Macron intervient dans les élections israéliennes

Le président français Emmanuel Macron s’est dérobé jusqu’à ce jour à une visite officielle en Israël pour « protester » contre la politique du gouvernement Nétanyahou, mais le voilà qui ose inviter l’un des leaders de l’opposition à l’Elysée, à quatre jours seulement de l’ouverture des urnes en Israël.

Ne s’agit-il pas là d’une intervention grossière dans la vie politique israélienne ? Macron a-t-il choisi son camp ? Préfère-t-il un gouvernement gauche-centriste pour faire avancer les intérêts de la France au Moyen-Orient et surtout plaire aux Palestiniens ?

Imaginons les réactions le jour où Nétanyahou invitera Laurent Wauquiez ou Marine le Pen à la veille d’élections françaises. Ou même si Nétanyahou avait fait ces jours-ci un voyage à Paris, qu’auraient dit l’opposition et la presse ?

Rappelons qu’Emmanuel Macron est déjà intervenu dans la campagne électorale puisqu’il avait invité fin janvier dernier, et en grande pompe, le président Rivlin, connaissant parfaitement ses « opinions « sur Nétanyahou.

Yair Lapid est numéro deux d’un parti politique et prétend devenir prochainement le nouveau chef de la diplomatie israélienne et puis Premier ministre dans le cadre d’une rotation bizarre. On ne lui reproche pas de rencontrer des hommes politiques étrangers. C’est tout à fait légitime et normal dans un Etat démocratique. Nous avons connu dans le passé des rencontres informelles et amicales de François Mitterrand avec Shimon Pérès alors que ce dernier était dans l’opposition.

Toutefois, il est bien étonnant et très surprenant de prendre l’avion et s’envoler à Paris pour rencontrer soi-disant un « ami » à l’Elysée à quelques jours des élections. L’annoncer sur Tweeter à la dernière minute est aussi contraire à la règle diplomatique.

Celui qui prétend devenir ministre des Affaires étrangères devrait savoir que l’ambassadeur devrait être prévenu pour pouvoir aussi l’accompagner. Lapid a prétendu avoir discuté avec Macron de la menace iranienne, de l’avenir de la Syrie et de la question palestinienne, dont le problème à Gaza, ainsi que de l’antisémitisme en France.

Y-avait-il urgence ? Ne sait-il pas que pour des questions urgentes et des dossiers brûlants, il est aussi normal d’informer le ministre des Affaires étrangères et même le Premier ministre ? Pourquoi cette précipitation, ce côté enfant dans la démarche ? Ne peut-il pas attendre les résultats des élections ? Même le journal de gauche Haaretz a ridiculisé la démarche de Lapid en publiant une caricature de la vie parisienne.

Lapid avait déjà commis une erreur d’interférence en soutenant le candidat Macron aux élections présidentielles de 2017.

Cependant, il n’y a aucune comparaison avec les récents voyages de Nétanyahou à Washington et à Moscou. C’est le devoir du Premier ministre de renforcer les relations avec les deux grandes puissances de la planète. Lors de ses rencontres, le président Trump a signé un décret présidentiel historique sur la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan, et le président Vladimir Poutine avec son état-major militaire a coordonné la marche à suivre en Syrie, en présence des généraux israéliens et du chef du Mossad.

Suite à cette rencontre importante au Kremlin, le chef de l’armée russe a rendu un dernier hommage vibrant au soldat israélien Zachary Baumel, tombé lors de la Première guerre du Liban en 1982.

Cette cérémonie solennelle est unique dans les annales. Pour la première fois, le drapeau bleu-blanc frappé de l’étoile de David est omniprésent et honoré dans le sacro-saint du ministère de la Défense russe à Moscou. C’est ça l’essentiel, le grand changement dans les relations internationales après de longues années d’hostilité, et le soutien militaire de l’Union soviétique aux pays arabes dans leur combat contre l’Etat juif.

Et puis, comment oublier la vague antisémite dans l’ancienne Russie tsariste et communiste ? Les protocoles des sages de Sion ? Les pogroms ? Les procès de Staline ? Le changement est donc total et la différence énorme.

La cérémonie à Moscou devrait donc être jugée dans une perspective historique et non comme un « cadeau » à Nétanyahou pour les élections. En ce qui concerne les raisons et les intérêts stratégiques de Poutine nous ne sommes pas naïfs.

La visite éclair de 12 heures, à la veille d’un shabbat et in extremis de Yair Lapid à Paris, divise et non rassemble. Effectuée à la sauvette, elle soulève la manie des cachotteries entre amis…

Quel rapport a-t-elle avec le fait que les deux hommes se connaissaient depuis une ancienne visite de Macron en Israël effectuée en tant que ministre des Finances, comme tente de le justifier l’Elysée ?

Personne n’est dupe et c’est bien clair, le président français a choisi son camp et préfère un parti israélien « plus flexible et moins intransigeant » que Nétanyahou pour offrir aux Palestiniens un Etat indépendant et s’aligner ainsi à la position française.

Macron a pris un grand risque sur l’avenir des relations franco-israéliennes et sur l’influence de la France dans la région. Il est possible que Lapid soit toujours dans l’opposition et Netanyahou réélu.

Cette rencontre a aussi pour but d’influencer le vote important des Israéliens francophones. C’est une ingérence grave et inadmissible de la part du président français. Lapid veut en tirer profit personnellement, contrairement à toute éthique politique et diplomatique.

Cet article a été publié le 7 avril 2019 sur le site http://jcpa-lecape.org/

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 22 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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