Mort du puissant parrain du terrorisme d’Etat et de l’hégémonie islamiste

Des Palestiniens brûlant des drapeaux américains et israéliens à proximité de la tente de deuil tenue par des factions palestiniennes pour Qassem Soleimani, le chef iranien de la Force Qods, qui a été tué dans une frappe de drones américains tôt vendredi à Gaza, samedi 4 janvier 2020. (Photo AP / Khalil Hamra)
Des Palestiniens brûlant des drapeaux américains et israéliens à proximité de la tente de deuil tenue par des factions palestiniennes pour Qassem Soleimani, le chef iranien de la Force Qods, qui a été tué dans une frappe de drones américains tôt vendredi à Gaza, samedi 4 janvier 2020. (Photo AP / Khalil Hamra)

Le raid audacieux et spectaculaire des Américains contre le général Qasem Soleimani et ses complices chiites est une nouveauté et une grande première dans la confrontation avec l’Iran car le président Trump a frappé le sacro-saint du régime islamique. Il a osé tuer un membre politico-militaire influent d’un Etat souverain, membre de l’ONU.

Le deuil national de 3 jours décrété en Iran prouve l’importance du rôle de Soleimani dans la gestion des affaires du régime et sa responsabilité majeure dans les intentions stratégiques et militaires de l’Iran au Moyen-Orient. Le bras droit de Khamenei était candidat pour remplacer le président actuel Hassan Rohani.

Ce raid était prévisible et légitime devant les violentes manifestations contre l’ambassade américaine à Bagdad, et il intervient après l’élimination, le 26 octobre 2019, d’Abou Bakr al-Baghdadi.

Aucun pays en Europe, et notamment la France, n’a eu l’audace politique ni le courage militaire d’éliminer ces chefs terroristes qui depuis des décennies sèment la terreur au Moyen-Orient et ailleurs. Il est d’ailleurs étonnant que l’Europe garde le mutisme et préfère évoquer les risques d’un nouvel embrasement au lieu d’être solidaire du combat des Américains contre l’Axe du Mal. Cette attitude prouve que le président Trump n’a pas consulté ses alliés européens.

Ce dernier raid comme les précédents nécessite une préparation logistique minutieuse sur le terrain, suivant à la loupe et par des moyens électroniques sophistiqués tous les déplacements et les itinéraires du général iranien. Avec un renseignement précis et de qualité tout passe au crible et au moment opportun la cible est attaquée sans hésitation et sans regrets.

Dans ce contexte, il est regrettable que des médias et une partie de l’opinion américaine, pour des raisons surtout électorales, reprochent au Président Trump de ne pas consulter préalablement le Congrès et de provoquer une guerre inutile et dévastatrice avec l’Iran. Quelle différence y-a-t-il avec un Ben Laden ou un Baghdadi ? Ne sont-ils pas, comme Soleimani de cruels et mégalomanes terroristes dont le devoir du monde libre est de les éliminés ?

Le combat contre un chef terroriste sanguinaire ne peut se faire dans le cadre d’un débat parlementaire ou par une consultation juridique préliminaire. Le terroriste devrait être neutralisé bien avant son acte meurtrier.

C’est une règle morale dans le judaïsme signifiant que toute personne est autorisée à se défendre et à sauver sa peau au prix de la vie de ceux qui la mettent en danger. C’est la raison d’être de la légitime défense.

Ainsi, depuis la première Intifada de 1988, Israël a adopté la stratégie de « liquidation » des chefs terroristes tels que Yehi Ayache, Ahmed Yassin, Rantisi et Imad Moughniyeh.

La mort du cerveau macabre des opérations des Gardiens de la Révolution a sans doute soulagé des milliers de familles en Israël, aux Etats-Unis, en Argentine et ailleurs. La liste de ses victimes est longue et douloureuse et elle comprend également des musulmans sunnites, des kurdes et des chrétiens et plusieurs millions de réfugiés rescapés des massacres.

Depuis 1982, cet homme a les mains souillées de sang de nombreux innocents, femmes, enfants et vieillards. Depuis deux décennies, il est recherché par tous les services de renseignements occidentaux et sa tête a été mise à prix.

