Mon Israël a 5 ans
Cinq ans.
Qui aurait pu imaginer que cinq ans se sont déjà envolés tels les différent souvenirs qui se sont accumulés au fil des années et des moments vécus à l’instant T.
Cinq ans et j’ai l’impression que c’était hier. Cinq ans, c’est ce chiffre que ma grand-mère aime à invoquer au terme d’une superstition, si encensée et si présente, que souvent on aurait envie de la renier.
Cinq ans de remise en question, de mises à jour et de rêves qui sont pour certains devenus tangibles.
Ce fut le 28 Tevet, exactement, quelques jours avant Tou Bichvat. Cela semble si anodin, et pourtant, cela prend toute sa signification quand on commence à changer de perspective.
Il y a cinq ans – on a beau le ressasser chaque année, j’ai mis en œuvre la plus grande de mes résolutions – non pas une de 2023, mais une pour la vie : réaliser le rêve de tant de mes ancêtres, et être la première à prendre un biller aller, sans retour.
Il y a cinq ans, j’avais cette fameuse phrase de Herzl en tête. Ben Gurion et notre chère Golda se suivaient de près au niveau de mes influences.
On parle continuellement d’influenceurs, mais à dire vrai, ces trois icônes furent mes influenceurs.
Cinq ans, c’est aussi la bataille éternelle de mes deux identités, chéries au plus profond de mon être.
Cinq ans que j’ai trompé ma France, et que j’ai fini par tout lui avouer, après avoir disparu de nombreuses fois pendant deux ans, par un beau matin de janvier.
Cet amour, tout feu tout flamme, parisien et flamboyant, avait brulé les dernières attaches qui nous relient. Notre liaison n’a pas tenu le choc, et la suivante me promettait d’être une aventure sans précédent.
Cette nouvelle amante me promettait d’être une conteuse et peut être même avant tout de raconter mon histoire.
Les parties adverses furent coriaces et on m’avait mis en garde : tout planter là, ne serait pas aisé. Une nouvelle vie commune et des possibilités d’incompatibilité de caractères.
Cinq ans après cette rupture soudaine et de partenariat avec la Terre promise, ou en suis-je ? La finesse d’esprit me manque-t-elle ? La culture française a-t-elle quitté mon horizon ? Ai-je des envies soudaines de revenir vers elle ?
Le vol aller, la peur au ventre, les contours de CDG se succédant, laissant place à ceux de Ben Gurion resteront à jamais ancrés dans mes entrailles. Chaque aller-retour, l’excitation revient. J’en parle encore, parce que oui cinq ans après, je ne suis pas au bout de mes peines d’avec mon Israël.
Oh je l’aime, sans prétention, sinon je ne resterais point, et chaque année a eu son lot de surprises.
1 825 jours de questions.
260 semaines ou le Shabbat reste le principal évènement de la semaine, attendu avec impatience.
43 800 heures de moments ou la situation du jour au lendemain peut changer.
2 628 800 minutes de sourires, de fous rire, de larmes, d’inquiétudes, de danses endiablées, mais surtout de rencontre pour une vie.
L’amour dure 3 ans, selon Beigbeder.
Pour autant, au bout de 5 ans, je suis toujours dans cette phase de séduction et d’envie de plaire.
Je m’efforce de lui être fidèle, et de ne pas la quitter trop longtemps. Je m’engage a être là à tous ses anniversaire et de ses fêtes j’en connais tous les charmes.
Evidemment, au bout de cinq ans, nos personnalités se sont adaptées l’une à l’autre. Je ne suis plus si conformiste et je jure à qui veut bien l’entendre que je ne suis plus cette idéaliste, et que ma double identité n’est pas si prononcée. Ma bi-culturalité ne dérange plus mes deux amies désormais.
Être au bras de l’une, c’est ne pas culpabiliser, se sentir légère d’être celle que je suis.
Les Français ont cette réputation, tel est le bruit qui court, et j’en souris.
On se dit que notre association est une histoire qui roule. Oh, nous avons nos chamailleries, nos déceptions et nos attentes. Elle dit que je suis trop exigeante et je la trouve passive devant nos difficultés. Elle me trouve difficile et je la trouve mal-apprêtée.
Elle est persuadée d’avoir raison et d’avoir réussi sa mission. Elle me dit que comme toute chose, cela prendra du temps. Que les aventures et les mises à l’épreuve font de nous les pionnières de demain. Elle me dit que finalement, la vie c’est des vagues turbulentes, dont les variations dépendent des éléments du cœur et de nos attractions, plus que de la réflexion intellectuelle, si chère à mon amante.
Cinq ans où les ondulations sont plus ou moins fortes selon les fibres touchées. Bien sûr que l’admiration demeure.
Sa créativité, sa fraîcheur, ses couleurs et ses odeurs me font toujours autant d’effets. Cela a tout d’un premier rendez-vous.
