Ma nishtana : réflexions sur l’économie post-corona 

Pixabay
Pixabay

Parmi toutes les incertitudes auxquelles nous sommes confrontés actuellement, quelque chose est au contraire sans équivoque dans ce que nous vivons : la notion de rupture.

Cette ou plutôt ces nombreuses ruptures de tous ordres nous sont propices pour nous exprimer sans frein sur les réseaux sociaux, sous forme de créations artistiques variées, comme de réflexions philosophiques profondes. Et puis, parfois, nous redescendons aux choses de la réalité : l' »aplanissement de la courbe », les recherches en cours sur le vaccin, et bien entendu la hantise de la reprise de la croissance économique après la crise. 

Et pourquoi, au cours de ce phénomène de déconstruction et reconstruction interne, ne pourrions-nous pas en profiter pour faire le lien entre ce qui semble incompatible : les réflexions philosophiques d’un côté et notre rapport à l’économie de l’autre ? 

A titre d’exemple, voici une réflexion à propos d’une visite guidée à laquelle j’ai participé il y quelques temps à la Cour Suprême de Justice à Jérusalem. Entre autres symboles architecturaux de ce bâtiment, les ouvertures du plafond, elliptiques, représentent la notion de justice, divine si l’on veut ou en tout cas inaccessible.

Au sol sont intégrés en miroir des carrés qui représentent sa mise en œuvre par nous les hommes grâce à l’élaboration de lois. La hiérarchie est claire entre ce qui nous dépasse – dans ce cas, la justice parfaite – et les outils que nous créons pour l’appréhender à notre manière : les lois, qui sont imparfaites. Preuve en est à cela, l’évolution du droit au cours de l’histoire, comme sa variabilité d’un pays à un autre. 

Quel rapport y a-t-il avec « le corona » ? C’est la remise en perspective de la hiérarchie entre deux choses. D’un côté: notre écosystème, notre planète, le monde en fait, comme on voudra l’appeler, et de l’autre les modèles économiques que nous avons élaborés pour y évoluer, depuis la nuit des temps. Troc puis monnaie réelle ou bitcoin, systèmes féodaux puis capitalisme ou socialisme, bons ou mauvais. Ils nous sont nécessaires, mais ne sont que des modèles. 

Le Covid-19 lui n’est pas l’élément d’un modèle, comme ne le sont pas les multiples manifestations des changements climatiques en cours. Il fait partie du « réel ». Et si l’on en revient à la théorie mathématique des ensembles, le monde est le grand ensemble et l’économie en est un sous-ensemble et non l’inverse. Le Covid-19 se trouve quelque part dans ce grand ensemble qui est l’écosystème, et il interagit avec les sous-ensembles: l’économie, la législation etc… 

Lorsque Trump, le gourou de l’économie de marché, décide de verser une indemnité à l’ensemble de la population, ou lorsque Macron trouve miraculeusement les fonds qui lui faisaient défaut face aux revendications diverses de grévistes ou de gilets jaunes, n’avons-nous pas là une démonstration magistrale d’une dissonance ? Et n’en sommes-nous pas au point de remettre les choses en place ? 

Car tout n’est pas désordre et chaos, si nous acceptons de voir que le monde est plus grand que l’économie et que c’est nous qui créons le modèle économique et non pas lui qui nous gouverne. Et il est à la fois indispensable et imparfait, donc évolutif. 

Au cours de notre confinement, nous avons mis le doigt sur les intangibles: toutes ces activités non rémunérées et autres bienfaits non comptabilisés qui pourtant créent une valeur ajoutée. Aucun des modèles économiques que nous connaissons ne les reflète. Ne sont pas non pas reconnus non plus en sens inverse les externalités, ces dommages infligés à la qualité de notre milieu de vie, et leurs implications entre autres sur la santé publique. Et ceci ne sont que des exemples. 

Il existe nombre d’outils en économie écologique par exemple, et un foisonnement d’idées en cours d’élaboration pour changer la donne. Il est donc légitime de dépoussiérer sans complexes nos indicateurs et théories obsolètes, et de créer un modèle économique novateur. Il sera à la lumière des évidences que nous avons découvertes ces dernières semaines, comme à la hauteur de toutes nos réflexions philosophiques. 

à propos de l'auteur
Née en France, Catherine est ingénieure agronome de formation, avec deux spécialisations : la biotechnologie et la gestion environnementale. Il y a 12 ans, elle fait son alyah à partir du Vénézuela où elle a vécu 20 ans. Catherine est actuellement guide et organisatrice de voyages en Israël dans sa propre compagnie.
Comments