Méchant mais pas forcement bête

Le Sénat ou «Pervers Pépère»

Souvenez-vous il y a plus de 30 ans, Marcel Gotlieb avait créé dans Fluide Glacial, ce prototype du pervers sadique. Adepte du second degré cet auteur de bandes dessinées nous à fait sourire (jaune comme les Gilets) plus que rire de la perversité de nos contemporains. Le comportement du Sénat, vis-à-vis du cabinet du Président de la République, m’a fait penser je ne sais pas pourquoi à ce personnage illustré par Gotlieb.

Un peu d’histoire

Représentants institutionnels des Territoires, les Sénateurs semblent les seuls personnages inamovibles de la République. C’est le Sénat qui est le lieu du coup d’État du 18 Brumaire avec les sénateurs Paul Barras, Emmanuel-Joseph Sieyès, Roger Ducos. C’est encore le Sénat qui moins de 20 ans plus tard votera la destitution de l’Empereur au lendemain de Waterloo.

C’est encore cette même chambre qui chassera le Général.
On peut en déduire que l’ADN de cette chambre fleure bon à la fois la trahison et la soumission, qui d’ailleurs vont souvent de pair. Pas même une esquisse de résistance à Vichy, mais en même temps de vrais grands hommes1, et de grands combats avec Scheurer-Kestner dans l’affaire Dreyfus ou Victor Schoelcher pour l’abolition de l’esclavage.

Qu’est le Sénat ?

C’est la seconde chambre dans un système bicamérisme qui prétend ainsi éviter les décisions précipitées (est-ce vraiment une nécessité ? On peut sans doute se poser la question). Une chambre pour représenter les Français et une autre pour représenter le Territoire Français.
Une machine à fabriquer (et à destituer) Premiers ministres (ou Présidents du Conseil) et Présidents de la IIIème et la IVème République.

Elle est foncièrement conservatrice, alors elle cultive une modernité de surface. Elle adore le faste des palais dorés alors elle s’y cache. Elle se plaît à jouer les mécènes. La bibliothèque Médicis est un véritable musée et le Palais du Luxembourg regorge de symboles de ce pouvoir qu’elle chérît à merveille (tels que le trône de Napoléon).

Elle est proche de la mentalité de cette France pas encore vraiment républicaine, mais plus totalement royaliste, sensible à la puissance. C’est un Versailles politique. Elle est le lieu d’abolition de l’esclavage mais elle-même n’est pas réellement émancipée. Elle aimerait être cette Assemblée des sages que certains appellent de leurs vœux, mais rétive aux changements (est-ce la peur de perdre ses privilèges ?), elle cherche à se faire oublier et adopte les comportements des sénateurs de la Sérénissime2.

Que peut-on en faire ?

Elle est devenue le bastion de ceux qui veulent prendre leur revanche contre un Président qui les dérange. Moderniser ? Mais quelle folie ?
L’Assemblée actuelle ne me semble pas susceptible de se réformer.
Pourtant s’il y a une crise des Territoires c’est bien qu’elle n’a pas rempli son rôle. Elle réclame des sanctions pour ceux qui échouent selon elle, mais pour elle le respect quoiqu’elle fasse (ou du moins ne fasse pas, car faire suppose de prendre des risques).

Elle courbe le dos une fois de plus et espère… Pourtant un deal avec le Président l’aurait sans doute sauvée, mais la ligne dure l’a finalement emporté semble t-il. Alors je suis convaincu qu’il faut supprimer le Sénat sous sa forme actuelle et créer une seconde Chambre citoyenne regroupée avec le Conseil Économique Social et Environnemental en y incluant des citoyens tirés au sort.

Il faut que cette seconde chambre fasse une cure d’austérité en banlieue parisienne (je ne crois pas que la province serait une bonne idée, cela rappellerait trop une histoire fâcheuse) et que le Palais du Luxembourg revienne à sa destination première «un musée» abritant de belles œuvres accessibles gratuitement à tous (et non pas réservées à ces vieilles badernes).

Quant à représenter les territoires, je crois que grand nombre de députés ont joue ce rôle ces derniers temps et qu’ils pourront tout aussi bien le faire dans l’avenir. Ce ne sont pas ces économies qui réduiront la dette mais… Bye Bye Pervers Pépère.

1 Cambaceres ,Victor Hugo, Monge, Berthollet , Victor Cousin, Waldeck- Rousseau ,François Mitterrand ,Jules Ferry, , Georges Clemenceau, Gaston Monnerville, et les Jules Ferry et Grévy.

Venise

à propos de l'auteur
Alain BENICHOU est né à Oudjda au sein d'une famille de juifs d'Algerie vivant au Maroc tout de suite après la guerre (24 mars 1947). Il a été recruté en 1971 par le Ministère de l’Intérieur pour travailler à la modernisation de l’action de l’Etat. Dans ce cadre il a modernisé le système de centralisation des résultats électoraux. Il a été deux fois décoré dans l’ordre du Mérite par Messieurs Philippe Marchand (chevalier) puis Daniel Vaillant (officier). En 2010 il a pris sa retraite et s’est installé à Tel Aviv. Il a écrit deux romans (sur sa famille) et un recueil de nouvelles (sur Israël).
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