Mahmoud Abbas, Ehud Olmert et Israël

Le président palestinien Mahmoud Abbas, à gauche, s'entretenant avec l'ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert après une conférence de presse à New York, mardi 11 février 2020 (AP Photo / Seth Wenig)...
Le président palestinien Mahmoud Abbas, à gauche, s'entretenant avec l'ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert après une conférence de presse à New York, mardi 11 février 2020 (AP Photo / Seth Wenig)...

Nelson Mandela avait déclaré justement : «Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé». C’est sur ce principe que l’ancien premier ministre Ehud Olmert a rencontré Mahmoud Abbas le 11 février. Olmert était à New York sur l’invitation du lobby de J Street, qui promeut la solution à deux États. En fait, le président de l’Autorité est plutôt un adversaire politique plutôt qu’un ennemi puisque des liens formels existent avec l’État d’Israël. En conséquence la démarche d’Ehud Olmert ne peut pas être considérée comme une trahison mais comme une initiative déplacée; il a mis en application la thèse de Mandela.

Certes Olmert a démissionné de son plein gré pour se présenter face à ses juges ; il a été condamné à huit mois de prison pour avoir accepté des pots-de-vin et pour entrave à la justice pendant ses mandats de maire de Jérusalem et de ministre du Commerce. Mais il ne peut pas être condamné à une double peine consistant à l’éliminer définitivement de la vie politique. Il a le droit de revenir sur la scène politique comme d’ailleurs Arie Dehry qui a retrouvé son poste de ministre après être sorti de prison.

Mais la sanction pénale reste une tâche qui rend difficile sa carrière de diplomate alors qu’il dit vouloir aider à promouvoir un État palestinien en utilisant le plan de Trump. Cette réunion a été critiquée en Israël par ceux qui ne voulaient pas qu’il donne un coup de pouce au président de l’Autorité pour contester «l’accord du siècle».

Olmert a pourtant précisé qu’il appuyait les efforts de paix de Trump : «Je tiens à mentionner que Abou Mazen est le seul dirigeant palestinien à combattre le terrorisme et à s’opposer au terrorisme – il est donc celui auquel nous devrions parler». Mais c’est sans compter sur le milliard de shekels (303 millions de dollars) versés aux familles des terroristes, les «martyrs» selon la terminologie d’Abbas. Il estime cependant, que se trouvant simultanément présent avec lui sur le sol étranger, il n’a pas «l’intention de se battre contre le gouvernement israélien aux États-Unis. Puisque je suis ici aux États-Unis à d’autres fins et qu’Abou Mazen est ici aussi, Je pense que c’est une bonne occasion de rappeler au public israélien que s’il est possible d’établir un dialogue pour parvenir à un accord de paix, il est le seul partenaire. Ceux qui ne le veulent pas recevront le Hamas».

En tant que premier ministre Olmert avait déjà rencontré Abbas en 2007 à Annapolis sous les auspices du président George W. Bush dans une réunion où il avait fait des concessions extrêmes dans le cadre d’un plan original :

–  Jérusalem serait partagé comme capitale commune;
–  Les Lieux saints seraient remis à un comité multinational;
– Des échanges de terres permettrait à Israël de conserver ses principaux blocs d’implantations;
–  Construction d’un tunnel entre la Cisjordanie et Gaza;
– Création d’un État palestinien démilitarisé avec une force de sécurité internationale dirigée par les États-Unis et stationnée sur la frontière palestino-jordanienne.

Mais comme tous les autres dirigeants avant lui, Mahmoud Abbas a refusé tout en bloc sans vouloir s’inspirer de David ben Gourion qui avait estimé en 1936 qu’un «petit État vaut mieux que pas d’État du tout» en acceptant le micro-État de la commission Peel. La chance se présente à tout le monde mais il faut savoir l’attraper quand elle passe. Quand une occasion politique se présente, on ne la gâche pas. Les Palestiniens ne veulent pas évoluer pour adapter leurs exigences à la réalité sur le terrain. Ils doivent avoir un État qui leur permette d’être autonomes mais encore faut-il qu’ils n’exigent pas sans cesse l’impossible, à savoir le retour aux frontières de 1967.

