Naftali Bennett ne contrôle plus son parti Yamina

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett lors de l'ouverture de la session d'été de la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le lundi 9 mai 2022. (AP Photo/Maya Alleruzzo)
Le Premier ministre israélien Naftali Bennett lors de l'ouverture de la session d'été de la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le lundi 9 mai 2022. (AP Photo/Maya Alleruzzo)

Parce que Naftali Bennett a accepté dans sa liste électorale des résidus rejetés par les autres partis, sa formation non homogène connait des remous qui la conduisent à terme à imploser, avec le risque de disparaitre à la prochaine élection. Aucune idéologie ne cimente les membres devenus des électrons libres au sein de la Knesset. Chacun joue sa partition. Le doute et la méfiance se sont installés au point que certains fidèles parmi les fidèles sont accusés de félonie. Les membres ont acté la faiblesse de leur leader et donc ils ne lui reconnaissent aucun pouvoir sur eux. Il n’existe pas de discipline de vote du parti ni de respect du chef au point que le chantage est devenu l’ingrédient majeur de la formation.

Chaque membre conteste les décisions de vote. Ainsi pour ménager son avenir au sein du Likoud, Ayelet Shaked s’est engagée à mettre son veto à un projet de loi visant à empêcher Netanyahou de revenir au pouvoir. Le projet de loi, visant expressément Netanyahou, interdirait à toute personne faisant l’objet d’une inculpation pénale d’exercer les fonctions de Premier ministre. Ce projet avait été proposé par le ministre de la Justice Gideon Saar, ancien député du Likoud et rival de longue date de l’ancien premier ministre.

Ayelet Shaked menace aussi d’utiliser son droit de veto sur les modifications des lois fondamentales d’Israël pour stopper les initiatives législatives visant à modifier la loi sur le caractère national. Benny Gantz a exigé l’adoption d’une loi inscrivant le principe d’égalité des personnes dans la Loi fondamentale. Avant lui, Avigdor Lieberman avait affirmé la nécessité d’amender la Loi nationale sur l’État afin d’exclure toute discrimination à l’égard de la communauté druze. Les récents décès au champ d’honneur d’officiers et soldats druzes justifient la suppression de toute différentiation.

Bennett ne fait preuve d’aucune autorité au sein de Yamina, car il craint des défections qui réduirait sa majorité. La faction des sept députés de Yamina connait en son sein de fortes turbulences. Le député Amihaï Chikli a été expulsé du parti, vers les non-inscrits, ramenant la majorité à 60 sièges. Par ailleurs, le parti a commencé à prendre des mesures punitives contre l’ancienne présidente de la coalition, Idit Silman, qui souhaite faire défection vers l’opposition. Elle avait refusé de s’engager à voter pour la nomination de Matan Kahana, au poste de ministre des Services religieux.

Si elle maintenait son vote contre Kahana, Yamina la ferait déclarer transfuge et la forcerait à quitter la Knesset ou serait empêchée de se présenter aux prochaines élections avec le Likoud. La coalition passerait alors à 59 sièges sur 120. Une sanction a déjà été prise lorsque Silman a été expulsée de son grand bureau situé à côté de celui de Bennett au deuxième étage de la Knesset, une pièce généralement réservée à la personne de confiance du premier ministre. Elle est devenue le maillon faible du parti.

C’est la débandade au sein du parti d’autant qu’une victime collatérale a payé sa visite au Mont du Temple sans autorisation. Yomtov Kalfon, un fidèle de Bennett, a été accusé de vouloir faire défection. Pour empêcher de nouvelles défections, Matan Kahana a démissionné de son poste de ministre, le forçant à reprendre son poste de député détenu justement temporairement par Kalfon qui s’est retrouvé hors de la Knesset. Bennett n’avait plus confiance en Kalfon. Cette décision est considérée comme visant à empêcher de nouvelles défections du parti Yamina vers l’opposition Que reste-t-il des sept députés d’origine ?

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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