Menace d’une troisième guerre Israélo-libanaise

DOSSIER – Dans cette photo d'archive du 15 mai 2021, des combattants du Hezbollah, dans le village méridional d'Adloun, au Liban. (AP Photo/Mohammed Zaatari, Dossier)
DOSSIER – Dans cette photo d'archive du 15 mai 2021, des combattants du Hezbollah, dans le village méridional d'Adloun, au Liban. (AP Photo/Mohammed Zaatari, Dossier)

Le chef d’état-major de Tsahal, Aviv Kohavi, vient d’avertir le Liban qu’Israël « répondra à toute attaque, ouvertement ou secrètement, à toute violation de la souveraineté israélienne. »

Ce ferme avertissement fait suite aux derniers tirs de roquettes le long de la frontière Nord. Elles ont été lancées probablement par des unités palestiniennes mais nul doute que le Hezbollah a bien donné l’ordre pour tester la réaction israélienne.

Depuis le déclenchement de la Seconde guerre du Liban en 2006 jusqu’à ce jour, il n’y a pas eu d’incident grave le long de la frontière israélo-libanaise. La forte dissuasion israélienne empêche les provocations du Hezbollah à relancer les hostilités notamment à partir du plateau du Golan.

Cependant, le Liban est ingouvernable et la faillite touche tous les secteurs du pays. Les manifestations de rue sont violentes et la colère gronde par tout. La “petite Suisse” du Proche-Orient est au bord de l’abîme. Elle s’est transformée en bunkers d’armes et de munitions, d’explosifs et de barils de poudre. Les Gardiens de la révolution islamique dictent quotidiennement l’ordre du jour gouvernemental à Beyrouth mais aussi à Damas.

Depuis 1984, la milice chiite a transformé la banlieue Sud de Beyrouth en son propre sanctuaire. Elle installa un quartier général souterrain, un état-major militaire, des institutions médiatiques, sociales et éducatives.

A l’initiative financière de l’Iran, le Hezbollah a créé des structures scolaires avec un enseignement coranique et des cours de théologie, et notamment la diffusion de manuels scolaires incitant à la haine de l’Etat juif.

Le gouvernement libanais était contraint d’accorder au Hezbollah une chaîne de télévision, al-Manar (Le Phare), et une radio, la Radio de la foi, ainsi que plusieurs organes de presse et de propagande.

Dès le départ, le but du « Parti de Dieu » était clair : chasser toutes les forces occidentales de la région et transformer le Liban en Etat islamique chiite. Parallèlement, combattre l’Etat sioniste pour créer à sa place un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem comme unique capitale.

Nasrallah, terroriste notoire portant la soutane, est un homme dangereux non seulement pour Israël et toute la région, mais aussi pour le peuple libanais. Par la ruse, l’intrigue et la terreur, il exporte avec ses mentors iraniens une révolution puisée dans les tréfonds du Moyen Age. Il focalise toujours son combat islamique contre Israël en espérant voir un jour flotter l’étendard chiite sur les minarets des mosquées du Mont du Temple et sur tous les édifices de Jérusalem. Il poursuit ses activités terroristes, contre les « infidèles » chrétiens et juifs à travers le globe.

Il devrait être mis depuis longtemps en quarantaine, au ban de la société, et traduit en justice.

Depuis la Seconde guerre du Liban de 2006, le Hezbollah a achevé avec l’aide d’experts iraniens de nouveaux tunnels dans la zone sud du fleuve Litani. Désormais, ils sont équipés de réseaux de communication sophistiqués et d’arrangements logistiques pour permettre aux combattants d’y passer de longues périodes. Des tunnels similaires d’attaque sont également construits près de notre frontière. Plusieurs ont été détruits par Tsahal.

Le Hezbollah avec l’aide des généraux et stratèges iraniens planifie ensemble des attaques contre les habitants israéliens du Golan et de la Haute-Galilée qui, pour Nasrallah, font partie intégrante de la Grande Palestine.

Le pays du Cèdre, cher à la France et à l’Occident, est devenu une base politique et militaire chiite dangereusement menaçante pour la paix de toute la région. Les Casques bleus de l’ONU, dont des Français et Italiens, n’ont pas été capables à ce jour de maitriser la situation et n’ont pas réussi à démanteler les effectifs et l’armement du Hezbollah. Nasrallah se moque éperdument de toutes les Résolutions du Conseil de sécurité.

Les pays occidentaux laissent faire et demeurent impuissants. Pourtant, ils fournissent à l’armée libanaise des armes pour se défendre mais ignorent que cette armée est aux ordres du Hezbollah.

Voilà plus de 21 ans que Tsahal s’était retiré de tout le territoire libanais et considère que la frontière internationale est inviolable. Israël est prêt à signer un véritable traité de paix avec le pays du Cèdre. Le peuple libanais n’est sans doute pas notre ennemi. Israël a été le seul pays qui est venu au secours des chrétiens maronites et a payé un prix très élevé. En mai 1983, Jérusalem a même signé un accord de paix avec le Liban. Cet accord a été violemment bafoué et n’a duré que 13 jours…

Le 4 août 2020, quelques heures seulement après la double explosion dans le port de Beyrouth, Israël a proposé tout naturellement une aide humanitaire. C’est normal malgré l’Etat de guerre car nous agissons selon des valeurs universelles et nous sommes toujours les premiers à courir au secours des personnes en danger et à apporter une aide médicale à nos voisins. Récemment, le ministre de la Défense, Benny Gantz avait proposé une nouvelle aide humanitaire mais les autorités libanaises l’ont rejeté avec mépris.

Cependant il est clair que sans le désarmement du Hezbollah et la réhabilitation de la souveraineté de l’État libanais la situation chaotique au Liban ne changera guère. Cet objectif n’est sans doute pas une partie de plaisir et risque de déclencher une nouvelle guerre civile mais c’est la seule voie pour pouvoir redonner aux Libanais leur totale liberté et un espoir de vivre dans la dignité.

Dans aucun pays au monde une milice dicte le pas à une armée, à un Etat souverain et indépendant.

Des réformes sont obligatoires et vitales pour sortir ce pays de la crise. La ferme position du président Macron à cet égard devrait être soutenue non seulement par les Etats-Unis mais par toute la communauté internationale.

Elle doit en effet mettre le Hezbollah au ban des nations. Exiger des banques européennes de geler tous les avoirs et tout financement iranien au Hezbollah et surtout revendiquer le démantèlement de toutes ses armes.

Sans un changement fondamental de la position internationale, le Liban perdra sa souveraineté et plongera dans un chaos irréversible. Le Hezbollah profitera de la situation pour renforcer son rôle d’influence en prenant le risque d’une guerre civile meurtrière. Enfin, avec l’aide de l’Iran, le Liban se transformera en Etat islamique chiite qui poursuivra ses activités terroristes contre l’Etat sioniste. Nous devrions, à tous prix, éviter l’emprise chiite et briser le lien que fait le Hezbollah entre Beyrouth et Jérusalem.

Il est clair, Israël ne pourra jamais tolérer une déstabilisation permanente de son voisin du Nord et l’installation des unités des Gardiens de la Révolution à ses portes.

Déterminé à sauvegarder la stabilité dans toute la région, Israël tiendra toujours responsable l’Etat libanais. Tsahal se défendra avec toutes ses forces et réagira énergiquement à toute provocation du Hezbollah au risque d’une Troisième guerre contre le Liban.

Cet article a été publié le 25 août sur le site https://jcpa-lecape.org/

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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