Naftali, sauveur de la droite

Le ministre israélien de l'Éducation Naftali Bennett prenant la parole lors d'une cérémonie commémorative marquant le 21e anniversaire de l'assassinat de l'ancien Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, au parlement israélien le 13 novembre 2016. Photo de Miriam Alster / FLASH90
Le ministre israélien de l'Éducation Naftali Bennett prenant la parole lors d'une cérémonie commémorative marquant le 21e anniversaire de l'assassinat de l'ancien Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, au parlement israélien le 13 novembre 2016. Photo de Miriam Alster / FLASH90

Il tient son prénom d’un fils de Jacob souvent représenté aux côtés d’une biche. La droite, mal en point, pourrait lui confier son destin. Les sondages convergent pour créditer le Likoud de moins de 30 sièges (contre 36 actuellement).

Il n’est plus rare d’entendre des Israéliens ayant toujours soutenu le Premier ministre condamner sa gestion irresponsable de la crise sanitaire et de la crise économique.

La nature politique ayant horreur du vide, il faut trouver un successeur. Ceux qui au sein du Likoud attendent depuis si longtemps – Israël Katz, Gilad Erdan, Gidon Saar … – n’emportent pas l’enthousiasme de l’électorat populaire qui depuis 1977 assure à la droite une domination rarement partagée.

Les dauphins que King Bibi aimerait choisir en vertu d’un pouvoir de droit divin – Yossi Cohen, actuel chef du Mossad ou Danny Danon, ancien ambassadeur aux Nation-Unies – ne sont pas prêts. Les outsiders, et d’abord Ayelet Shaked, sont encore trop marginaux. Pas son allié : Naftali Benet.

Il n’est pourtant plus membre du Likoud depuis 2012, et sa liste, Yamina (A droite !), faite de bric et de broc, agrège des groupuscules sionistes religieux, messianistes et nationalistes extrémistes.

Cela n’empêche pas les Israéliens d’être tentés par l’aventure : Naftali Bennet et les siens montent, montent, montent, et déjà crédités de près de 20 sièges, ils se sentent pousser des ailes pour voler vers les sommets et ravir la première place au parti historique de la droite israélienne.

Un autre scénario pourrait voir Naftali Benett retrouver sa maison-mère et emporter les primaires du Likoud. Il a incontestablement des atouts : jeune (48 ans), bilingue depuis sa naissance à Haïfa (ses parents venaient des Etats-Unis), ancien officier du prestigieux commando de l’Etat-Major (Sayeret Matkal), il a très bien réussi dans la high tech.

La vente de ses start-up l’a mis à l’abri du besoin et lui permet de financer sa carrière politique. Religieux mais pas sectaire – son épouse Gilat ne l’était pas avant de le connaître – il a siégé au Conseil des implantations juives de Judée-Samarie (les colonies), mais habite une ville gentiment bourgeoise dans le centre du pays, Raanana.

En d’autres termes, Naftali Benett symbolise le nouveau modèle israélien alliant aux obsessions sécuritaires, un nationalisme intransigeant, la réussite sociale et la religion juive.

Concrètement, il préconise l’annexion immédiate de la plus grande partie de la Cisjordanie (la zone C), la limitation du pouvoir judiciaire, les privatisations à tour de bras, et une éducation inculquant aux enfants les « valeurs juives » c’est-à-dire les siennes.

Un profil bien éloigné de celui d’une biche. Plutôt celui d’un chasseur. D’ailleurs, en hébreu biblique, Naftali signifie « Mon combat ». On l’avait compris.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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