Son élimination a stupéfait l’Europe et de nombreux observateurs qui pensaient que les Etats-Unis avaient quitté honteusement notre région. La veille, les Ayatollahs avaient ridiculisé le président Trump en se moquant cyniquement de ses capacités militaires. Sa mort est donc un coup très dur pour l’Iran, pour le Hezbollah et toutes les milices chiites dont Soleimani était leur chef. Ce raid est un avertissement sévère aux Ayatollahs, à Nasrallah, et à tous les chefs du terrorisme islamique. Il a changé la donne géopolitique au Moyen-Orient et a brouillé toutes les cartes.

Le général Qasem Soleimani fut le stratège de la terreur contre les régimes arabes sunnites et l’architecte de l’expansion de l’hégémonie iranienne. Selon sa doctrine, les premières lignes de défense de son pays passent par le Liban et la Palestine. En obligeant Israël à faire face aux menaces quotidiennes sur ses frontières Nord et Sud, une éventuelle attaque israélienne contre l’Iran s’écarte de plus en plus.

La lutte contre Israël constitue également un important recrutement dans la longue bataille contre « l’arrogance occidentale qui a implanté l’entité sioniste au cœur du monde musulman et de l’islam. Ainsi, la libération de Jérusalem est assurée car elle est devenue une priorité absolue dans l’ordre du jour de la Révolution islamique ».

De ce fait, l’Iran offre un nouvel ordre mondial et une alternative aux peuples arabes et musulmans en détresse.

Depuis le début de la Révolution islamique en 1979, le régime a utilisé plusieurs moyens en sa disposition pour terroriser le monde.

Les Occidentaux ont essayé plusieurs approches pour négocier avec le régime iranien y compris l’apaisement, les négociations et les sanctions. Pourtant le gouvernement iranien n’a pas été dissuadé ni convaincu de mettre fin à son programme nucléaire pour des fins militaires.

Au fil des ans, Soleimani a développé à Bagdad, à Damas, à Beyrouth et au Yémen, un réseau de miliciens, inspiré du modèle du Hezbollah. Pour les milices chiites, Soleimani est en effet un héros national légendaire, une idole ; ils l’admirent, le vénèrent et ont terriblement peur de lui.

Il occupe un rang égal aux chefs des armées et il possède carte blanche du chef suprême Khamenei sur l’ensemble de ses actions au sein de la force Al-Qods dont le but est la conquête de Jérusalem.

Le roi démoniaque de la terreur religieuse est certes mort mais dans la jungle du terrorisme nul n’est irremplaçable, même le chef suprême des “fous de Dieu” Hassan Nasrallah. Ces jours-ci, dans son bunker, il devrait craindre, plus que jamais, de devenir la prochaine victime.

Toutefois nous devrions prendre les menaces iraniennes au sérieux et adopter un profil bas. Toute la cacophonie des anciens généraux, politiciens et journalistes sur les plateaux de télévision concernant les capacités de Tsahal et du Mossad, comme d’ailleurs la crainte de représailles est inutile. Il s’agit d’une opération exclusivement américaine dont Israël a été prévenu préalablement.

Bien que la président Trump tente d’apaiser les esprits, de premières représailles ont déjà été mise en œuvre par les Gardiens de la Révolution contre des bases américaines en Irak. Reste à savoir si d’autres attaques sont prévues contre le « Grand Satan » et même contre l’Etat Juif et des ambassades israéliennes et des institutions juives à l’étranger. D’ores et déjà, Jérusalem a pris toutes les mesures nécessaires.

Certes, le cercle infernal du terrorisme ne sera pas éradiqué du jour au lendemain et les prochains attentats spectaculaires seront pénibles et très douloureux. Toutefois, la panique et la crainte sont des mauvais adages. Les Gardiens de la Révolution, le Hezbollah comme le Hamas et ses commanditaires iraniens doivent parfaitement savoir que chaque crime est suivi, tôt ou tard, par un châtiment exemplaire. Aucun chef terroriste ne sera épargné. !

Cet article a été publié le 5 janvier sur le site https://jcpa-lecape.org/

 

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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