Merci Naftali

L'ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett arrivant à une réunion du cabinet, quelques jours après la dissolution du Parlement par les législateurs, à Jérusalem le dimanche 3 juillet 2022. (Gil Cohen-Magen/Pool via AP)
L'ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett arrivant à une réunion du cabinet, quelques jours après la dissolution du Parlement par les législateurs, à Jérusalem le dimanche 3 juillet 2022. (Gil Cohen-Magen/Pool via AP)

Le couperet est tombé : la Knesset est dissoute et Israël s’achemine vers des élections anticipées le 1er novembre prochain, les cinquièmes législatives en trois ans et demi.

L’alternance politique avait pourtant réussi à mettre un terme à douze années consécutives de pouvoir d’un seul homme ; mais la large coalition gouvernementale n’a pas résisté aux ambitions politiques de certains députés.

Résultat : l’opération (l’alternance) a réussi, mais le patient (la coalition) est mort.

Contre vents et marées, Naftali Bennett a réussi à gérer le pays ; en revanche, le Premier ministre sortant s’est avéré être un piètre politicien.

Aux plus sceptiques, Naftali Bennett a fait comprendre qu’Israël peut continuer de vivre et de se développer sans Benyamin Netanyahou (et famille) au pouvoir.

Nouvelle gouvernance

Le gouvernement Bennett-Lapid a travaillé efficacement pour restaurer les relations diplomatiques, surmonter la crise sanitaire, relancer la croissance et l’emploi, améliorer les relations intercommunautaires, etc.

En silence, Naftali Bennett a réussi à freiner les projets terroristes de l’Iran alors que son gouvernement a travaillé avec les puissances mondiales pour avoir un impact sur tout accord sur le nucléaire iranien.

Durant l’année Bennett-Lapid, Israël a renforcé sa coopération avec la Turquie ainsi qu’avec les Emirats arabes et le Maroc ; l’Etat juif s’est rapproché de l’Arabie saoudite et il prépare la normalisation des relations diplomatiques bilatérales.

Avec les Etats-Unis aussi, un nouvel esprit de coopération s’est développé ; le gouvernement de Naftali Bennett a amélioré ses rapports avec l’administration démocrate conduite par le président Joe Biden, reprenant un dialogue trop longtemps délaissé.

Sur fonds de crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, Israël s’est imposé comme un grand producteur régional de gaz ; il a multiplié les contacts internationaux pour exporter son gaz vers l’Europe en passant par l’Egypte, mais aussi par la Turquie ou la Grèce.

Records historiques

En un an seulement, le gouvernement dirigé par Bennett a remporté davantage de succès économiques que durant les douze années conduites par un Premier ministre quasi-inamovible (1).

Pour ne donner que deux exemples : en 2022, les mises en chantier de logements ont battu leur record antérieur vieux de 25 ans alors que le taux de chômage est tombé à son niveau le plus bas depuis 50 ans.

Des réformes qui somnolaient depuis une décennie dans les tiroirs ont été enfin lancées dans de nombreux domaines : santé, éducation, télécoms, justice, agriculture, transports, etc. ; sans compter le réchauffement climatique enfin remis à l’ordre du jour.

Soulignons aussi avec force le soutien du parti islamiste Raam au gouvernement Bennett ; un évènement historique qui a facilité l’intégration des Arabes israéliens à la société civile tout en permettant au secteur arabe de rattraper son retard dans les dotations publiques d’investissements.

La lutte contre la criminalité arabe est devenue une priorité nationale ; en un an, des centaines d’armes illégales ont été confisquées et le nombre d’actes de violence a été divisé par deux.

Alors oui, n’hésitons pas à dire merci à Naftali Bennett : merci pour avoir sauvé le pays du chaos politique et rétabli la normalité institutionnelle.

Merci Naftali pour avoir restauré la démocratie et pour avoir donné aux Israéliens le sentiment que leurs dirigeants travaillent pour eux et non plus pour leur chef.

Merci Naftali pour cette année de transition et pour le nouveau modèle de gouvernance ; les Israéliens vous en seront reconnaissants, même si cette reconnaissance sera lente et tardive…

(1) Pour plus de détails, voir notre dernier essai : Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël, L’Harmattan, 2022, 304 p.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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