MASHAV, modèle de coopération agile pour l’Afrique

À l’heure où les modèles traditionnels de l’aide au développement sont de plus en plus questionnés, certaines approches alternatives méritent une attention particulière. Le MASHAV, agence israélienne de coopération internationale créée en 1958, s’impose comme un modèle singulier, fondé non pas sur le financement massif mais sur le transfert de compétences, la formation et l’autonomisation des acteurs locaux.

Dans un contexte africain marqué par des besoins structurels considérables mais aussi par une exigence croissante d’efficacité et d’impact, cette approche apparaît particulièrement pertinente. Elle repose sur une conviction simple : le développement durable ne peut être importé, il doit être construit localement, à partir des capacités humaines et institutionnelles.

Le MASHAV se distingue d’abord par son positionnement. Contrairement aux grands bailleurs multilatéraux ou bilatéraux, l’agence n’est pas un financeur, mais un catalyseur. Elle intervient principalement à travers des programmes de formation, des centres d’excellence et des partenariats techniques, notamment dans les domaines de l’agriculture, de la gestion de l’eau, de la santé, de l’éducation et de l’entrepreneuriat.

En Afrique, ce modèle trouve un terrain d’expression privilégié. Les centres d’excellence agricoles mis en place dans plusieurs pays ont permis de diffuser des techniques d’irrigation de précision, d’améliorer les rendements et de structurer des filières locales. Au-delà des résultats immédiats, c’est un véritable effet multiplicateur qui est recherché : les bénéficiaires deviennent à leur tour des vecteurs de diffusion du savoir.

Cette logique de « training of trainers » constitue l’un des atouts majeurs du modèle. Elle permet d’inscrire les interventions dans la durée, tout en limitant les coûts. Là où certains programmes internationaux peinent à produire des effets durables malgré des investissements conséquents, le MASHAV parvient à générer un impact tangible avec des moyens relativement limités.

Mais au-delà de l’efficacité opérationnelle, c’est aussi une certaine vision du développement qui est en jeu. Une vision fondée sur la responsabilité, l’innovation et l’adaptation aux contraintes locales. L’expérience israélienne, forgée dans un contexte de rareté des ressources, résonne particulièrement avec les réalités de nombreux pays africains.

Bien sûr, ce modèle n’est pas exempt de limites. Son échelle reste modeste au regard des besoins du continent, et son efficacité dépend fortement de la qualité des partenariats locaux. Mais ces contraintes sont aussi le revers d’une approche volontairement ciblée et pragmatique.

Dans un paysage international marqué par la montée en puissance de nouveaux acteurs et par la remise en cause des paradigmes traditionnels de l’aide, le MASHAV offre une piste intéressante : celle d’une coopération plus agile, plus ciblée et plus respectueuse des dynamiques locales.

À l’heure où l’Afrique cherche à affirmer des trajectoires de développement souveraines et durables, ce type d’approche pourrait bien constituer une source d’inspiration précieuse pour repenser les politiques de coopération internationale.

à propos de l'auteur
Expert en durabilité, investissements à impacts & relations gouvernementales, ancien associé de Publicis Consultants, Pierre-Samuel Guedj est fondateur du cabinet conseil en Durabilité, Affectio Mutandi & président de la commission RSE&ODD du CIAN, conseil français des investisseurs en Afrique. Il accompagne les acteurs publics et privés dans leurs démarches de Vigilance ESG, leurs stratégies d'impacts RSE & dans les plaidoyers, relations gouvernementales et règlementations liés, en France, en Europe, en Israël, en Afrique et à l’international.
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