L’urgence d’un gouvernement d’union nationale 

Des citoyens arrivent pour voter dans un bureau de vote spécial pour les électeurs mis en quarantaine en raison d'une possible exposition au nouveau coronavirus à Jérusalem, lors des élections à la Knesset, le 2 mars 2020. (Nati Shohat/Flash90)
Des citoyens arrivent pour voter dans un bureau de vote spécial pour les électeurs mis en quarantaine en raison d'une possible exposition au nouveau coronavirus à Jérusalem, lors des élections à la Knesset, le 2 mars 2020. (Nati Shohat/Flash90)

Ces jours-ci des leaders politiques envisagent à adopter un projet de loi rétroactive pour pouvoir déloger Nétanyahou du pouvoir et en formant un gouvernement minoritaire.

Incroyable mais vrai, alors que notre système de santé s’organise pour éradiquer l’épidémie du coronavirus, éviter le pire dans les hôpitaux et que le pays plonge dans la déprime et la paralysie. Au moment où l’épidémie se propage à travers les continents et tous les gouvernements de la planète prennent des mesures préventives. A l’heure, où 15 millions d’Italiens sont mis en quarantaine et en Israël des dizaines de milliers d’Israéliens vivent confinés chez eux, des familles nombreuses paniquent et envahissent les supermarchés, l’aéroport Ben Gourion se vide de passagers et les compagnies aériennes annulent tous les vols, et nos voisins palestiniens proclament l’état d’urgence en Cisjordanie dont vivent également plus de 300 000 Juifs.

Voilà que des leaders politiques préfèrent choisir la revanche personnelle plutôt que la proposition de former un gouvernement de salut public et de gérer ensemble la crise gouvernementale et les affaires en marche.

Cette démarche est irresponsable et risque d’envenimer les querelles, rendre plus virulent le débat public, raviver les passions et engendrer la rancune et la haine.

Sans paniquer nous devrions tous nous organiser efficacement pour prévoir les lacunes et éviter le pire. Préparer avec sagesse la population à toute éventualité comme s’il s’agissait d’un conflit armé face à nos ennemis.

Comment ne pas être solidaire pour éradiquer les menaces sanitaires, affronter ensemble toutes les conséquences médicales et socio-économiques, sans oublier les dangers sécuritaires au Nord contre le Hezbollah, au Sud contre le Hamas et à l’Est face à l’Iran.

Nous avons souhaité que la dernière campagne électorale soit bien derrière nous et qu’enfin les querelles personnelles soient mises aux vestiaires, mais voilà que des dirigeants politiques tels que Liberman relancent la zizanie en véhiculant une fois encore la haine et la mauvaise foi. Ils sont capables de mentir, de changer d’opinion et d’idéologie, de retourner leur veste, et même de signer un pacte avec le diable pour seulement voir Nétanyahou derrière les barreaux.

Comment comparer Nétanyahou à Erdogan, à celle de la Turquie islamiste ? Un pays dont les opposants au pouvoir et les journalistes sont jetés en prison sans aucun procès équitable. Souvenons-nous du film d’Alan Parker et Oliver Stone : Midnight Express

Certes, la politique est parfois sale et à vomir et Nétanyahou lui-même a aussi contribué à ce climat malsain, mais la situation actuelle est criante, avec les circonstances mentionnées, elle dépasse l’entendement.

C’est clair, Nétanyahou n’a pas obtenu la majorité absolue pour former un gouvernement mais la loi lui permet d’exercer ses fonctions de Premier ministre tout en défendant sa cause devant les juges. La vengeance personnelle prévale sur les intérêts de l’Etat et donc tous les moyens sont-ils permis pour le chasser du pouvoir ? Mais comment adopter une loi juste après des élections législatives et surtout avant la constitution d’un gouvernement ?

Pourquoi ces chefs de partis n’ont pas annoncé leur intention avant le dernier scrutin ? Pourquoi ignorer la solide confiance à Nétanyahou de 58 députés représentants plus de deux millions d’électeurs dont 1,352,334 sont du Likoud ?

Bien entendu, les Arabes représentent 20% de la population et font partie de la société israélienne. D’ailleurs, il est temps de nommer un ministre non juif pour représenter cette importante minorité car sa majorité écrasante demeure fidèle à l’Etat.

Mais comment accepter un parti en son sein qui véhicule la haine contre les soldats de Tsahal et glorifie les terroristes ? Comment tolérer un mouvement politique qui prône le retour en Israël des réfugiés palestiniens depuis 1948, et dire clairement niet à un Etat Juif ? Comment ignorer des messages qui ignorent le caractère juif de l’Etat et dire qu’une majorité juive est une sorte de racisme et d’apartheid ? Peuvent-ils siéger dans ces conditions au sein d’une coalition sioniste ? Pourront-ils accepter l’Accord du siècle ? Une annexion de la vallée du Jourdain et des implantations ? Une opération de grande envergure contre le Hamas palestinien à Gaza ou contre le Hezbollah libanais ?

Pour toutes ses raisons, un gouvernement minoritaire demeurera instable et dépendra des caprices des petits partis charnières. Il ne pourra durer longtemps et donc toutes les acrobaties et les lois rétroactives seront complètement inutiles.

Devant la gravité de l’épidémie du coronavirus et face à toutes les autres menaces, rappelons que depuis la nuit des temps, les juifs se sentent liés par une responsabilité et des intérêts communs.

La pérennité du peuple juif s’est renforcée dans l’union, dans la générosité des associations caritatives et humanitaires, dans l’aide aux malheureux et aux défavorisés, et dans l’esprit de solidarité également avec les autres peuples.

Dans les moments de crise grave seul un gouvernement d’union nationale est capable de gérer toutes les affaires du quotidien et de l’Etat, de redonner à la population de l’espoir en attendant des jours meilleurs.

 

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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