Macron endosse sa combinaison de pompier

L’objectif est clair. Éteindre le feu des gilets jaunes. Sinon de réduire à des portions insignifiantes. Pour cela, Emmanuel Macron mouille non seulement la chemise au sens propre avec ses débats marathon mais endosse une combinaison de pompier. Il parcourt pour cela le territoire français avec en bandoulière une très forte envie de séduire à nouveau, de retisser des liens avec les français que ses choix économiques, son style de gouvernance avaient distendu.

C’est pour toutes ces raisons que les récentes sorties d’Emmanuel Macron devant les maires de France avaient des allures de meetings électoraux où le verbe haut, la posture généreuse, les performances de séductions ne tendaient que vers un seul objectif : reprendre cette confiance perdue par les aléas de la politique moins de deux ans après son arrivée à l’Élysée et qui constituent le carburant des Gilets Jaunes.

En proposant ce débat national, Emmanuel Macron ambitionnait de substituer le dialogue politique et participatif aux manifestations de rue avec leurs risques de dégénérer en violence et en confrontations avec les forces de l’ordre. L’acte X de ces manifestations montre clairement qu’une grande partie des Gilets Jaunes veulent continuer à battre le pavé plutôt qu’à taquiner les micros. En fin stratège qui aspire à reprendre la main, Emmanuel Macron espère opposer devant le tribunal de l’opinion française deux images, deux clichés qui au fil des événements risquent de peser lourdement sur la compréhension dont semble bénéficier le mouvement de gilets jaunes auprès des français.

La première image chérie par l’équipe de communication de l’Élysée, travaillée avec un talent d’orfèvre par Emmanuel Macron aspire à montrer les français participer même de manière houleuse à des agoras d’échanges où se confectionnent les cahiers de doléances, où se construit un consensus sur les grandes réformes, voire ruptures indispensables à la société française. Cette démarche est soutenue par les partis classiques, PS, LR, et MODEM qui y voient une manière de trouver une sortie à cette crise inédite dans son ampleur.

La seconde image est celle évoquant des groupes de gilets jaunes devenus autistes aux appels d’Emmanuel Macron qui s’entêtent à descendre dans la rue et à continuer à manifester chaque fin de semaine. Avec le risque de dérapages sécuritaires et de scènes de violence devenues répétitives. Ces scènes sont soutenues médiatiquement, couvées politiquement par deux forces de l’extrême, le rassemblement national de Marine Le Pen et la France Insoumise de Jean Luc Mélenchon.

Ces deux icônes de l’opposition à Emmanuel Macron ont toujours rêvé de jouer dans la rue le troisième tour de la présidentielle. Les gilets jaunes leur ont offert cette opportunité d’affaiblir Emmanuel Macron et de réaliser à travers leurs protestations les actes d’opposition dont leurs formations politiques respectives étaient incapables. Ni Marine Le Pen ni Jean Luc Mélenchon n’ont pu mobiliser les français pour s’opposer aux réformes d’Emmanuel Macron.

Par ailleurs, cette crise qui entame sa dixième semaine de protestations avait montré d’inquiétantes défaillances dans l’équipe dirigeante d’Emmanuel Macron. De par sa tendance naturelle à monopoliser la parole politique et les limiers qui vont avec, au moment crucial de la crise, il s’est trouvé personne de crédible dans son entourage pour porter la contraction à l’opposition et incarner un plaidoyer efficace.

Le Premier ministre Édouard Philippe dans la mesure emblématique d’imposer les 80 km fut considéré comme à l’origine de cet incendie social était inaudible pour apporter la moindre perspective. Bien au contraire, son martien a la tête du gouvernement, lui qui a avait adopté en compagne des ministres de droite Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publiques et Bruno Lemaire, ministre de l’économie et des finances, des postures de grand comptable, semble être une partie non avoué de la crise.

Deux visages sont distingués dans cette bataille de la communication pour défendre et expliquer le projet d’Emmanuel Macron. D’abord Marlène Schiappa secrétaire d’Etat de l’Egalité entre les Femmes et les Hommes et de la lutte contre les discriminations, et Mounir Mahjoubi secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances et du ministre de l’Action et des Comptes Publiques chargé du numérique. Les deux, jeunes icônes de la Macronie ont investi les médias pour parler de temps à autres avec leurs tripes et afficher leurs passions de débutants là où les vieux crocodiles de la politique, allié de circonstances de Macron préfèrent observer de loin ce terrible bras de fer entre la rue et le président de la République.

à propos de l'auteur
Mustapha Tossa est journaliste franco-marocain installé à Paris, né le 28 mai 1963 à Marrakech. Chroniqueur et Editorialiste dans plusieurs médias Francais et marocains, spécialiste du Monde arabe, il intervient régulièrement sur des plateaux de télévision Francais ( i-tele, LCI, France 24 et TV5 ) et internationales pour commenter l'actualité française et arabe.
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