L’Union Européenne encore une fois confrontée à ses grands principes fondateurs face à l’Iran

I-Les grands principes fondateurs de l’Union Européenne

Sortie de l’horreur du second conflit mondial les ennemis d’hier avaient voulu amorcer un rapprochement progressif afin de ne pas répéter les douloureuses expériences du passé. Le rapprochement d’abord été économique s’est élargi à un nombre croissant de pays européens. Le déclin de l’importance des frontières nationales pour la circulation des biens était le fait annonciateur de la libre circulation des personnes qui avait pour corollaire l’harmonisation de leurs droits fondamentaux.

Partie d’un agglomérat de petits pays dont la taille n’était plus adaptée aux grands défis planétaires, l’Union Européenne (UE) devait être à la hauteur de nations hégémoniques en tentant de devenir elle-même une nation. Une harmonisation chaotique et la volonté de grossir par accumulation d’entités nationales non préparées et ne partageant pas les mêmes aspirations à finalement engendré une détérioration d’ensemble.

La Charte des Droits Fondamentaux a d’abord été une belle référence éthique et son application est même devenue « en principe » obligatoire alors que dans les faits certains Etats membres en ont été exemptés et son application a été globalement laissée à l’appréciation des tribunaux nationaux. Ce manque de détermination a permis à certains Etats-membres de devenir des dictatures tout en restant au sein de l’UE et a engendré le Brexit et la montée de régimes populistes pouvant mener à l’implosion de l’UE.

L’UE a pour leaders la France et l’Allemagne mais ce dernier pays est devenu politiquement instable. L’UE n’a pas vraiment d’armée sinon celle de la France (puisque le Royaume Uni est sur le départ), n’a pas de politique humanitaire interne suffisamment claire puisqu’elle tolère des dictatures en son sein et sa politique internationale est ambiguë voire déplorable (par exemple cas de l’Ex-Yougoslavie et du Rwanda).

A présent se pose la question de la dictature iranienne qui prive les iraniens de liberté et menace celle des citoyens où la dictature entend exporter son idéologie et son combat. Face à cette source de dangers l’UE a choisi sa traditionnelle procrastination.

II – L’Iran

1-Aboutissement à la révolution islamiste

Le Shah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi, avait avec autorité mené l’Iran vers l’occidentalisation et le développement économique. Dans le cadre de sa révolution blanche le Shah avait voulu moderniser les structures agricoles et aussi émanciper les femmes mais cela avait été considéré par les chefs religieux comme un viol de la Loi de Dieu.

Les fastes destinés à honorer la civilisation préislamique persane avaient aussi été considérés comme une provocation pour les chefs de l’Islam. Son opposant le plus combatif, l’Ayatollah Rouholla Khomeiny avait été poussé à l’exil qui dura 14 ans en Irak et une année en France. En Irak l’Ayatollah Khomeiny était contraint à une retenue mais à partir de la  France il a pu librement propager une pensée radicale et violente.

En 1973 les revenus pétroliers de l’Iran avaient été boostés par la politique du Shah mais cette politique cessa d’être efficace en 1975 à la suite de la chute du dollar et de la contraction de la demande. La chute des revenus pétroliers a remis en cause les grands projets du Shah et l’équilibre financier de l’Iran, et par suite le pouvoir d’achat et les chiffres du chômage s’y dégradèrent au point de menacer le régime du Shah en 1978. Le Shah diminué par un cancer depuis 1974, quitta l’Iran en janvier 1979. Dès février le vide laissé par le départ du Shah a été comblé par le retour de l’Ayatollah Khomeiny pour mettre en place son projet de République islamique dont les conséquences n’ont pas fini de se faire sentir en Iran et dans le reste du monde.

2-Evolution de la population iranienne

La population en Iran s’élevait à 33.71 millions d’habitants (1976) à l’époque de la révolution et a atteint en 2018,  81.8 millions dont 61.85 millions ont entre 0 et 44 ans et cela signifie que 75.6% de la population n’était pas née ou était en bas âge lors de la révolution islamiste. Le régime actuel s’est donc imposé par la force depuis 1979 à une population qui pour l’essentiel ne l’a pas choisi. Par ailleurs lors de la Révolution 55% des habitants vivaient hors des villes où elle avait plus d’écho alors qu’aujourd’hui 75% de la population est urbaine.

Le mécontentement croissant de la population et en particulier celui des nouvelles générations et des femmes, a donc notamment sa source dans un changement profond de la population qui ne se reconnaît plus dans un régime venu du passé. L’UE en raison de ses supposés principes démocratiques devrait être particulièrement attentive aux aspirations du peuple Iranien et au danger que représente l’Iran en dehors de ses frontières.

III – Les provocations de l’Iran à l’égard de sa population, des pays du Moyen-Orient et du monde occidental et la réaction fuyante de l’Union Européenne

1-Le double système politique de l’Iran garantit pour le moment la pérennité de la dictature islamiste

L’existence d’un système parallèle dirigée par le Guide suprême de la Révolution assisté par les gardiens de la Révolution et les Tribunaux Révolutionnaires, verrouille toute expression démocratique et le dernier mot reste aux autorités islamiques qui perpétuent ainsi le régime de l’Ayatollah Khomeiny. L’Iran est donc une dictature et cela est notamment corroboré par les multiples rapports d’Amnesty International : « Amnesty internationale classe l’Iran dans les deux pays avec le plus fort taux d’exécution. Selon les organismes internationaux de défense des droits de l’homme, la torture et le viol par les Gardiens de la Révolution se produisent régulièrement. Amnesty international affirme qu’il n’existe pas de liberté d’expression en Iran. »

2-La révolution en Iran est aussi fondée sur l’idée de sa propagation au-delà de ses frontières

La révolution iranienne est aussi fondée sur l’idée de sa propagation au delà de ses frontières et donc l’Iran intervient pour exacerber les hostilités dans de nombreux pays.

