Marcel Barbero (zal) : un homme engagé

Marcel Barbero ©Fondation Someca
Marcel Barbero ©Fondation Someca

Professeur émérite à l’université d’Aix-Marseille, ce spécialiste des écosystèmes méditerranéens, décédé l’an dernier, avait représenté le Président Mitterrand au Sommet de la Terre à Rio en 1992. Il était de tous les combats : développement durable, engagement politique, lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

« Avec le soleil, la qualité de l’air, avec les eaux marines et continentales biologiquement renouvelées, avec les roches et les sols des continents, qui portent la biodiversité, les hommes et les paysages diversifiés, mobilisons-nous pour notre Terre tant aimée ».

Ce message pour le vivant, extrait des archives personnelles du scientifique est un témoignage des préoccupations de l’infatigable défenseur de la planète qu’était M.Barbero. Pour ce fervent catholique, un parallèle tout naturel avec la shmita, définie par la Torah.

Jeune adulte, c’est en parcourant les montagnes du Mercantour que Marcel Barbero prend conscience de la richesse de la biodiversité et la nécessité de la protéger. En 1963, il devient Professeur de botanique et d’Ecologie végétale méditerranéenne et établit bon nombre de cartes de végétation dans les Alpes, les Pyrénées, mais aussi au Liban, Maroc… Il réalise d’innombrables publications scientifiques dans des revues françaises et anglaises. Le Parc régional du Mercantour voit en lui « l’un des meilleurs spécialistes de la flore et des écosystèmes de haute montagne ».

Acteur du Grenelle Environnement National

Expert scientifique reconnu, il allie ses compétences et convictions au service de la préservation de la planète et le maire de La Seyne Arthur Paecht lui remet la Légion d’honneur. Parmi ses contributions, le projet de site classé du cap Sicié (1992), l’élaboration du projet de réserve naturelle du Viso (2007)…

Parallèlement à ses activités universitaires, M.Barbero est régulièrement sollicité par diverses institutions : audition à l’Assemblée nationale concernant la Loi sur les Parcs nationaux (2006), consultation sur le projet de décret en conseil d’Etat du Parc national du Mercantour (2008). Président du Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel, il s’illustre comme l’un des acteurs du Grenelle Environnement National dans le groupe biodiversité et ressources renouvelables.

La plaine des Maures était son jardin et il milite aux côtés de Théodore Monod, Hubert Reeves pour sa qualification comme Réserve naturelle nationale. Attaché à la transmission, l’universitaire dirige une centaine de thèses. Il était très proche de ses étudiants. Nombreux sont ceux comme Jérémy Dumoulin qui gardent un souvenir ému des excursions organisées au Mont Ventoux ou dans les Alpes : « il n’a eu de cesse de me former, de m’inculquer une vision d’écologue et de phytoécologue. En cours ou sur le terrain, il avait toujours cette passion d’enseigner. Une véritable dévotion ».

Militant contre la peine de mort

La vie du pays ne le laissait jamais indifférent, surtout lorsqu’il estimait devoir défendre les droits de la nature. Son dernier combat a été de s’opposer à la construction de la carrière de Mazaugues, commune classée à 80% Natura 2000. Les nombreuses lettres adressées aux divers élus concernés n’avaient pas suffi.

Admiré par ses proches, M.Barbero était décrit par ses opposants comme un homme ouvert d’esprit. Toute sa vie, il n’aura cessé de lutter contre toutes formes d’extrémisme. Il avait milité pour l’abolition de la peine de mort aux côtés de Robert Badinter. La vie éprouvante de sa mère italienne Anna à l’époque de Mussolini avait sans doute forgé son héritage intellectuel.

Ce billet déposé au rabbin Moha de La Seyne sur Mer en témoigne : « Progressiste et pratiquant ma religion, je ne puis que vous dire ma honte face aux détériorations et tags odieux du portrait de Simone Veil, résistante et éprouvée aux côtés des siens dans les camps d’extermination. En d’autres temps, des voix fortes se seraient levées pour crier haut et fort l’indignation. La proximité des générations de l’après-guerre était marquée par les événements de l’histoire. Aujourd’hui, le silence m’est insupportable ». Un homme de partage et de convictions.

à propos de l'auteur
Diplômée de l’Ecole de journalisme et de communication de Marseille, Magali fait le choix d’un parcours éclectique. Ses sujets oscillent entre le sport, l’écologie, la politique, ou encore l’actualité internationale. Après une expérience au Petit Journal.com de Londres, un parcours de journaliste sportif, elle a collaboré à plusieurs médias francophones (La Presse de Tunisie, Le Soir...). Elle travaille actuellement pour divers journaux israéliens et communautaires depuis la France.
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