« Nadav » de Yehuda Lancry

En cent trente-deux pages, Yehuda Lancry nous livre un récit singulier, puissant, déroutant, attachant.

Je reviendrai plus loin sur ce qualificatif de « récit » appliqué à ce texte.

Il est temps de faire connaissance avec l’auteur. Précédemment, Yehuda Lancry avait publié : Le messager meurtri aux éditions Albin Michel. (Déjà, ce titre semblait annoncer le contenu du second.)

Yehuda Lancry fut à deux reprises, ambassadeur d’Israël : tout d’abord en France de 1992 à 1995 (j’ai eu l’occasion de le rencontrer à Grenoble) ; puis aux Nations-Unies de 1999 à 2002. Lourdes tâches, lourdes responsabilités que ces deux postes.

Dans ses deux livres, Yehuda Lancry parle avec bonheur et distance de son « métier » d’ambassadeur. Lui qui n’a pas grandi dans le sérail de la diplomatie.

Mais Yehuda Lancry est avant tout-au moins pour moi – un homme de lettres, un homme de plume surtout. Docteur en littérature française (université de Nice et résidence à Antibes), il fit sa thèse sur Michel Butor (que ne l’ai-je su quand j’étais en Lettres supérieures à Toulon !)

Un homme de plume, assurément. Et de quelle plume !

Écriture ciselée. Chaque mot compte. Écriture blanche ?

Le vocabulaire suscite la curiosité, la réflexion, l’interrogation.

Le lyrisme affleure à chaque page sans que cela soit pesant. Au contraire, la force du verbe de Yehuda Lancry entraîne tout sur son passage. Et ne donne que plus de force au récit.

Mais quel est donc ce récit ? Celui d’un double « démembrement », d’un double naufrage. Yehuda Lancry et son épouse perdent à douze ans d’intervalle, leurs deux fils : Ran et Nadav. Tous deux victimes de la même maladie congénitale. Dans les mêmes lieux. Les mêmes hôpitaux.

Les détails, chers lecteurs, vous les découvrirez en lisant ce petit livre. Bien sûr, le drame est là. La double tragédie court la poste. Les larmes, le désarroi sourdent. Mais ce n’est pas un livre sombre. C’est un hymne à la Vie, à l’Amour. C’est un livre où la Foi perfuse et nous fait du bien.

C’est un récit qui parfois prend des allures de roman. Haletant. Un long poème. Une imploration ! Aussi.

La construction de ce récit est équilibrée car trop de tension tuerait la tension. Alors Yehuda Lancry « dérive » vers ses « métiers » de diplomate, d’homme public où l’amitié est une denrée salvatrice. Et où on apprend à connaître cet auteur incomparable.

Comme il a bien voulu me le confier, ce récit est né d’une série de « déflagrations ». Entre écriture et philosophie.

Chers lecteurs, ses « mots-projectiles » vont vous atteindre, n’en doutez pas. Non pas pour vous anéantir mais pour vous rendre plus forts, plus attentifs aux Autres, plus attentifs à la Vie.

Je pense que ce texte a toutes les qualités pour être dit sur une scène d’un théâtre. J’entends déjà la voix de Jean-Louis Trintignant sur la scène du Lucernaire à Paris (N’est-ce pas Denis Pryen ?)

Ce livre est un viatique universel que tout un chacun et chacune devrait s’empresser de lire.

About the Author
Depuis 40 ans, Norbert parcourt les contrées de l’Histoire des Juifs d’Algérie et d’Afrique du Nord. Il attache beaucoup d’importance à la littérature sous toutes ses formes, à la connaissance et l’appréciation des littératures française et israélienne ainsi qu'aux grands romanciers juifs américains et la littérature sud-américaine. Lorsqu'il écrit ou lorsqu'il intervient lors de colloques ou conférences, il se plaît à mêler Histoire et Littérature.
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