Elle a le don de m’apprendre ce que j’ai besoin d’encaisser pour grandir. Elle m’apprend à m’endurcir, à obtenir sans demander la permission.
La résilience et la combativité à toute épreuve. Elle m’apprend cette leçon qui vaut toutes les autres : la vie est un voyage et il faut la vivre, prendre des risques et en rire.
Il est vrai que la désillusion a frappé un beau matin.
Au départ, les verres étaient teintés de cette couleur rose canapé, et chaque obstacle était édulcoré. Elle me promettait que tout se passerait bien et elle me protégeait du moindre accroc. Le ciel et la Emouna [foi] ont été de grands alliés. C’est vrai, on a tendance à la développer.
Le rêve n’est pas fini, mais Elle ne veut plus me vendre du rêve.
Elle a mauvais caractère et ne s’en cache pas. Elle n’a plus peur que je la quitte pour mon ex amante, la tricolore. Elle sait que je m’adapte, et elle ne se cache plus derrière les boutades d’un autre temps.
Elle m’a dit qu’il était temps de grandir. Elle rit de mes réactions et de mes anciennes attentes. Elle appelle mon ancienne vie “Midnight in Paris”, et d’elle je n’aurais pas la romance et les mots doux du lendemain. Elle m’a promis des aventures et son grand cœur a toutefois autant d’impact sur le mien. Bientôt 75 balais et elle n’a pas pris une ride.
Elle sourit de mes fautes et sait que certaines sont incorrigibles. Elle admire mon espoir et ma ténacité, et elle est fière de mes accomplissements. Elle veut que je sois celle que je suis, et je l’aime à sa juste valeur, défauts compris. Elle m’en veut souvent parce que je trompe ma Jérusalem avec la turbulente TLV, si me prend l’envie de sentir le sable sous mes pieds.
Quand on se fâche, elle subit l’ouragan de mes émotions. La patience a été la leçon de l’année passée. Après la tempête, on se dit qu’il suffit de communiquer et que la paix à sa vertu.
Malgré ces mois passés loin de ma France, les obligations se faisant plus présentes, le premier amour ne s’oublie pas.
Malgré tout, elle m’a encouragé dans la réalisation de rêves de petites filles et quels rêves !
Mon Israël sait que mon amour pour elle sera toujours présent, mais à certains moments, elle se fait toute petite, et se cache au fond d’une pièce. Des lors que j’attrape un livre sur la bibliothèque, elle sait qu’elle a perdu la partie.
Elle a joué ses pions de manière stratégique pendant cette année où les déceptions du caractère humain ont entrepris l’épanouissement de la femme que je suis. Surtout, elle a été propice à mon épanouissement personnel, et elle aime à le crier haut et fort.
Je flirte avec ma France à travers mon accent et le choix des sous-titres à l’écran, les paroles de mes chansons, celles sur lesquelles on se déhanche à chaque road trip au cœur de la Bikat Hayarden. Ces moments de tromperie galantes la font sourire et elle se sent soudain timide.
Elle n’a pas à s’inquiéter, elle m’a permis de rencontrer mes sœurs de cœur et d’assister a leur plus beau moment, vêtue de blanc pour elle, des larmes au coin des yeux.
Rive gauche ou Rive droite, j’ai choisi celle ou je peux voir l’horizon et le bleu imperturbable de la mer Rouge.
Le dilemme a changé. Les couleurs sont plus vives et les souvenirs d’aventures inscrits dans la pierre (ou sur Instagram).
Cette année a été celle om mon ambiguïté a été mon atout principal. Douter c’est l’essence même de la vie. Des choix a faire, ce fut l’essentiel de cette année.
Des bleus, des coups au cœur furent ceux de la 4e année. Cinq ans m’ont appris à devenir plus forte. Cinq ans et mon amour pour ce petit lopin de terre est plus grand. On apprend et on refuse de prendre pour acquis un refus. On refuse d’être mise à mal et de se compromettre.
Cinq ans et si le compte est bon, 11 mariages en 14 mois.
Tu es le second amour aux yeux de tous, mais mon premier quand vient le choix.
Tu es celle om les klaxons raisonnent de bon matin et qui osera me faire sortir à 6h30 pour attraper le premier bus.
Tu es celle des petits et grands miracles et vous êtes deux à battre dans mon cœur.
L’une du fait de mon attachement et des liens du sang, et le second par le choix du cœur. Parfois inconciliables, mais porteuses de promesses.
Chaque année qui passe me ramène à tous ces moments qui se sont suivis sans discontinuité. Les mots ne suffisent pas à faire de cette déclaration de double ambiguïté une déclaration à ceux qui ont fait de cette année ce qu’elle a été.
Merci pour ce lait et ce miel, que l’on doit mériter. Merci à toutes mes sœurs de cœur, sans qui j’aurais passé plus d’un moment à hésiter.
Le bleu et le blanc sont finalement deux couleurs qui me suffisent amplement.
