Merav, Zehava, et les sondages

C’est un sondage comme tant d’autres qui n’a pas attiré spécialement l’attention, mais le 22 juillet le quotidien Maariv a publié une enquête d’opinion qui pourrait infirmer le choix fait par le Parti travailliste de concourir sans fusionner sa liste avec celle de son « parti frère » Meretz.

Le Parti travailliste qui compte sept député(e)s dans la Knesset dissoute était crédité dans ce sondage de cinq sièges, soit seulement un de plus que le minimum minimorum pour siéger au Parlement qui sera élu le 1er novembre prochain. En clair, le Parti travailliste n’a pas encore atteint la côte d’alerte, mais devrait commencer à s’inquiéter. Car à gauche, la dynamique est en train de changer de camp.

Avec le départ de Nitsan Horowitz de la présidence du parti, et celles de deux figures historiques de la Knesset, Issawi Frej et Tamar Zandberg, Meretz a entrepris un opération sauve-qui-peut en passe de réussir. Zehava Galon, très appréciée des vieux militants et des électeurs attachés au parti, a fait son retour et sera candidate à la direction de Meretz (et à la Knesset) lors de la primaire du 23 août. Face au général Yaïr Golan, elle devrait s’imposer, et surtout imposer à Meretz un retour à sa trilogie traditionnelle : liberté (religieuse notamment), égalité (entre Arabes et Juifs surtout), et paix (avec les Palestiniens). Ce n’est pas gagné. Zehava Galon devra « tenir les deux bouts de la chaîne » selon l’expression du camarade Lénine.

Meretz ne devra pas perdre ses électeurs bourgeois et laïcs tentés par le parti du Premier ministre, Il y a un avenir (Yesh Atid), qui ne cesse de monter au fil des sondages (24 sièges dans celui précité).

Meretz ne devra pas non plus décourager un petit tiers de ses électeurs, ces Arabes qui s’inscrivent dans la modernité et n’apprécieront peut-être pas l’absence d’une figure de leur communauté (dans l’état actuel des candidatures) en position éligible. Il lui faudra aussi reprendre le discours féministe qui a si bien réussi à Merav Michaeli pour relancer le Parti travailliste en 2021. Cette dernière déclare qu’il s’agissait d’une première étape et qu’en 2022, son parti ira plus loin.

Cet optimisme n’est pas feint. Son compagnon, le présentateur de télévision Lior Schlein, a récemment déclaré que, de toutes façons, l’idée de liberté finira par triompher car tout le monde est attaché à la liberté. On sait depuis Freud que l’on ne peut empêcher les hommes de rêver, mais en politique ce n’est pas vraiment recommandé.

Toujours est-il que Merav Michaeli croit dur comme fer que son parti ne court pas le risque de se retrouver en dessous du seuil d’éligibilité. Gageons que si les sondages à venir confirment celui de Maariv du 22 juillet, la présidente du Parti travailliste reviendra à plus de modestie et finira par trouver qu’entre sa formation et Meretz, il y a plus de convergences que de différences.

Les sondeurs peuvent se tromper. Ils ont aussi parfois la vertu de ramener sur terre des politiques ayant tendance à prendre leur rêves pour des réalités.

 

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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