Maxime Reynaud, La Première Guerre mondiale dans le Pacifique. De la colonisation à Pearl Harbor

C’est une guerre qui a coûté des milliers de victimes dont on ne parle presque jamais, ou très peu. Pourtant, ceux qui suivent les évolutions politiques en profondeur notent, selon la formule de l’auteur, que 1914 portait en germe 1941. Le constat est bien vu puisque les mêmes pays qui s’épient et se soupçonnent ne vont pas tarder à s’empoigner même dans leurs empires d’Outre-Mer. L’auteur de ce livre a commencé par dresser un tableau très fouillé de la situation en Europe à la veille de la Grande Guerre.

Ne pas oublier les séquelles de la guerre de 1870, à l’issue de laquelle la France a perdu deux provinces. Après cette victoire-éclair, le chancelier Otto von Bismarck opte pour une politique extérieure calme ; il se dit saturé en Europe, il ne menace directement aucun autre pays, ne lui importe qu’une chose : tailler pour son pays une place au soleil et dominer la scène politique et militaire en Europe. Dans ce contexte là, il se trouve opposé directement ou indirectement par la Grande Bretagne.

Bismarck ne fait pas dans la dentelle, mais c’est un politicien expérimenté qui sait que les rapports de force ne durent pas éternellement et que l’essor économique et militaire de son pays masque de grandes faiblesses. En effet, autour de lui, les alliances (Triplice : Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie, Entente cordiale, etc…-) se font et se défont. AU terme de plus de vingt ans de conduite des affaires au cours desquels il assagit la France en 1870 et soumet l’Autriche au point d’en faire le brillant second de la Prusse, Bismarck est remplacé par le jeune empereur inexpérimenté Guillaume II dont la politique extérieure aventureuse va lui coûter son titre et son régime.

Bien des années après les faits, on se rend compte que la situation en Europe va être transférer dans les colonies où naîtront les mêmes tentations, les mêmes craintes et les mêmes erreurs.

Lorsque les puissances européennes étendent leur tentacules dans les pays bordant l’océan Pacifique, mais aussi l’Afrique du Nord (Maroc, Tunisie) et l’Afrique noire (Togo et Cameroun, entre autres, pour l’Allemagne), elles emportent dans leurs colonies les mêmes contradictions et les mêmes appétits conflictuels : la crise d’Agadir de 1911 précède de peu la déflagration générale. L’Allemagne et la France finissent par s’entendre mais cela ne durera pas. La canonnière Panther croisant au large d’Agadir finit par s’en aller après de dures négociations entre les futurs belligérants.

Dans le Pacifique, la situation est plus compliquée avec des pats comme la Chine, contrainte à une dégradante politique des concessions, le Japon qui va envahir des pats voisins comma Corée, gênant les intérêts militaires et commerciaux des puissances occidentales. Guillaume II se lance dans des expéditions mal prépares et surtout entouré de conseillers inexpérimentés. Chargeant son jeune frère le prince Henri de Prusse dans une mission en Orient, il lui tient le discours suivant : si un oriental te regarde d’un œil louche, rentre lui dans le poing armé… Une telle déclaration n’est pas le signe d’une grande maturité diplomatique…

C’est donc une Europe divisée, engluée dans un système d’alliances instables qui se lance dans la colonisation, sans se douter un seul instant que cela va déclencher en son sein la première de la plus grande guerre, la Première Guerre mondiale avec des millions de morts.

Lorsque la guerre éclate et après l’entrée en guerre du Japon, les puissances occidentales ne sont pas logées à la même enseigne dans le secteur pacifique : l’Allemagne, en particulier, ne dispose pas sur place de moyens de défense suffisants pour assurer la sécurité de ses maigres possessions. Et surtout, l’empire semble encerclé par des puissances plutôt hostiles. La situation stratégique de cette région aiguise les appétits. Le présent ouvrage détaille point par point ce glissement vers un conflit armée, même à des milliers de kilomètres du continent européen…

Comparé aux possessions britanniques et françaises, le Kaiserwilhelmsland se révèle plutôt modeste et les moyens de le défendre tout aussi réduites. En effet, l’Allemagne avait concentré la plupart de ses forces de défense en Chine où se trouvaient l’essentiel de ses intérêts économiques. Les stratèges allemands ont fait le calcul suivant : il faut concentrer ses forces en Europe où la victoire sera le meilleur moyen de se faire respecter et de conserver la pleine possessions des colonies. Personne n’oserait plus s’en prendre à un empire allemand couvert de gloire sur le continent européen.

Aussitôt après l’entrée en guerre du Royaume Uni le 4 aout 1914, l’amirauté britannique décide de s’en prendre aux possessions allemandes dans le Pacifique et de détruire l’escadre allemande d’Extrême-Orient. Il fallait aussi neutraliser les radios de l’ennemi afin de le priver de ses moyens de communication. Le conflit se complique puisque le Japon met à profit la guerre pour occuper des territoires qu’il convoitait depuis longtemps. En d’autres termes, le conflit du Pacifique se rappelle au bon souvenir de la guerre sur le continent européen.

Il m’est impossible de rendre entièrement justice à cet ouvrage si bien documenté et si bien présenté. Je préfère me concentrer sur l’épilogue intitulé Quand 1914 prépare 1941. Et d’ailleurs quand les Nazis sont arrivés au pouvoir, certains articles de leur programme exigeaient la restitution des anciennes colonies orientales ou africaines du Reich…

L’histoire a de la mémoire. Nous lisons dans ce livre que les armées japonaises ont utilisé lors de la Seconde Guerre mondiale la même tactique et les mêmes canons que lors de la première déflagration mondiale. Il faut souligner que les armées européennes n’étaient pas préparées à se battre dans des jungles au climat tropical si pesant. Sans même parler des pièges tendus par les Japonais, experts en la matière.

Voici, enfin, un ouvrage qui permet de prendre connaissance de ces guerres du Pacifique, livrées si loin du continent européen mais qui allaient se répéter moins de trois décennies plus tard… Les États partent en guerre pour défendre ce qui leur semble être plus leur intérêt que la bonne cause.

à propos de l'auteur
Né en 1951 à Agadir, père d'une jeune fille, le professeur Hayoun est spécialiste de la philosophie médiévale juive et judéo-arabe et du renouveau de la philosophique judéo-allemande depuis Moses Mendelssohn à Gershom Scholem, Martin Buber et Franz Rosenzweig. Ses tout derniers livres portent sur ses trois auteurs.
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