Discours lors de la marche nationale contre l’antisémitisme et de soutien à Israël à Bruxelles

Ci-dessous mon discours prononcé lors de la Marche nationale contre l’antisémitisme et de soutien à Israël qui a réuni 2000 personnes ce dimanche à Bruxelles.
En 1939, mon père avait dix ans lorsqu’il a fui l’Autriche pour trouver refuge en Belgique.
Un an plus tard, la Belgique était envahie par l’armée allemande, et les premières ordonnances antisémites étaient promulguées, calquées sur les lois de Nuremberg.
En 1942, un mois avant la Bar Mitzva de mon père, le port de l’étoile jaune était imposé à chaque Juif du royaume âgé de plus de six ans. Quelques semaines plus tard, mon père et ma grand-mère entraient dans la clandestinité pour échapper aux rafles.
Lorsque j’étais enfant, mon père m’a raconté sa vie – sa survie – pendant la guerre. J’ai aussi écouté les témoignages d’autres Enfants cachés. J’ai lu des ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale. J’ai vu des documentaires sur la Shoah. Et j’ai compris ce qu’il s’était passé.
Mais il y a une chose que je ne parvenais pas à comprendre : comment tant de politiques, de journalistes, de magistrats, d’universitaires, ou tout simplement de citoyens ordinaires, ont-ils pu se rendre complices de la traque des Juifs en Belgique ?
Depuis le 7 octobre 2023, et son cortège d’antisémitisme qui se monnaye dans les urnes, s’exhibe dans les médias, se légitime dans les prétoires, s’exalte sur les campus, s’éructe dans la rue et se normalise jusque dans l’esprit des gens de bien – depuis le 7 octobre donc -, je comprends.
Aujourd’hui, les Belges juifs doivent à nouveau se cacher. Ils changent de nom sur leur compte Uber, désertent l’école publique, retirent la mezouza du chambranle de leur porte, couvrent leur kippa d’une casquette, boutonnent le haut de leur chemise pour masquer l’étoile de David qu’ils portent au cou.
Au siècle dernier, on collait une étoile jaune sur la poitrine des Juifs pour les reconnaître. Aujourd’hui, les Juifs dissimulent leur étoile pour ne pas être reconnus.
En 2015, le Premier ministre Charles Michel déclarait que « la Belgique sans les Juifs ne serait plus la Belgique ». Dix ans plus tard, tout indique que c’est désormais l’horizon. Car si jusqu’en octobre 2023 les Belges juifs se demandaient s’ils avaient encore un avenir dans leur pays, la question qui les hante à présent est de savoir où partir.
Mais ce qui se joue en ce moment n’est pas seulement l’avenir de la petite communauté juive de Belgique : c’est celui de la Belgique tout entière. Car ceux qui pensent pouvoir sacrifier les quelque 30 000 Juifs que compte notre pays pour rassasier les antisémites qui vivent parmi nous se trompent – ils ne font qu’aiguiser leur appétit. Dit autrement : les Belges juifs sont le hors d’œuvre du totalitarisme islamo-gauchiste, les autres en seront le plat de résistance.