  • L’Iran soutient le Hezbollah au Liban et participe à désorganiser ce pays. Ce soutien est matérialisé par l’envoi d’armes sophistiquées, l’envoi de conseillers spécialistes et de Gardiens de la Révolution en nombre.
  • L’Iran entretient des relations avec le Hamas et le Jihad Islamique à Gaza en dépit de leur appartenance à l’Islam sunnite et cela dans le but de prendre Israël en tenailles entre le Liban, la Syrie et Gaza, car la destruction d’Israël est un principe de base de la Révolution iranienne.
  • L’organisation de l’Iran dans cette région a trois objectifs :

-La destruction d’Israël

-La prise du pouvoir au Liban

-Le soutien au régime Syrien de Bashar El Assad

  • Au-delà d’Israël et dans le cadre de sa politique judéophobique, l’Iran vise l’ensemble du peuple juif :

En 1994 le Hezbollah (soutenu par l’Iran) avait commis à Buenos Aires (Argentine) un attentat contre l’immeuble d’une organisation juive (Amia) ayant fait 85 morts. De façon générale le discours antisémite est utilisé très régulièrement par le régime iranien.

La menace de l’Iran exprimée par le Hezbollah d’envoyer de missiles sur tout le territoire israélien peut dégénérer à chaque instant en un conflit à grande échelle au moyen Orient. Il est certain que les USA entreraient dans ce conflit généralisé et donc le Régime Iranien est particulièrement dangereux pour la paix mondiale. Par ailleurs l’Iran accroît dangereusement la tension avec l’Arabie Saoudite et les Emirats. Au Yémen l’Iran arme les rebelles Houthistes et amplifie le conflit avec l’Arabie Saoudite.

3- Comprendre la problématique de la possession du feu nucléaire

L’Iran vit une crise économique profonde et ses positions bellicistes risquent de l’empêcher longtemps de tirer tout le bénéfice que lui apporteraient ses exportations de pétrole. Là encore l’UE est le ventre mou du monde occidental en organisant des montages financiers permettant de traiter commercialement avec ce pays. Les réserves de pétrole de l’Iran sont évaluées à 133 milliards de barils soit environ 80 années de consommation.

La diversification des ressources de l’Iran est donc loin d’être une priorité compte tenu de ses besoins économiques urgents. En revanche la détention du feu nucléaire assurerait la survie de la dictature et de sa politique de nuisance hors d’Iran. A titre d’exemple les différents tirs d’essai d’armes nucléaires ou à hydrogène en Corée du Nord ne sont certainement pas étrangers au maintien de sa dictature.

L’arme nucléaire est donc sans aucun doute l’objectif premier du Régime Iranien qui est loin de se préoccuper de diversification des ressources dans un but écologique. L’arme nucléaire est supposée n’être que dissuasive dans les démocraties mais une dictature sous la menace pourrait  ne pas hésiter à l’utiliser. Alors que l’Iran n’a en principe pas encore l’arme nucléaire, ce pays fait déjà du chantage au nucléaire en accroissant l’enrichissement de l’uranium  si les sanctions économiques ne sont pas levées et si l’Iran possédait l’arme nucléaire on imagine que ce chantage porterait sur son utilisation.

Le fait de vouloir négocier avec une dictature l’autorisation de produire une matière dangereuse est donc un comportement irresponsable.

4-La circulation maritime dans le détroit d’Ormuz

Le Royaume Uni a fait respecter au cours du mois de juillet 2019 les sanctions prises par l’Europe contre le régime syrien en arraisonnant un pétrolier chargé de livrer du pétrole iranien à la Syrie. L’Iran à titre de représailles a arraisonné à son tour un pétrolier britannique (Stena Impero), puis un second rapidement relâché.

Les actes de guerre ne s’arrêtent pas puisque l’Iran a tenté quelques jours plus tard d’arraisonner un troisième pétrolier (British Heritage) mais en a été empêché par la marine britannique.  Pour livrer son pétrole au régime de Bashar El Assad l’Iran est prêt à commettre des actes de guerre contre l’UE et à gêner la libre circulation dans le détroit d’Ormuz et cela constitue une atteinte grave au droit maritime. Escorter militairement chaque navire n’est pas la solution car cela consisterait à s’attaquer aux symptômes du mal en en négligeant la source.

IV-Conclusion

Le manque de détermination de l’UE et des pays qui la composent stimule la nature belliciste de l’Iran et risque d’aboutir à une déflagration régionale. L’UE qui est en perte de crédibilité, doit se montrer plus ferme à l’égard des régimes tyranniques en commençant par les Etats membres déviants, et en intervenant de façon adéquate dans les pays qui ont vocation à accroître les conflits régionaux et internationaux.

Les premières victimes du régime de Téhéran sont les iraniens qui pour la plupart sont étrangers à la naissance du régime dictatorial islamiste. L’Iran aide le développement de groupes terroristes et déstabilise ouvertement les régimes du Moyen-Orient. L’Iran a un goût certain pour les conflits et une nouvelle guerre au Moyen-Orient aurait des effets sur l’économie de l’ensemble des pays occidentaux. L’Iran n’a pas attendu de détenir le feu nucléaire pour commencer un chantage nucléaire en utilisant l’argument de l’accroissement de l’enrichissement de l’uranium.

à propos de l'auteur
Didier est de formation franco-américaine : Paris -Dauphine, CFA USA et UK. Il a 35 ans d'expérience des affaires internationales (Finances) en tant que Directeur ainsi qu'une connaissance approfondie d'Israël et du Moyen Orient
Comments