Manuel Valls, retour de l’enfant prodige

L'ancien Premier ministre français et candidat à la primaire de gauche pour l'élection présidentielle française de 2017, Manuel Valls, salue ses partisans lors d'une réunion à Alfortville, en France, le jeudi 26 janvier 2017. (AP Photo / Christophe Ena)
L'ancien Premier ministre français et candidat à la primaire de gauche pour l'élection présidentielle française de 2017, Manuel Valls, salue ses partisans lors d'une réunion à Alfortville, en France, le jeudi 26 janvier 2017. (AP Photo / Christophe Ena)

Les hommes politiques brillants sont toujours victimes de leur propre camp et des jaloux, des ratés et des incompétents. De ce point de vue, rien de changé pour Manuel Valls dont le parcours politique est sans faille depuis qu’il a appris les rudiments de politique auprès de Michel Rocard. Après le départ de Valls, la France a perdu un combattant contre l’islamisme.

C’est une constante en politique française, les meilleurs partent ou sont écartés du pouvoir parce que les Français sont inconséquents et les militants volatils. Ce fut le cas de Mendès-France et de Rocard, les mentors de Manuel Valls, qui représente le vrai symbole de la réussite de l’immigration en France, avait décidé de retourner par dépit dans son pays de naissance pour tenter de devenir maire de Barcelone. Il avait eu besoin de cette péripétie pour noyer sa déception d’avoir été rejeté par ses pairs.

Ce fut une perte pour la France, une perte pour les Juifs car il avait fait du combat contre l’islamisme son sacerdoce. Alors on pourra toujours l’accuser de tous les maux politiques, de trahison même mais comme disait Talleyrand : «Pour rester dans son parti, il faut changer plusieurs fois d’opinion».

En novembre 2017, alors premier ministre, il avait considéré que la France avait «un problème non seulement avec l’islamisme et l’intégrisme religieux mais avec l’islam et les musulmans». Il avait osé cibler les Musulmans contrairement au reste de la classe politique qui les ménageait sans honte parce qu’ils avaient en permanence l’œil fixé sur la courbe de la balance commerciale avec les pays arabes.

Il était passé par toutes les étapes habituelles du parcours politique : conseiller municipal, maire, député, ministre de l’Intérieur pour finir premier ministre. Immigré en France à l’âge de 20 ans, peu diplômé, il a créé des jalousies, de l’animosité même, en raison de sa carrière fulgurante. Mais quand il fallait préserver l’avenir, les socialistes ont préféré se saborder en choisissant un idéologue pur et dur plutôt que de donner les clefs du parti à Manuel Valls pour le laisser mener un combat victorieux contre Macron. En conséquence, le parti socialiste a payé le prix en devenant atone et dans le coma et il lui faudra plusieurs législatures pour émerger.

Paradoxalement, les attaques ne sont pas venues des adversaires, mais directement de l’intérieur. Martine Aubry, Première secrétaire du parti socialiste en juillet 2009, avait déjà préparé l’estocade : «Cher Manuel, notre parti a besoin de chacun des socialistes pour contribuer à son redressement après des années difficiles. On ne peut utiliser un parti pour obtenir des mandats et des succès, en s’appuyant sur la force et la légitimité d’une organisation collective, et s’en affranchir pour exister dans les médias à des fins de promotion personnelle». Les socialistes ont participé à la décomposition de leur parti parce qu’ils n’ont pas adopté la ligne sociale-démocrate incarnée par Valls. Ils l’ont payé cher puisqu’ils n’existent presque plus, à l’Assemblée nationale et sur l’échiquier politique, depuis qu’ils ont combattu la voie du réformisme.

Valls s’est beaucoup investi vis-à-vis d’Israël qui a perdu un ami français. Le 17 juin 2011 à Strasbourg il avait osé affirmer qu’il était «par sa femme lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël». Il avait signé un appel appelant à poursuivre les militants qui prônent le boycott des produits israéliens.

On se souvient de la tirade de Manuel Valls «Oui, les Juifs de France, trop souvent, ont peur. C’est une réalité et cette réalité, nous ne l’acceptons pas». Il a plusieurs fois pris des positions officielles sans ambiguïté. Lors de l’inauguration de l’allée des Justes à Strasbourg, il s’était engagé à «combattre l’antisionisme, cet antisémitisme qui vise à nier Israël». Dans son discours au Trocadéro, au cours d’un rassemblement organisé par le CRIF, il avait proclamé : «Cet antisémitisme, et c’est la nouveauté, se nourrit de la haine d’Israël. Il se nourrit de l’antisionisme. Parce que l’antisionisme, c’est la porte ouverte à l’antisémitisme. Parce que la mise en cause de l’État d’Israël, basée sur l’antisionisme, c’est l’antisémitisme d’aujourd’hui».

