Merci et au revoir Monsieur Netanyahou

DOSSIER - Dans cette photo d'archive du 30 mai 2021, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'adresse au Parlement israélien à Jérusalem (Yonatan Sindel/Piscine via AP, Fichier)
DOSSIER - Dans cette photo d'archive du 30 mai 2021, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'adresse au Parlement israélien à Jérusalem (Yonatan Sindel/Piscine via AP, Fichier)

C’est la fin d’une ère en Israël : après 15 années à la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem (dont douze années d’affilée), Benyamin Netanyahou et sa famille déménagent.

Le Premier ministre sortant cède la résidence de la rue Balfour à son tombeur, Naftali Bennett, qui prend la tête d’un gouvernement d’union nationale.

La passation des pouvoirs se veut un moment solennel pour remercier Benyamin Netanyahou ; quinze fois merci, comme le nombre d’années qu’il a passé au poste de Premier ministre.

  1. Merci pour la campagne de vaccination anti-Covid la plus rapide au monde ; un succès que l’on doit notamment à la caisse d’assurance maladie Clalit qui est l’héritage du sionisme travailliste incarné par David Ben Gourion.
  2. Merci pour les accords de normalisation signés avec des pays arabes qui n’étaient pas en guerre contre Israël ; les Palestiniens peuvent attendre.
  3. Merci pour l’adhésion d’Israël à l’OCDE en 2010 ; l’occasion de se rendre compte que, dans les comparaisons internationales, Israël reste à la traîne des 37 pays membres du club des riches dans de nombreux domaines (pauvreté, éducation, etc.).
  4. Merci d’avoir relevé le niveau de vie moyen des Israéliens, mais le retard subsiste ; en 2019, le revenu par tête en Israël était inférieur de 28% à la moyenne des pays de l’OCDE.
  5. Merci pour le nombre croissant de voitures en circulation ; si la construction de routes avait suivi le même rythme et si les transports en commun étaient plus efficaces, l’Israélien perdrait moins de temps pour arriver à son travail le matin.
  6. Merci d’avoir prôné les bienfaits de la concurrence ; son impact sur les prix se fait encore attendre puisqu’en 2019, le panier de dépenses d’un ménage israélien coûtait 27% de plus que la moyenne des pays occidentaux.
  7. Merci d’avoir privatisé la majorité des entreprises publiques, fleurons de l’industrie du pays ; en rachetant les biens de l’Etat à bas prix, les grandes familles et autres tycoons se sont enrichis.
  8. Merci d’avoir mené Israël à un quasi-plein emploi, tout en abaissant les allocations-chômage au strict minimum ; en revanche, les travailleurs pauvres sont nombreux et la productivité horaire du travailleur israélien reste inférieure de 35% à la moyenne de l’OCDE.
  9. Merci d’avoir abaissé la fiscalité à l’un des plus bas niveaux des pays occidentaux ; or la pandémie de Covid, qui a exigé une hausse de la dépense publique face à des recettes insuffisantes, laisse Israël avec un déficit budgétaire énorme et une dette publique record.
  10. Merci d’avoir entendu la « révolte des tentes » de l’été 2011 ; il n’empêche que la flambée des prix de l’immobilier s’est poursuivie – ils ont augmenté d’environ 60% de 2011 à 2019.
  11. Merci d’avoir mis fin au socialisme archaïque des premiers fondateurs de l’Etat et de l’avoir remplacé par un capitalisme moderne ; dommage que tous les Israéliens n’en n’aient pas profité puisque qu’en 2020, le pays comptait 20% de pauvres, deux fois plus que dans les années 1980.
  12. Merci de rappeler inlassablement aux Israéliens qu’ils vivent dans une Start-up Nation; c’est oublier que 92% des salariés travaillent dans les secteurs de basse ou moyenne technologie et peinent à joindre les deux bouts.
  13. Merci d’avoir défendu l’Etat juif et démocratique; tant pis si Israël doit sa stabilité parlementaire à des partis juifs orthodoxes qui prônent la théocratie, et si la loi de l’Etat-Nation ne permet pas aux citoyens arabes de s’identifier avec leur pays.
  14. Merci d’avoir prôné la bonne gouvernance, même si des soupçons de corruption vous éclaboussent ; on regrettera qu’en 2020, Israël ait dégringolé au 35e rang (sur 180 pays) de l’indice mondial de la corruption.
  15. Merci d’avoir fait d’Israël un pays riche et moderne; pourquoi alors persister à demander aux Etats-Unis leur aide économique (3,8 milliards de dollars l’an) qui handicape l’industrie locale et nuit à la souveraineté de l’Etat juif ?

Alors, merci monsieur Netanyahou, et au revoir…

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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