Nathalie Ohana
"DANS CHAQUE ENFANT IL Y A UN ARTISTE. LE PROBLÈME EST DE SAVOIR COMMENT RESTER UN ARTISTE EN GRANDISSANT." PICASSO

Moi, ma France, mon Israël…

Pixabay
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Je ne voulais pas vous ennuyer avec mes problèmes conjugaux entre mes deux amours, mon ex, ma France et mon Israël, mariage de seconde noce. Je sais bien que c’est intime tout ça.

Mais là, ça a pris des proportions, et je voulais surtout m’excuser auprès de vous si nos chamailleries ont des répercussions sur vos vies…

Moi qui pensais que la distance géographique avec mon ex allait résoudre tous les problèmes… Mon Israël depuis le début avait misé sur un vieux slogan du Club Med « Faites vous aimer des enfants et les parents seront fidèles ».

Bref, les deux continuent de se déchirer sous mes yeux impuissants. Tout ça remonte au mois de mai. J’étais en pleine conversation avec mon Israël, je lui disais qu’à ses côtés je me sentais renaître. Oui, grâce à elle, j’avais vécu un confinement au vert, à l’ombre des orangers. Je la flattais car franchement, elle avait si bien géré la situation sanitaire. Finalement, j’avais eu raison de parier sur notre relation, elle était prometteuse…

Et puis, tandis qu’on discutait toutes les deux dans la voiture, j’ai commencé à augmenter le volume de la musique comme une malade, et je me suis mise à danser de façon un peu délurée sur une chanson de Michel Berger. Oui, c’est vrai, à ce moment là, j’ai complètement oublié que mon Israël ne comprenait rien et à la vérité, sur le moment, je m’en foutais un peu.

Je lui ai souri, lui ai dit que j’aimais bien cette chanson. J’essayais d’avoir l’air un peu désolée, je lui expliquais que j’aimais son rythme, ses vibrations, ses paroles. Mais ces derniers temps, sa susceptibilité – la situation ambiante n’aidant pas – prenait le dessus. Et comme je conduisais, elle saisit mon téléphone et découvrit – HORRIFIEE – toute la longue liste des messages que j’écrivais à ma France… Ça a été le coup de grâce je crois. Elle se dit choquée, parlait de tromperie, disait que c’était très grave, et que j’avais une double-vie…

Moi j’avais beau argumenter, lui dire que j’avais besoin de plus de temps pour qu’elle me suffise, rien, c’était pire. Tout d’un coup, à un feu rouge, elle sortit de la voiture en claquant la porte et en me disant à travers la vitre d’un ton très agressif « je me vengerai » !

Le soir bizarrement, rien. Elle ne faisait plus allusion à tout ça. Elle était uniquement concentrée sur nos enfants, sur leur bien-être, leur épanouissement, elle préparait leurs boites tout en chantant du Shlomo Arzi. Je la retrouvais. Ce n’est que quelques jours plus tard que j’ai compris. Mon Israël avait bien caché son jeu.

Non seulement elle avait appelé Bibi pour lui demander de bloquer l’accès à tous ceux que j’aime, mais en plus elle s’était assurée que moi-même je sois punie de toute tentative d’escapade. Oui, oui, vous avez bien lu. Punie. Je relus le contrat de mariage, pas un seul paragraphe ne parlait de cette éventualité. Sur ce, elle me dit « cas de force majeure » avec un immense sourire.

J’avais oublié, mais Bibi et elle se connaissaient depuis l’armée. Tout en remplissant la pile d’Azaharat Briout (déclaration de santé) pour le lendemain, les cheveux ramassés avec un stylo, elle me dit avec nonchalance « ici, si tu n’as pas de relations au sommet de l’état, t’es morte ».

J’ai cru que c’était une blague. Je me suis donc jetée sur mon téléphone, dans son dos évidemment, et je me suis mise à appeler ma France. Mon ex était en pleurs, je l’avais rarement vue dans un tel désarroi. « Toi et moi, c’est bel et bien fini ». Je n’y croyais pas, comment fini ? « Oui, je ne peux plus venir, j’ai tout essayé, mais tout est verrouillé, ton Israël a gagné ». « Mais alors, moi je viens ! Apres trente-cinq ans de vie commune, on ne peut pas se quitter comme ça ! »

C’est à ce moment là que j’ai compris la malice de mon Israël.

Ma France me dit en sanglots « Viens ma chérie, viens me voir, mais à ton retour tu seras enfermée quatorze jours chez toi, nez à nez avec elle ». Mon Israël avait tout entendu et c’est à ce moment la qu’elle m’a chuchotée « Puisque tu n’arrives pas à choisir, j’ai pensé que quatorze jours avec moi t’y aiderait pour de bon ».

à propos de l'auteur
Mère de 3 enfants, les sujets qui me passionnent sont l'alya et le changement de vie en général. Aprés avoir lancé en Israel le programme Switch Collective, je lance le programme Haim Rabim qui aide à trouver sa place dans ce monde changeant et incertain!
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