Pourtant ils connaissent l’adage arabe : «eli fat, met» (ce qui est passé est mort).  Ils doivent donc profiter de l’occasion qu’en Israël existe encore de nombreux Israéliens qui veulent la séparation dans l’honneur, dans la coopération et dans la sécurité. Même le nationaliste Avigdor Lieberman a mis de l’eau dans sa vodka pour renoncer au «Grand Israël», une notion pour lui devenue caduque.

Ehud Olmert a estimé devoir relancer le débat car seule une haute personnalité israélienne peut dialoguer avec les Palestiniens pour sortir de l’impasse mais il était handicapé par son passé judiciaire. L’ancien premier ministre a voulu par cette rencontre faire avancer les choses : «Je veux vraiment encourager Abou Mazen à négocier sur la base de la position fondamentale du plan Trump, qui est deux États pour deux peuples. Ce n’est pas Abou Mazen qui s’y oppose, je pense que c’est le Premier ministre israélien».

Or en s’offrant ainsi à Mahmoud Abbas, Olmert est apparu comme un paillasson et d’ailleurs sa réunion n’a débouché sur rien de concret. Malgré son expérience du pouvoir, il n’a pas mesuré qu’il se trouvait face à une mission impossible parce qu’il était dévalué par sa condamnation et qu’aucun dirigeant palestinien ne semble prêt à signer la paix par crainte d’être assassiné selon les propres termes de Yasser Arafat. Il est coupable de naïveté et de candeur car il n’a pas compris que sa notoriété a été exploitée par les Palestiniens.

Jared Kushner avait pourtant bien précisé que l’accord du siècle était un relevé de propositions toutes négociables, sous réserve que les parties en discutent entre-elles. Il a tracé les grandes lignes pour amener les protagonistes à se rencontrer. En refusant de se mettre à une table de négociations, même si le projet ne leur convient pas, les Palestiniens deviennent hors-jeu, eux qui depuis de longues années n’ont jamais fourni un document écrit précisant leurs doléances réalistes, autres que le retour aux frontières de 1967. Il est normal que les Israéliens mettent la barre très haute sachant que le propre des négociations directes est de ramener les exigences à de bonnes proportions.

Mais Abbas a émis une fin de non-recevoir, comme à l’accoutumée. Olmert a été bien naïf en cherchant à raviver un processus de paix moribond mais il avait eu pourtant l’expérience d’un président qui avait déjà rejeté ses propositions nettement généreuses. Sans compter qu’il n’est plus aux affaires et qu’il ne peut influer sur la politique du gouvernement. Cependant en refusant le dialogue sur le deal du siècle, Mahmoud Abbas, a fixé définitivement où étaient les responsabilités dans le conflit israélo-palestinien.

A un lecteur musulman, ami et fidèle, qui «aimerait seulement nous voir reconnaître la légitimité du combat du peuple palestinien car on ne peut pas construire son bonheur sur le malheur des autres», nous lui dirons que la discussion ne peut s’engager qu’à deux. Il y avait une opportunité pour les Palestiniens pour faire entendre leur voix dans un projet qu’ils estiment favorable à Israël. Il s’agit d’un projet américain et il est maladroit de s’y opposer alors qu’il prévoit précisément la création d’un État, certes plus petit que celui de 1947. Mais en pratiquant une intransigeance systématique, il sera encore grignoté au fur et à mesure des blocages arabes.

Il n’y aura pas d’autre tentative de dialogue sous les auspices américains. La droite israélienne se trouve à présent libérée de toute contrainte pour agir selon ses propres intérêts. Les perdants sont encore les Palestiniens qui ont des dirigeants qui profitent du statu quo en laissant sur le bas-côté la majorité de leur population.

Mais il semble que le Hamas soit devenu pragmatique en tirant les leçons de ses échecs passés. Nous sommes à la veille d’un cessez-le-feu à long terme qui donnera à Gaza le moyen de se développer en paix. Il aura ainsi pris de vitesse le Fatah de Cisjordanie qui voit l’État de Palestine se réduire en peau de chagrin avant que sa création ne soit définitivement enterrée. Olmert leur a tendu la perche. En vain.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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