MBS, Trump et Netanyahou : le triangle des influences

Le président américain Donald Trump (à droite) serre la main du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, à Riyad, en Arabie Saoudite, le 20 mai 2017. (Crédit : AP/Evan Vucci)
Le président américain Donald Trump (à droite) serre la main du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, à Riyad, en Arabie Saoudite, le 20 mai 2017. (Crédit : AP/Evan Vucci)

On a appris il y a quelques jours que le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane (MBS), se rendra le 18 novembre aux États-Unis pour une rencontre avec Donald Trump. Officiellement, rien n’a filtré sur les raisons de cette visite.

Après deux ans à suivre quotidiennement toutes les nouvelles d’Israël, j’ai appris à me méfier des déclarations des chefs d’État, à les soupçonner de nourrir des intentions maléfiques à l’égard d’Israël. Alors, comme la visite prochaine de MBS à Washington m’intrigue, j’ai voulu réfléchir à ce qu’elle pourrait signifier dans le contexte actuel, car je ne crois pas une seule seconde qu’il s’agit d’un simple déplacement officiel.

À la lumière du contexte régional – des tensions persistantes autour d’Israël, du projet américain d’une « nouvelle Gaza » et du gel des Accords d’Abraham – comment ne pas s’interroger sur les véritables intentions du prince.

Et si ce déplacement cachait bien un dessein politique plus subtil, qu’on ne soupçonne pas. Et si un tel voyage avait pour but de discréditer Israël. On ne sait jamais. C’est pourquoi je me permets de livrer ici, à titre strictement personnel, mes réflexions et mes soupçons sur le voyage.

MBS chez Trump : un voyage aux arrière-pensées stratégiques

Selon moi, la rencontre annoncée entre MBS et Donald Trump ne doit rien au hasard. Dans un Moyen-Orient en pleine recomposition, le dirigeant saoudien a compris que Trump veut à tout prix redorer son image de faiseur de paix, et qu’il bénéficie pour ce faire de l’influence considérable qu’il exerce sur Benjamin Netanyahu. Il faut dire que le Premier ministre de l’État juif tente de conserver le soutien américain que de nombreux partisans de Trump contestent.

MBS, sachant que le Président américain est facilement influençable, compte certainement exploiter cette faiblesse à son avantage et obtenir de lui une révision de son Plan en 20 points, ainsi que des avantages sur le plan de la sécurité. MBS va avancer discrètement ses pions, conscient que le pouvoir n’appartient qu’à ceux qui savent influencer sans se montrer.

Le spectre d’une « nouvelle Gaza » : une ligne rouge pour Riyad ?

Le plan évoqué par Trump – la construction de cinq zones résidentielles à l’est de la ligne jaune, sous supervision de Tsahal – vise à transformer Gaza en un espace « pacifié et modernisé ». Mais cette vision de la paix semble déconnectée des réalités humaines et politiques.

Les pays arabes, notamment ceux qui financent la reconstruction, y voient une manœuvre de légitimation de l’occupation militaire israélienne de Gaza. Pour eux, investir dans cette « nouvelle Gaza » reviendrait à cautionner un statu quo inacceptable, contesté depuis des décennies.

C’est sans doute pour désamorcer cette bombe diplomatique que MBS veut s’entretenir directement avec Trump. En changeant la perception de ce dernier, il espère peser indirectement sur Netanyahu et redéfinir les contours d’un futur accord régional.

Les Accords d’Abraham : le désintérêt calculé de Riyad

Donald Trump rêve depuis longtemps de rallier l’Arabie saoudite aux Accords d’Abraham, qu’il considère comme l’un des piliers de sa politique moyen-orientale et qui ont déjà rapproché Israël de plusieurs États arabes. Mais Riyad se montre désormais réticent, invoquant une incompatibilité politique avec le gouvernement Netanyahu.

Alors que jusque-là MBS écartait toute normalisation avec l’État juif tant que celui-ci n’aurait pas reconnu l’État de Palestine, voilà que maintenant il refuse toute négociation avec Netanyahu et renvoie cet accord aux calendes grecques.

À mes yeux, il s’agit là d’un prétexte fallacieux

MBS avance toujours masqué : il feint le désintérêt pour la normalisation dans le but d’obtenir des concessions plus substantielles des États-Unis. Derrière ce refus se cache probablement une ambition plus pragmatique : conscient que son armée, bien qu’elle soit riche en armements, est incapable de les utiliser efficacement, MBS espère obtenir de Donald Trump une garantie de sécurité bien plus solide que la normalisation avec Israël.

Il veut un accord de défense bilatéral, à l’image de celui conclu avec le Qatar.

En un sens, il n’a pas tort : mieux vaut un pacte concret qu’une normalisation de façade avec Israël. Dans cette perspective, les Accords d’Abraham deviennent un instrument de négociation, non un objectif en soi.

Une manœuvre pour discréditer Netanyahu ?

Les relations personnelles entre MBS et Benjamin Netanyahu sont tendues, voire hostiles. Tout les oppose : leur vision du monde, leurs méthodes, et certainement leur caractère. Pour ma part, je soupçonne MBS de vouloir ternir l’image de Netanyahu auprès de Trump.

Le dirigeant saoudien sait que Trump entretient avec Netanyahu un lien ambivalent, fait de fascination et de méfiance. Il pourrait accentuer ce malaise en soulignant la rigidité politique du Premier ministre et sa responsabilité dans l’impasse actuelle, et dans la lassitude américaine face au conflit à Gaza.

Si cette manœuvre réussit, elle affaiblirait considérablement Israël dans les négociations à venir, tout en plaçant Riyad comme interlocuteur privilégié de Washington au Moyen-Orient.

C’est un jeu dangereux, mais MBS est un stratège redoutable : il dissimule remarquablement bien ses véritables motivations et manie habilement flatterie et calcul dans un même mouvement.

Le double jeu du prince

Je reste convaincue que cette visite de MBS chez Trump n’a rien d’une simple courtoisie diplomatique.

Peut-être même s’inscrit-elle dans une stratégie plus vaste : il veut que ce soit lui, et non Netanyahu, qui redessine les équilibres du Moyen-Orient. Et il savoure peut-être déjà, quitte à déplaire au président américain qu’il instrumentalise, le plaisir d’irriter Netanyahu.

Reste à savoir si Trump, toujours prompt à se laisser séduire, tombera dans le piège. L’avenir le dira. Une chose est certaine : il ne faut pas se fier à ce que dit MBS, et il faut bien plus encore se méfier de ce qu’il dissimule.

à propos de l'auteur
Dora a été professeur de français pendant 30 ans au Collège français de Montréal. Elle a été chroniqueuse pour Radio-Shalom Montreal, puis pour Europe-Israël.
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