Macron, le messager des bonnes paroles au Levant

Le président français Emmanuel Macron s'exprime lors d'une conférence de presse sur la situation au Liban, dimanche 27 septembre 2020 à Paris.(Photo AP / Lewis Joly, piscine)
Le président français Emmanuel Macron s'exprime lors d'une conférence de presse sur la situation au Liban, dimanche 27 septembre 2020 à Paris.(Photo AP / Lewis Joly, piscine)

Le président Macron est infatigable dans ses discours et inlassable dans ses belles paroles concernant le règlement des conflits au Levant. A l’entendre, on a l’impression que la France est toujours mandataire dans notre région.

Lors de son dernier discours à l’Assemblée générale des Nations-Unies, le président Macron s’est exprimé longuement sur les dossiers qui préoccupent les leaders de la planète. Certes, il a eu raison de dire que le premier objectif est la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive et contre le terrorisme. Mais quel bilan laisse-t-il ? 

Sur ces deux brûlants dossiers, la politique du président français n’a-t-elle pas échoué ? Sa doctrine d’apaisement vis-à-vis de l’Iran a-t-elle empêché l’Iran de poursuivre son projet nucléaire ou son activité balistique ?

Le président français semble commettre une grave erreur en déclarant, une fois encore, qu’il maintiendrait son exigence de mise en œuvre pleine et entière de l’accord de Vienne de 2015.

Tout en affirmant qu’il n’acceptera pas les violations commises par l’Iran, Macron se détache lâchement de la position intransigeante et réaliste des Américains et des Israéliens ainsi que des inquiétudes justifiées de l’Arabie saoudite et des royaumes du Golfe. 

Il nous dit que cette stratégie nous assure pas que Téhéran ne pourra pas se doter de l’arme nucléaire. A-t-il lui un plan B plus efficace, une autre solution musclée pour pouvoir mettre au pied du mur cet Etat voyou dont ses dirigeants se moquent éperdument des accords signés ?  

Les deux voyages successifs de Macron à Beyrouth se sont aussi soldés par un échec spectaculaire. Ses interventions énergiques et ses pressions prétentieuses sur l’échiquier libanais n’ont pas réussi à régler la crise, à former un gouvernement, ni à appliquer des réformes. Au contraire, elles ont provoqué un tollé de protestations dans le pays du Cèdre surtout au sein de la communauté chiite.  

Lors de sa conférence de presse tenue à l’Elysée le 27 septembre 2020, le président Macron enfin réalise qu’il ne possède pas les moyens de sa politique. Exaspéré, en se mettant en colère, il déclare que « le Hezbollah ne doit pas se croire plus fort qu’il ne l’est.

Il ne peut en même temps être une armée en guerre contre Israël, une milice déchaînée contre les civils en Syrie, et un parti respectable au Liban. » Le président français réagit donc tardivement mais s’étonne que le Hezbollah a mis en place un système de terreur au Liban.  

Les visites et les belles paroles du président français n’ont pas mis un terme aux intentions belliqueuses du Hezbollah et la milice chiite refuse catégoriquement de démanteler toutes ses armes et ses milliers de missiles destinés contre Israël. 

Pourquoi le président français continue à croire que le Hezbollah changera un jour ? Qu’il ne poursuivra plus sa politique de terreur et de chantage. N’est-il pas temps de sanctionner cette milice et d’affirmer sans ambiguïté que le Hezbollah est une organisation terroriste.

Venir à deux reprises à Beyrouth, à une centaine de kilomètres seulement de la frontière israélienne, et ne rien dire sur la menace du Hezbollah contre l’Etat Juif, ni non plus sur les accords de paix signés avec les royaumes arabes du Golfe persique, prouve déconnexion de la France des réalités du Moyen-Orient et ignorance des évolutions au Levant.   

Tant de calculs, démagogie et crainte de représailles, et pourtant la France n’est toujours pas épargnée des attentats terroristes. La dernière attaque à Paris contre des journalistes au moment où se déroule le procès des auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo n’est-elle pas une nouvelle menace contre la liberté d’expression ? Une défaillance grave dans les mesures de sécurité ? Un échec du combat contre le terrorisme islamiste et la radicalisation en France ? 

Concernant le conflit avec les Palestiniens Macron déclare que la paix au Proche-Orient reste une nécessité. Il se réjouit qu’Israël obtienne la reconnaissance de nouveaux pays arabes et la qualifie légitime et un gage d’espoir pour l’avenir. Dans la même veine, il nous dit : « Je ne crois pas à une paix qui se construira sur l’hégémonie ou l’humiliation. Quand bien même celle-ci serait compensée par de l’argent. Car nous savons trop qu’on ne compense pas l’humiliation d’un peuple par de l’argent. »

Ce langage est calqué sur des discours arabo-musulmans. Les mots « humiliés » et « humiliation « reviennent fréquemment dans le Coran et les écrits postérieurs à propos des Juifs. L’Egypte et la Syrie ont déclenché en 1973 la « Guerre du Ramadan » pour effacer l’humiliation de la défaite pendant la guerre des Six jours de 1967. Arafat hier et Abbas aujourd’hui ont souvent lié l’humiliation à l’argent.  

C’est clair, par ses propos moralistes et sa politique interventionniste, le président Macron, tel que ses prédécesseurs, adopte le paradigme des Palestiniens et rejette toute « paix séparée. » 

Triste de constater que la diplomatie française manque d’originalité et de créativité, son rôle d’influence est bien limité. 

Cet article a été publié le 29 septembre 2020 sur le site https://jcpa-lecape.org/

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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