Macron en Israël et chez les Palestiniens

Le président français Emmanuel Macron, à gauche, s'adressat au président palestinien Mahmoud Abbas lors des funérailles nationales du défunt président Beji Caid Essebsi au palais présidentiel de Carthage, dans la banlieue est de la capitale, le samedi 27 juillet 2019. (Fethi Belaid / Pool via AP)
Le président français Emmanuel Macron, à gauche, s'adressat au président palestinien Mahmoud Abbas lors des funérailles nationales du défunt président Beji Caid Essebsi au palais présidentiel de Carthage, dans la banlieue est de la capitale, le samedi 27 juillet 2019. (Fethi Belaid / Pool via AP)

Le président français adore les symboles, commémorer les grandes dates historiques, organiser et participer aux grands sommets. Présenter de nouvelles idées, faire avancer des projets dans le cadre de l’hexagone et sur le plan international.

Avec dynamisme et persévérance, il pense convaincre les leaders de la planète d’adopter sa propre feuille de route. Infatigable, le jeune président aime aussi les coups de théâtre, et surtout faire cavalier seul.

Ces jours-ci, au moment où une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement, sont invités à Jérusalem pour participer dans le cadre de Yad Vashem, au 75ième anniversaire de la libération d’Auschwitz, le président Macron est le seul à aller aussi à Ramallah pour soutenir le vieux Mahmoud Abbas et discuter avec lui de la relance française du processus de paix. Pour le Quai d’Orsay, on ne vient pas en Israël sans passer par Jérusalem Est et Ramallah, et déposer une gerbe sur le tombeau d’Arafat…

Et puis, comment pouvoir calmer et rassurer les capitales arabes des bonnes intentions de la France et surtout la forte communauté musulmane ?

Il est fort regrettable que chaque décision gouvernementale concernant le renforcement des relations bilatérales soit liée au conflit israélo-musulman. Le manque d’audace et de courage politique caractérisent cette relation.

Dans le contexte actuel, la démarche du président Macron est contre-productive, provocatrice et sans doute inutile, car les leaders de la planète sont venus spécialement à Jérusalem pour rendre hommage aux victimes de la Shoah et combattre contre l’antisémitisme sur toutes ses formes, notamment le boycottage et la déligitimation de l’Etat Juif par les Palestiniens.

Plus grave encore, les Palestiniens emploient le terme Nakba (la catastrophe de l’établissement de l’Etat d’Israël) pour justement minimiser l’importance et la singularité de la Shoah et délégitimer l’Etat Juif. Cela est incompatible avec les propos de Macron qui disait lui-même : « l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme » ?

Le Président Macron devrait savoir que depuis la Seconde Guerre mondiale, jamais les Juifs de France n’avaient connu une menace aussi pesante sur leur avenir. Les attentats et les actes antisémites les inquiètent profondément. Contrairement aux promesses des autorités françaises, les actes antisémites augmentent chaque jour.

Cette recrudescence dangereuse est le résultat d’une incitation à la haine permanente de la part de nos détracteurs. Des mensonges et des calomnies et des voix pour la délégitimation et le boycottage de l’Etat juif sont entendus par les prêcheurs dans les mosquées, par des professeurs dans les universités, dans certains médias et sur les sites internet.

Pourtant, les Juifs français demeurent les plus fidèles de la République et contribuent au rayonnement de la civilisation française.

Depuis son installation à l’Elysée et après plusieurs dérobades, c’est la première fois que le président Macron débarque enfin à Jérusalem. Certes, sa présence est importante et le président français est toujours le bienvenu en Israël, mais pourquoi faut-il à chaque voyage rendre également visite chez les Palestiniens ? Qui est responsable de sa sécurité ?

Les services israéliens et la police n’ont pas déjà assez de problèmes logistiques pour assurer la sécurité d’autres dizaines dirigeants de la planète dans un environnement tendu et hostile ? Macron a-t-il oublié le grave incident avec Jacques Chirac en octobre 1996 dans l’enceinte de l’église Saint-Anne à Jérusalem-Est?

Pourquoi attirer l’attention sur des questions politiques ? Minimiser cet exceptionnel événement historique à Jérusalem et ne pas le focaliser uniquement sur le combat contre l’antisémitisme, comme le souhaitent tous les dirigeants de la planète ? Pourquoi ne pas réaffirmer à cette occasion que l’antisionisme est sans aucun doute une forme d’antisémitisme et renforcer l’enseignement de la Shoah ?

Enfin, comment reparler ici du processus de paix en pleine période électorale ? Pourquoi intervenir dans nos affaires intérieures ? Comment expliquer la rencontre avec Benny Gantz qui n’est qu’un chef de parti et non pas chef de l’opposition ? Macron n’avait-il pas commis l’erreur de recevoir Yair Lapid à l’Elysée à quelques jours des dernières élections ?

Voilà plus de 50 ans que tous les gouvernements français exigent un retrait d’Israël « des territoires » et notamment de Jérusalem-Est. Voilà un demi-siècle qu’ils affirment pouvoir garantir notre sécurité avec « des frontières sûres et reconnues. » Cependant, à vouloir jouer à tout prix un rôle d’influence dans notre région, la France n’a pas respecté, par sa politique partiale, les règles du jeu et le vrai arbitrage. De ce fait, toutes les tentatives françaises ont avorté.

A Jérusalem, le Président Macron prononcera sans doute des paroles chaleureuses d’amitié et de franchise et dira que les relations bilatérales entre Jérusalem et Paris sont au beau fixe et sur plusieurs plans. Toutefois, il est clair que tous les beaux discours ne changent en rien la politique pro-arabe de la France dans notre région.

Cet article a été publié le 19 janvier 2020 sur le site https://jcpa-lecape.org/

 

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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