Mélenchon, l’autre ennemi des Juifs et des Israéliens

Le dirigeant d'extrême gauche Jean-Luc Melenchon lors d'un rassemblement sur la plage du Prado à Marseille, dans le sud de la France, le dimanche 27 mars 2022. (AP Photo/Daniel Cole)
Le dirigeant d'extrême gauche Jean-Luc Melenchon lors d'un rassemblement sur la plage du Prado à Marseille, dans le sud de la France, le dimanche 27 mars 2022. (AP Photo/Daniel Cole)

Le danger de l’extrême-droite est enfin écarté après les présidentielles mais un autre danger plus sournois mais aussi pesant se fait jour, celui de Jean-Luc Mélenchon. Ce dirigeant se pare d’un costume trompeur d’un agneau pour camoufler la réalité du loup qui se cache derrière sa toison.

Il s’agit de faire oublier qu’il est véritablement d’une gauche extrême. Au fil des années, il a montré plusieurs visages en fonction de l’opportunité du moment mais il n’a jamais détruit l’ADN de trotskiste qui irrigue son cerveau. Il vient du trotskisme et ce seul mot fait frémir tant il recouvre un monde politique féroce et impitoyable.

Il est plus dangereux que Le Pen car, en excellent orateur, il arrive à démystifier les thèses les plus haineuses pour tromper ceux qui l’écoutent et le suivent. Sa démagogie n’a pas de limite quand il faut ratisser large. D’ailleurs cela explique les difficultés de rapprochement avec la gauche modérée qui ne peut supporter ses excentricités. Il a intégré dans son parti les démons de la gauche anticapitaliste, celle de Guesde, de Proudhon et de Jaurès. Jules Guesde n’a pas été un théoricien mais un vulgarisateur du marxisme.

Proudhon, précurseur de l’anarchisme, a été le seul théoricien révolutionnaire du XIXème siècle à être issu du milieu ouvrier. Jaurès était un marxiste hétérodoxe : il rejeta la dictature du prolétariat et tenta de concilier idéalisme et matérialisme, individualisme et collectivisme, démocratie et lutte des classes, patriotisme et internationalisme.

Mélenchon a été marqué par deux échecs électoraux cuisants qui l’ont traumatisé. Totalisant 11,10% des voix au premier tour de l’élection présidentielle de 2012, il a terminé quatrième, derrière Marine Le Pen et devant François Bayrou. À l’issue de la présidentielle, il a tenu à faire un coup médiatique en se présentant aux élections législatives dans la circonscription de Marine Le Pen, dans le Pas-de-Calais. Le quart des électeurs habite Hénin-Beaumont, ville où Steeve Briois (Front National) avait été élu maire dès le 1er tour en 2014.

Il n’obtint que 21,5% des votes exprimés au premier tour, juste derrière les 23,7% de Philippe Kemel (PS) mais loin derrière les 42,3% de Marine Le Pen. Ce fut un coup d’épée dans l’eau. N’ayant pas atteint le seuil de 12,5% des inscrits, il n’a pu se qualifier pour le second tour et a permis au socialiste Philippe Kemel d’être élu de justesse au second tour. Ces échecs lui ont fait comprendre qu’il manquait de troupes dociles et efficaces pour étoffer son parti. Il s’est alors tourné vers de nouveaux venus, les tenants de l’islamisme qui ont trouvé une opportunité d’émerger du magma politique et qui l’ont conduit à devenir le chantre de l’islamo-gauchisme.

Là encore, il a fait fausse route ce qui explique son nouvel échec à la présidentielle de 2022. D’abord le vote prolétaire, qu’il pensait lui être acquis, s’est reporté sur Marine Le Pen. Pour exemple, il a obtenu les votes des bobos et des intellectuels de gauche à Paris mais a perdu les voix de Florange ou Gandrange, ravagées industriellement et partis chez le Pen. Ensuite il n’a pas réussi à définir un projet attractif pour la France et il s’est borné à une revendication d’opposition non constructive. Enfin il a brûlé ses vaisseaux en attaquant systématiquement les médias, les élites et les journalistes.

Les échecs de Jean-Luc Mélenchon l’ont amené à choisir d’autres voix de secours imposées par ses sympathies pour le monde musulman. Pour sauver son parti et y amener de nouveaux adhérents, uniquement des islamistes douteux, il a développé un antisionisme virulent en feignant d’ignorer la formule du philosophe juif Vladimir Jankélévitch : «L’antisionisme est la trouvaille miraculeuse, l’aubaine providentielle qui réconcilie la gauche anti-impérialiste et la droite antisémite ; il donne la permission d’être démocratiquement antisémite».

Pourtant il est loin le temps où son lyrisme révolutionnaire le poussait à défendre la laïcité et le combat contre le racisme et l’antisémitisme. Il a mué pour faire plaisir à ses nouveaux soutiens d’un autre monde anachronique. Le fier républicain a basculé dans un clientélisme de bas étage en acceptant dans son parti les éléments les plus anti-républicains et une nouvelle clientèle islamo-gauchiste dans le seul but d’accaparer les voix des électeurs musulmans. L’ancien ministre de Mitterrand est tombé très bas.

Mélenchon connait le sens des mots qu’il utilise à bon escient, en mêlant des allusions qui ne laissent aucun doute sur ses idées. Il n’a pas la même franchise que la famille Le Pen. Déjà en 2013, en marge du congrès de son parti, il s’était attaqué à Pierre Moscovici, ministre de l’économie qui selon lui a «un comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français, qui pense dans la langue de la finance internationale». En 2014, lors de la guerre entre Israël et le Hamas, il avait aussi déclaré aussi qu’il ne croit pas «aux peuples supérieurs aux autres». Il était à bonne école, celle de la propagande soviétique qui confondait volontairement l’antisionisme et l’antisémitisme.

Alors il a été contraint de donner des gages en fustigeant le «lobby juif et sioniste» pour draguer dans les quartiers défavorisés les tenants de thèses antisémites naguère l’apanage du Rassemblement national. Les démons antisémites de la gauche anticapitaliste ont décidément du mal à mourir. Jean-Luc Mélenchon vient d’y ajouter sa pierre. Dans un de ses posts, il a écrit cette phrase, devenue la pomme de discorde : «Retraite à point, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogants des communautaristes du Crif : c’est non». Pour abonder dans le sens de ses nouveaux adhérents, il s’est senti obligé de mêler le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France à ses attaques. Face à ce dérapage volontaire écrit dans un post, il s’est défendu en se disant incompris des Juifs.

Mélenchon ne fait plus partie de cette gauche moderne de gouvernement, à l’image de celle de Rocard qui rassemble alors qu’il désunit les bonnes volontés ; cette gauche qui combat le racisme et l’antisémitisme ; cette gauche qui œuvre pour l’amélioration du sort des défavorisés et qui s’ouvre au monde européen. Mais cette gauche est morte, victime de la suffisance d’un dirigeant qui ne parvient pas à gagner. Un nouvel échec aux législatives de 2022 le renverrait enfin à ses chères études.

La France insoumise s’enfonce à chaque élection. Il a voulu éviter l’échec en négligeant les valeurs démocratiques. L’adepte de Mitterrand a mal copié son modèle et comme l’a si bien dit Churchill, Mélenchon a obtenu le déshonneur et l’échec.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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