Mohammed VI, commandeur de tous les croyants

La scène, d’une intensité unique, d’une beauté incomparable, d’une symbolique à toute épreuve, fut transmise en mondovision, sur la plupart de canaux de télévision. Elle fut commentée avec la délicatesse qu’on accorde aux moments rares mais aussi avec la passion qui caractérise les accélérations de l’histoire.

Mohammed VI, commandeur des croyants et le Pape François, chef de l’église tentent de donner au dialogue inter-religieux une nouvelle dimension, de le porter vers de nouveaux horizons où la proclamation bien intentionnée doit obligatoirement être rejointe par des actes concrets. Les deux chefs spirituels ne veulent plus se contenter de postures déclamatoires mais veulent comme l’a résumé le Roi du Maroc « une spiritualité agissante au service du bien commun ».

Et parce que le message se voulait globale et la démarche mondiale, le Roi du Maroc, commandeur des croyants au côté du Pape François, chef de l’église a adressé au monde un message de paix, de tolérance et de vivre ensemble en quatre langues, arabe, français, anglais et espagnole. L’idée est qu’aux quatre coins de la planète, fatalement concernés par les enjeux de cette rencontre, le message soit bien compris.

Conscient de la grande sensibilité impliquant d’aussi grandes attentes du contexte dans lequel intervient cette visite historique, la deuxième trente quatre ans après celle de Jean Paul II, le Roi du Maroc a tenu à proposer que ce leadership spirituel du monde qu’incarne cette rencontre de Rabat passe à la vitesse supérieure en proposant des solutions qui aident à contrecarrer les radicalismes de tout genre.

Dans ce domaine, Mohammed VI a livré son diagnostic et la solution qu’il préconise. Pour lui: « Pour faire face aux radicalismes, là réponse n’est ni militaire ni budgétaire. Elle a un seul nom : Éducation ». Sur la base de ce constat lucide, le Roi du Maroc a lancé un vibrant plaidoyer pour l’éducation qui se voulait un réquisitoire contre l’ignorance, la source de tous les maux.

Aux racines des attitudes radicalisées, des violences culturelles et religieuses, des tortures identitaires, il y a l’ignorance qui facilite les instrumentalisations des esprits faibles et les lavages de cerveaux disponibles. Il y a la méconnaissance de sa propre religion et celle des autres.

C’est dans ce sillage que le Roi du Maroc lance ce concept de « Co-connaissance » des religions. Avec cette affirmation qui ambitionne d’ouvrir une nouvelle page dans le grand dialogue des religions : «  Les trois religions Abrahamiques n’existent pas pour se tolérer (…) elles existent pour s’ouvrir l’une à l’autre et pour se connaître ».

La stratégie marocaine élaborée pour lutter contre le discours radicale a été d’œuvrer souvent à la demande de pays africains et européens à disséminer une parole religieuse modérée dont l’institut Mohammed VI pour la formation des imams et des morchidates visité par le Roi et le Pape est devenu un haut lieu de formation de l’élite religieuse de demain.

A tous les niveaux, la visite du Pape François au Maroc a été un grand succès. Le Pape a pu évoquer un grand sujet qui lui tient à cœur, celui de migrants qui doivent avoir la possibilité de vivre dans une société inter-culturelle. Ces préoccupations du Pape sont entrées en parfaite résonnante avec la politique suivie par le Maroc pour traiter cette question.

Une politique marquée par une ouverture d’esprit, un humanisme et une générosité dans l’accueil suffisamment rare et unique dans l’espace méditerranéen pour être distinguée. Elle intervient à un moment où dans d’autres pays la chasse aux migrants est devenue une attitude d’exclusion banale, timidement dénoncée.

L’autre sujet fort qui aura marqué cette visite est la prise de position commune à l’égard de la ville trois fois saintes Jérusalem. Devant les tentatives d’agir de manière unilatérale sur son statut, le Roi du Maroc, président du comité Al Quds et le Pape François lancent cet appel à la communauté internationale pour signifier leur opposition aux multiples tentatives d’installer des monopoles et d’initier des exclusions : «Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.».

 

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Mustapha Tossa est journaliste franco-marocain installé à Paris, né le 28 mai 1963 à Marrakech. Chroniqueur et Editorialiste dans plusieurs médias Francais et marocains, spécialiste du Monde arabe, il intervient régulièrement sur des plateaux de télévision Francais ( i-tele, LCI, France 24 et TV5 ) et internationales pour commenter l'actualité française et arabe.
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