Marine le Pen ne peut pas camoufler son vrai visage

Marine Le Pen, leader du parti politique français d'extrême droite Front national (FN), membre du Parlement européen et candidate aux élections présidentielles françaises de 2017, présente ses vœux du Nouvel An à la presse à son siège présidentiel de campagne, à Paris, France, le 4 janvier , 2017. (Christophe Morin/IP3/Getty Images)
Marine Le Pen, leader du parti politique français d'extrême droite Front national (FN), membre du Parlement européen et candidate aux élections présidentielles françaises de 2017, présente ses vœux du Nouvel An à la presse à son siège présidentiel de campagne, à Paris, France, le 4 janvier , 2017. (Christophe Morin/IP3/Getty Images)

Marine le Pen, candidate du Rassemblement national est à nouveau au deuxième tour des présidentielles avec un résultat nettement supérieur à celui de 2017. Pour gagner elle a dû rendre son image plus lisse après s’être dédiabolisée mais elle aura beaucoup de mal à camoufler son programme raciste et xénophobe qui lui colle à la peau, bien qu’elle ait passé sa campagne à lui passer une couche de vernis populiste. Il s’agit en fait de l’Adn de son parti insufflé depuis longtemps par son père. Elle peut difficilement renier la plupart de ses options politiques.

Certes, elle peut remercier Zemmour qui lui a façonné un portrait de modérée puisqu’il a passé son temps à attaquer à sa place les Musulmans, un rôle qu’elle a occupé depuis longtemps. Mais elle a cherché ces dernières années à se dédiaboliser, avec peu de succès d’ailleurs. L’histoire enregistre et les traces demeurent. Après quelques péripéties, elle est vite revenue à ses fondamentaux.

L’hystérie de la politique du «Grand Remplacement», prônée par Zemmour, statuant que la population française sera à court terme remplacée par les immigrés du Maghreb et d’Afrique noire, a contribué à la dédiaboliser auprès de la droite républicaine. Elle a regardé Zemmour s’embourber dans sa théorie fumeuse pour se concentrer, elle, sur un sujet peu traité par les autres candidats, le pouvoir d’achat, aidée en cela par la flambée des prix due à la guerre d’Ukraine. Aux deux tenants d’une certaine droite, c’était à celui qui courrait le plus vite vers les bas-fonds de la politique d’extrême-droite.

Zemmour et Le Pen ont concouru pour le rôle du meilleur populiste. Lorsque Le Pen a choisi d’être photographiée aux côtés d’une jeune fille voilée, elle a été accusée de renier ses convictions par le conseiller de Reconquête, Jean Messiha. C’était à celui qui voulait être plus extrême que l’autre ce qui a valu à Messiha une douche de la part de la cheffe du RN : «Moi, je ne m’attaque pas aux gens. Je vais te faire comprendre la différence entre lutter contre l’immigration et les immigrés, ce que vous voulez faire, la différence entre lutter contre l’islamisme et s’attaquer à des jeunes filles qui ne devaient pas avoir plus de 15 ans et qui voulaient faire une photo avec moi».

Cela n’a pas empêché le Pen d’annoncer officiellement que le port du voile sera sanctionné car il s’agit d’un «uniforme islamiste» mais pas le port de la kippa pour ne pas perdre l’électorat juif. Elle entend lutter contre les «idéologies islamistes, jugées totalitaires qui sont partout». Elle veut interdire la «pratique, la manifestation ainsi que la diffusion publique, au cinéma, dans la presse comme à l’école, des idéologies islamistes». Elle appliquerait la «dégradation de la nationalité aux Français radicalisés pour une mort civique», et déclarerait «l’idéologie islamiste ennemie de la France pour en faire découler une législation d’exception».

Marine le Pen a beaucoup appris depuis 2017 et elle ne parle plus à la légère. Sa sémantique est à présent choisie. Elle l’a montré en remplaçant dans le nom de son parti l’expression Front qui fait très militaire par Rassemblement qui fait plus peuple et consensuel. Elle ne parle plus de préférence nationale mais de priorité nationale pour attribuer les logements, les emplois et les aides sociales aux seuls détenteurs de la nationalité française : «Je veux faire de tous les citoyens français des privilégiés dans leur propre pays». Elle veut inscrire «la priorité nationale» dans la Constitution pour «empêcher les juridictions supranationales de forcer la France à suivre des politiques contraires à la volonté du peuple français».

Son projet pour limiter l’installation d’étrangers passe par «la suppression du droit du sol, l’arrêt de l’acquisition automatique de la nationalité française et l’expulsion des délinquants et des criminels. Les étrangers qui viennent travailler dans notre pays doivent subvenir à leurs besoins : ils n’auront plus accès aux prestations de solidarité nationale».

Si un État étranger refuse de reprendre ses ressortissants, il subira l’interdiction des transferts de fonds et la suppression des visas. En fait son programme vise particulièrement les Maghrébins et les Africains mais est plus indulgent avec les réfugiés d’Ukraine, tous blancs et chrétiens. Marine le Pen n’a pas changé. Les électeurs ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas, sauf s’ils veulent se mettre volontairement des œillères face à la peur de l’islamisme.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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