent. Son attitude, à la fois fuyante et passive, a souvent suscité des interrogations : s’agit-il d’un manque de fermeté, d’opportunisme politique ou simplement de peur ?
Face à la situation critique à laquelle est confronté le pays, tant sur le plan sécuritaire que sur le plan social, le président est censé incarner l’ensemble de la population qui souhaite, plus que jamais, des preuves de détermination et une prise de position courageuse, surtout détachée de toute considération politique (rappelons que le régime politique de l’État d’Israël est parlementaire, et que le rôle du président n’est que représentatif, avec des prérogatives limitées).
La demande d’amnistie formulée officiellement par Netanyahu au cours de ses procès impose aujourd’hui au Président une décision cruciale, tant pour lui-même que pour le pays tout entier. Il s’agit d’une procédure exceptionnelle nécessitant une réflexion juridique approfondie et une décision lourde de conséquences.
Si Monsieur Herzog souhaite trancher en faveur du peuple, comme il l’a affirmé lors de sa première réaction à la demande de Netanyahu, il lui incombe d’écouter la voix et la volonté de la population dans sa large majorité. De nombreux sondages menés depuis le 7 octobre témoignent tous :
- de l’opposition à la poursuite du mandat de Netanyahu en tant que Premier ministre ;
- ainsi que de l’exigence de la démission de son gouvernement jugé responsable des événements du « Samedi noir » et des décisions qui les ont précédés ou suivis au cours des deux dernières années (d’abord la tentative de coup de force contre les institutions juridiques, la poursuite inutile de la guerre à Gaza et l’abandon des otages).
Depuis le pogrom du 7 octobre 2023, Netanyahu et ses fidèles se sont radicalisés, encourageant la formation d’un « axe du mal » qui menace et effraie non seulement ses opposants, mais dernièrement aussi l’autorité judiciaire et les médias, à la manière d’une organisation mafieuse imposant la terreur à quiconque ose se dresser sur son chemin.
Monsieur le Président, votre affaiblissement apparent ou vos intérêts inavoués inquiètent le pays. Rappelons simplement l’épisode regrettable où Netanyahu, tel un voyou, vous a bousculé pour vous empêcher d’accueillir le président Joe Biden venu exprimer son soutien à Israël après le pogrom du 7 octobre. Votre « effacement », à titre personnel, est votre affaire ; mais en tant que président, vous avez humilié la nation tout entière.
Aujourd’hui, le destin du pays et de ses valeurs est plus que jamais entre vos mains. Le peuple d’Israël et les Juifs du monde comptent sur vous. Si vous acceptez d’accorder l’amnistie en échange d’une simple anticipation des élections de quelques mois, tout en maintenant Netanyahu au pouvoir comme vous l’avez laissé entendre, cela sera considéré par la majorité du peuple comme une « manœuvre déshonorante » et jugé inadmissible par la Cour suprême.
En effet, une amnistie ne saurait être octroyée qu’à une personne condamnée, ou tout au moins à une personne, quel que soit son rang, ayant reconnu une part des charges qui pèsent contre elle. L’argument selon lequel Netanyahu demanderait cela pour « unir le peuple » n’est rien d’autre qu’une nouvelle manœuvre du grand manipulateur. Celui qui a sciemment et stratégiquement divisé et fragmenté le pays pour conserver son pouvoir. Il se dit aujourd’hui prêt à réparer les ruines.
Netanyahu va même plus loin, en tentant de se présenter comme prêt à « sacrifier son acquittement attendu » pour l’unité du peuple. Jusqu’où peut-on pousser le cynisme ? Celui qui a détruit prétend désormais vouloir reconstruire. Mais une telle reconstruction impose avant tout un assainissement en profondeur de la sphère politique.
Netanyahu ne se contente même pas d’une éventuelle amnistie contre sa démission, il s’accroche à l’expression biblique :
Tu as tué, et en plus tu hérites. [Le Premier Livre des Rois, chapitre 21, verset 19]
La décision du président Herzog devrait impérativement être l’éloignement immédiat de Netanyahu de la scène politique, sans quoi cela ne ferait qu’accentuer les fractures au sein de la société israélienne dans toute sa diversité. Les manifestations qui suivront seront alors des plus importantes jamais organisées dans le pays, elles risquent la confrontation physique, et feront de vous, manifestement, un valet de plus au service de celui qui détruit le pays et le quotidien du peuple juif en diaspora. Vous êtes le dernier espoir du pays !
