Merci R. Adin Steinzaltz !

Photo d'archive du 5 décembre 2016, le rabbin Adin Steinsaltz est photographié alors qu'il rencontrait le pape François au Vatican. Adin Steinsaltz, un érudit juif qui a passé 45 ans à compiler une traduction monumentale et révolutionnaire du Talmud. (L'Osservatore Romano / Pool Photo via AP, File)
Photo d'archive du 5 décembre 2016, le rabbin Adin Steinsaltz est photographié alors qu'il rencontrait le pape François au Vatican. Adin Steinsaltz, un érudit juif qui a passé 45 ans à compiler une traduction monumentale et révolutionnaire du Talmud. (L'Osservatore Romano / Pool Photo via AP, File)

Il a commenté le Talmud et la Bible. Non pour une fois, il n’est pas question de Rachi mais d’un contemporain, Steinzaltz. Sa popularité est telle que son nom est passé dans le langage courant. « Voyons voir le Steinsaltz !» est le réflexe de toute une génération d’étudiants du Talmud, à l’apparition d’une difficulté de lecture ou de compréhension du texte, en référence à son ouvrage.

Il a ouvert la voie aux travaux encyclopédiques modernes du Talmud. Unanime est l’hommage pour l’homme sage au message magnanime, et son passage à la postérité, réussi. La disparition ces derniers jours à l’âge de 83 ans du R. Adin Steinzaltz – Even Israël, un enseignant à l’œuvre et l’envergure tout à fait exceptionnelles, est l’occasion de s’interroger sur ce qui fait le génie rabbinique, son éclosion au fil de notre histoire, et en perspective ce qui constitue la définition du maître dans le judaïsme.

En glanant parmi les sages les plus emblématiques depuis Rabbi au Rabbi, de R. Juda Le Prince, le père de la Michna, à R. Menachem Mendel Schneerson, inspirateur et référence de Steinzaltz, nous constatons que le phénomène est toujours une délivrance puis une libération de l’étude.

Le génie rabbinique procède inlassablement de cette volonté manifeste de la transmission du savoir et de la connaissance, à tout un chacun. Nous touchons là d’ailleurs à la quintessence même d’un maître dans la sagesse juive.

Pour commencer, il y a donc la Michna, au 2ème siècle de l’ère vulgaire. La Michna est la loi orale transmise telle quelle, de génération en génération depuis Moïse. Elle est l’explication des cinq livres de la Torah. Elle fut mise par écrit courageusement par Rabbi, en raison du danger de son oubli causé par l’oppression à cette époque. Il faut réaliser que l’acte est exceptionnel, car jusque-là, le seul mode autorisé de la transmission était verbal.

Ensuite apparut la Guémara, consignée par Rav Achi et Ravina, au 5ème siècle. Elle est le commentaire, sous forme de débats, de la Michna, avec laquelle elle compose le corpus du Talmud. Le trouble de l’exil fait désormais de la Guémara une nécessité et un éclairage indispensable à l’étude juive.

Au Moyen-âge, au 11ème siècle, Rachi établit à son tour une exégèse sans laquelle aujourd’hui le Talmud serait fermé et la Bible confuse. La rédaction du commentaire de Rachi est un acte de sauvetage inouï dans le cadre de la transmission de notre patrimoine spirituel. Depuis, est donnée la possibilité à qui que ce soit d’accéder à l’étude.

Au 12ème siècle, à l’introduction de son œuvre principale, le Michné Tora, Maïmonide présente son travail comme une synthèse de toute la Tora orale, qui s’adresse au débutant comme à l’érudit, au grand comme au petit. Sa vocation incroyable vise là encore à ce que la Tora ne soit pas oubliée, dans une nouvelle période de torpeur et de pogroms, traversée par le peuple juif.

La mystique juive n’est pas en reste. R. Isaac Louria, au 16ème siècle, déclare qu’il est désormais un devoir pour chacun de l’étudier.

A partir du 18ème siècle, le hassidisme, avec son initiateur le Baal Chem Tov, va dans le même sillage. Et la doctrine Habad de R. Chnéor Zalman de Lyadi insuffle cette pareille ambition, comme stipulé clairement dans le Tanya, livre que Steinzaltz a d’ailleurs commenté. Enfin et pour finir, comme on le sait aujourd’hui, son successeur, R. Menachem Mendel Schneerson, donne une dimension internationale à tout le mouvement en vertu du droit à tout individu de pouvoir retrouver et accéder à son héritage ancestral. Son enseignement est à cette image, il révolutionne et démocratise des pans entier de l’étude, notamment Rachi et Maïmonide, qui avec les siècles, étaient devenus la chasse gardée des érudits les plus experts en la matière.

Quand le Rabbi prit la tête du mouvement Loubavitch dans les années cinquante, il manifesta l’intention de publier six-cent-treize livres. Ainsi se justifia-t-il, il souhaitait de cette manière que chacun puisse trouver au moins un livre qui l’intéresse et qui est en relation avec lui.

Lorsqu’un maître désire mettre à la portée de tous ses disciples son enseignement, c’est le signe qu’il les valorise, les aime, croit en leurs capacités, et a foi en leur réussite.

Un jour, Steinzaltz prit conseil auprès du Rabbi. Il était sur trois grands projets à la fois et voulait savoir lequel il pouvait laisser de côté. La réponse du Rabbi fut éloquente, il lui demandait de garder les trois projets, et pour être certain de réussir pleinement, d’en rajouter un quatrième. Ainsi fut la vie de Steinzaltz, ainsi puisse être la nôtre, dense et vive.

Merci  R. Adin Steinzaltz !

à propos de l'auteur
Daniel est spécialiste de Rachi et auteur d'un livre publié aux éditions Kehot "Cinq ans, savoir étudier le Commentaire de Rachi sur la Torah".
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