Devant le Consistoire central, il avait lancé une attaque frontale : «se dire antisioniste ou nier le droit à l’existence de l’État d’Israël en voulant éviter l’accusation d’antisémitisme n’est pas possible. L’antisionisme est synonyme d’antisémitisme». On l’a accusé d’amalgame sur l’islam et les Musulmans mais, pour lui, la source du terrorisme est là pour témoigner. Il estime que la politique française, suivie actuellement à l’égard de l’islam, détruit la laïcité.

Ses conclusions de 2010, toujours d’actualité, font froid dans le dos et sont toujours d’actualité : «Si rien n’est fait, il arrivera aux Musulmans ce qui est arrivé aux Juifs du XXe siècle, à savoir des Nuits de cristal à l’instar de celles qu’ont subies les Juifs du IIIe Reich et qui seront de plus en plus récurrentes. Pour la première fois, il y a un fond rocheux européen qui a décidé de déclarer la guerre aux Musulmans. Sombres jours pour les Européens de confession musulmane notamment français même de la dixième génération. Pourtant l’immense majorité des citoyens français respectent les lois de la République, ils évitent l’ostentation malgré les provocations. S’il est vrai que la religion devant rester pour tous du strict ressort de la sphère privée les musulmans espèrent que la République se tienne d’une façon équidistante des religions et applique dans les faits, la laïcité, rien que la laïcité, toute la laïcité et les considère ce faisant comme des citoyens à part entière en mettant en œuvre une forte volonté d’intégration et en combattant l’intolérance et les discriminations».

Le président LR du Conseil régional des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, dont il est proche, avait rendu un hommage appuyé à Manuel Valls, sous l’angle de sa lutte contre l’islamisation. Pour lui, l’ancien premier ministre «a toujours eu un combat républicain qui est tout à son honneur. La voix de Valls comptait dans le débat national français au vu du séparatisme dans certains quartiers, du communautarisme. Il a eu des positions tranchées, notamment pour dénoncer et lutter contre l’islamisation qui se développe. Ce combat-là doit être repris et continué dans notre pays parce qu’il faut lutter contre ça, absolument, ou alors ce n’est plus la même France».

Emmanuel Macron, plein de fierté mais prudent, a préféré éloigner une grosse pointure politique de son entourage. Il a certainement commis l’erreur de ne pas exploiter, dans l’intérêt du pays, les qualités et l’expérience d’une telle personnalité qui n’a jamais vendu son âme. Par souci d’hégémonie, il a préféré s’entourer d’hommes politiques débutants avec le résultat qu’on connait. Il a nivelé la France par le bas. Quel gâchis !

Valls a eu du mal à se défaire de la France. Après quelques années à Barcelone, il a fini par comprendre que cette France qui lui avait donné sa culture et ses passions politiques, était celle qui était ancrée dans ses veines. La gauche est laminée en France, l’extrême-gauche est devenue omniprésente avec ses combats stériles et anachroniques. Le Centre qui était incarné par Emmanuel Macron a pris ses quartiers à droite. Le radical-socialisme, celui de Léon Gambetta, d’Edgar Faure, de Félix Gaillard, de Mendes-France et de Rocard, peut renaitre de ses cendres si quelqu’un se décide à l’exhumer.

Valls est revenu en France après la publication de son ouvrage «Pas une goutte de sang français», sorte de programme pour laisser entendre en filigrane qu’il peut être l’homme de la situation si l’on fait appel à lui et si ses amis ne lui dressent pas des obstacles alors qu’ils ne lui arrivent pas à sa cheville. Les Français, croyant à un avenir bouché, sont résignés face à un combat programmé d’avance en 2022, le duel Macron-le Pen. Ils se complaisent dans la stagnation, voire pire, l’ascension d’une extrême-droite revancharde. La France qui prend du retard partout, sur le plan sanitaire, économique et industriel doit se ressaisir. Elle est suffisamment riche pour surmonter les difficultés présentes mais elle est mal gouvernée. Elle ne peut pas baisser les bras en laissant fuir ses cerveaux à l’étranger. En effet, la France de Pasteur n’a pas réussi face au covid-19.

Valls a les compétences, l’expérience d’un gouvernement au sein duquel il avait été entouré de ministres de talent, rendus à la vie civile par dépit. Aujourd’hui, un gouvernement de branquignols, d’incapables, d’inexpérimentés, voire de débutants a signé la fin de la France victorieuse que l’on a toujours connue.

Macron a mis trois mois pour parvenir au sommet en faisant illusion, illusion de sa jeunesse, illusion de sa compétence économique, illusion d’un dynamisme trompeur, illusion d’un réformateur. C’est le temps pour envisager une relève sérieuse afin de remettre la France en marche, et renvoyer les gauchistes du parti socialiste à leurs études marxistes. Il s’agit de la seule solution pour combattre un islamisme dévorant qui ne se cache plus. C’est aux Français de choisir : l’espoir ou la résignation.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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