Lutte Zemmour-Habib en perspective

Gauche : Le député français Meyer Habib à l'Assemblée nationale à Paris, le 28 novembre 2014. (Crédit : capture d'écran)
Droite : Eric Zemmour prononçant un discours lors d'un rassemblement électoral à Toulon, dans le sud de la France, le dimanche 6 mars 2022. (AP Photo/Jean-François Badias, Dossier)
Gauche : Le député français Meyer Habib à l'Assemblée nationale à Paris, le 28 novembre 2014. (Crédit : capture d'écran) Droite : Eric Zemmour prononçant un discours lors d'un rassemblement électoral à Toulon, dans le sud de la France, le dimanche 6 mars 2022. (AP Photo/Jean-François Badias, Dossier)

Il est fort probable que le Canard Enchainé lise Temps et Contretemps car, selon un de ses encadrés, la question peut raisonnablement se poser. Il y a en effet concordance entre l’un de nos articles et cette rubrique dans le volatile. Dans notre publication du 16 avril intitulé «De profundis pour Zemmour, les urnes ont parlé clairement»,nous avions risqué une boutade, une lourde plaisanterie en écrivant «Devant l’engouement porté sur son nom et les nombreux soutiens qui ont scandé son nom en Israël, il lui reste une solution pour exister, se faire élire député de la circonscription des Français de l’étranger, fonction aujourd’hui portée par Meyer Habib». Mais cette boutade devient presque une réalité.

Meyer Habib avait été reconduit dans la 8e circonscription des Français de l’étranger (Italie, Malte, Saint-Marin, Saint-Siège. Chypre, Grèce, Turquie, Israël) avec 7.998 voix (57,86%) sur 14.201 exprimées mais avec un taux d’abstention de 88,3%.

Il est vrai qu’au premier tour des élections présidentielles, avec une participation d’à peine 10%, Éric Zemmour est arrivé en tête avec 3.124 voix (53,59%) contre 1.849 voix (31,72%) pour Emmanuel Macron. Les Franco-israéliens, qui ont opéré depuis longtemps un virage à l’extrême-droite, ont adoubé Zemmour pour le seul motif qu’il condamne tous les Arabes, les islamistes, et les Palestiniens en particulier. Meyer Habib a réalisé ses meilleurs scores à Netanya et Ashdod où vit une forte communauté juive de France, où il obtient respectivement 91% et 87% des suffrages exprimés.

Les franco-israéliens auraient un choix difficile entre ces deux candidats. Il n’est pas sûr qu’Éric Zemmour puisse apporter du nouveau dans cette circonscription où le poids du Quai d’Orsay pèse sur la politique franco-israélienne. Meyer Habib est en danger car Zemmour peut compter sur les voix d’extrême-droite, voire anti-israéliennes, dans les autres pays de la circonscription. Un candidat peu marqué par la politique israélienne pourrait réveiller les abstentionnistes qui estimaient manquer de choix au précédent scrutin et qui ne s’estimaient pas concernés par ce scrutin.

En fait, il s’agit de deux fortes «gueules» qui risquent de diviser encore plus les francophones dont la culture politique laisse à désirer et qui les jugeront sur les meilleures thèses populistes. De toute façon, l’influence à l’Assemblée nationale du député des Français de l’étranger est totalement négligeable et il s’agit plutôt d’une rente de situation pour l’élu que d’un poste à haute tenue politique.

D’ailleurs, à une époque, il était question de supprimer ces députés dans le cadre d’une réforme totale des élections législatives ; mais rien n’a été fait dans ce domaine. Certains y trouvent un point de chute ou un cadeau pour services rendus, face à leur échec en France.

Zemmour aura du mal à trouver en France une circonscription gagnable à sa mesure d’autant plus que Marine le Pen ne semble pas prête à lui faire la courte échelle, de crainte de faire entrer un concurrent gênant dans son parti. Une certitude cependant, Meyer Habib avait jusque-là une élection acquise dans un fauteuil ; il devra batailler pour garder son mandat.

Les électeurs auront le choix entre un partisan du Likoud et des orthodoxes religieux et de ce fait, exécré par le Quai d’Orsay, face à un ami de l’extrême-droite française ayant cependant des liens avec certains clans extrémistes d’Israël.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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