Menaces françaises prématurées et inadmissibles

Le président français Emmanuel Macron prononçant un discours au Centre Européen du Judaïsme, lors de son inauguration officielle par le président français Emmanuel Macron, à Paris, le mardi 29 octobre 2019 (Ian Langsdon, Pool via AP)
Le président français Emmanuel Macron prononçant un discours au Centre Européen du Judaïsme, lors de son inauguration officielle par le président français Emmanuel Macron, à Paris, le mardi 29 octobre 2019 (Ian Langsdon, Pool via AP)

Certains diplomates européens et particulièrement des délégués de la France sont bien bavards. Dans des interviews diffusées et articles publiés ces jours-ci nous entendons le même son de cloche. Un langage ferme, prétentieux et autoritaire. Des avertissements, par menace ou réprimande, et des insinuations transparentes et hypocrites contre toute tentative de modifier le statu quo dans les Territoires.

Il semble que les ambassadeurs ne respectent pas le jeu diplomatique. Comment osent-ils condamner publiquement des intentions sans vraiment connaître le dossier, et bien avant la réalisation d’une décision officiellement prise par le gouvernement. N’infligent-ils pas un camouflet à François de Callières, premier diplomate de France, l’auteur de « l’art de la diplomatie » …

Existe-il dans les relations internationales des critères appropriés à l’Etat Juif seulement ? Critique systématique, remontrance et blâme sont-ils permis ? Les attaques sont-elles devenues, monnaie courante ?

Plus inquiétant encore sont aussi les arguments avancés et rabâchés, les slogans répétitifs, sans pour autant apporter des idées nouvelles, une alternative pragmatique et sincère.

Au lieu d’encourager les Palestiniens à reprendre la voie de la négociation et de condamner la reprise des hostilités et du terrorisme, ils acceptent aveuglement leurs revendications et caprices. Rappelons que l’Union européenne est signataire-témoin des Accords d’Oslo, donc responsable de tout changement unilatéral de la part de l’Autorité palestinienne. Dans une lettre adressée le 9 septembre 1993 à Itzhak Rabin, Yasser Arafat avait clairement affirmé de ne prendre aucune décision sans le consentement d’Israël avant le statut final.

Cette lettre est-elle caduque ? Ce qui était bon hier est-il périmé aujourd’hui ?

Contrairement aux Palestiniens, les Israéliens acceptent le plan Trump et la négociation sur le statut final. Les Américains proposent un plan généreux qui pourrait changer la donne géopolitique dans toute la région en offrant aux Palestiniens une pleine autonomie et par la suite un Etat indépendant.

Certes, le débat public est légitime et toutes les opinions devraient être discutées sérieusement mais personne ne possède le monopole de la pensée, à Droite comme à Gauche.

Contre une presse militante, idéologique et antisioniste en France, l’obstination de pouvoir convaincre n’a plus de sens, le combat est perdu d’avance. Cependant dans les relations internationales, nous ne pouvons permettre à un gouvernement étranger de s’immiscer dans un débat intérieur et nous dicter notre propre avenir.

Dans le même sillage, comment tolérer une politisation flagrante des tribunaux européens ? Accepter la légitimation du boycottage contrairement aux décrets et aux règles en cours.  Dans la même veine, stupéfiante la « consternation » de la France suite aux sanctions américaines à l’encontre de personnels de la Cour pénale internationale. Comment donc accepter la politisation de la Justice ?

Dans ce contexte, la France peut-elle poursuivre son soutien financier et politique aux Palestiniens sans exiger préalablement un changement radical dans leur conduite et leur paradigme ? Un retour sans condition à la table des négociations ?

Depuis plus d’un siècle la France intervient au Moyen-Orient et dans ce conflit sans aucun résultat tangible. Elle agit souvent avec prétention et parfois avec maladresse en négligeant les revendications israéliennes et en préférant celles des Arabes.

Le plan Trump n’est sans doute pas parfait et très compliqué à appliquer, mais il a le mérite d’apporter pour la première fois des réponses aux inquiétudes sécuritaires des Israéliens comme à la détresse des Palestiniens. Pourquoi le rejeter par avance ?  Encourager les extrémistes de tous bords, de chaque camp ?

En condamnant à l’avance Israël et surtout en promettant en revanche, une reconnaissance prématurée d’un Etat palestinien sur les lignes d’armistice de 1949 avec Jérusalem Est comme capitale, la communauté internationale encourage les Palestiniens à refuser tout compromis, toute négociation et chaque rendez-vous de l’Histoire.

Dans ce contexte, la France ne peut plus jouer le rôle d’émissaire ou d’arbitre et prétendre à un rôle d’influence. Les temps de la colonisation sont bien révolus. L’Etat Juif est souverain, il n’est pas une colonie ni un pays d’outre-mer, ni non plus une république bananière.

Les Israéliens sont maîtres de leur propre destin et décideront eux-mêmes et seuls sur la marche à suivre. Les menaces, les pressions, les boycottages ou les diktats n’aboutiront à rien, bien au contraire, ils aggraveront cette situation déjà explosive.

Enfin, il est bien regrettable que certains journalistes et observateurs ainsi que d’anciens diplomates, leaders politiques et généraux israéliens ne posent plus les véritables questions aux dirigeants palestiniens. Depuis la formation du nouveau gouvernement israélien, ils mènent une campagne bien orchestrée contre les projets du Premier ministre et du Président Trump. Plus grave encore, ils osent influer dans ce sens sur des leaders européens et arabes en s’alignant sur leur prédiction apocalyptique.

En conclusion, le devoir des Israéliens est de défendre leur juste cause, leur héritage, et leur attachement indéfectible à la terre de leurs ancêtres. Ils refusent avec force la soumission et le chantage, et toutes les interventions étrangères dans leurs propres affaires.

Cet article a été publié le 14 juin 2020 sur le site https://jcpa-lecape.org/

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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