L’Union africaine, forte avec Israël, inefficace au Soudan

L’Union africaine parle haut et surtout à tort quand il s’agit d’Israël. Mais face aux massacres d’El Fasher, au Soudan, elle chuchote. Son dernier communiqué du 28 octobre 2025, censé traduire une réaction ferme, s’apparente davantage à un texte administratif, marque de fabrique de l’Union africaine.
Alors qu’Israël a tenté un rapprochement vers l’Afrique – qui aurait été plus bénéfique pour plusieurs États africains -, l’Union africaine et beaucoup de ses États membres ont eu des mots très durs envers Israël pour parler de la guerre menée contre le Hamas à la suite du pogrom du 07 octobre 2023 : « crimes de guerre », « apartheid », « violations du droit international ».
À La Haye, les représentants africains s’érigent en défenseurs de la justice universelle. Mais à El Fasher, au nord du Darfour, quand les civils africains meurent de faim, quand les milices encerclent les quartiers et que la famine sert d’arme, la même Union africaine retrouve le ton feutré des diplomates : un communiqué, quelques « préoccupations », et un vœu pieux.
Déclaration de principe
Le 28 octobre dernier, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine s’est réuni en urgence. On aurait pu croire à un sursaut, mais non.
Le texte adopté – composant quatorze points au total – ressemble à une déclaration de principe sans souffle. On y « réaffirme » des engagements, on « condamne » les violences, on « exige » la fin des hostilités, on « demande » l’ouverture de couloirs humanitaires. Et après ? Rien. Pas un plan, pas une mission, pas un calendrier.
Le communiqué se perd dans un langage administratif : la Commission de l’Union est invitée à « suivre », « signaler », « formuler des propositions » et « soumettre des recommandations » dans un délai de trois semaines. La diplomatie africaine dans toute sa splendeur, mais surtout : la bureaucratie de la tragédie. Pendant ce temps, à El Fasher, les corps s’entassent sans que des marches n’aient lieu à Dakar…
« Saisie de la question »
Le même texte cite le haut représentant pour l’initiative « Faire taire les armes en Afrique », le Dr Mohamed Ibn Chambas, et d’autres diplomates respectables. Ils parlent de « dialogue inclusif », de « processus pacifique », de « réconciliation ». Des mots justes mais creux tant ils semblent détachés de la réalité du terrain.
La guerre au Soudan qui oppose depuis 2023 l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR) a déjà ravagé des régions entières. Des millions de déplacés, des milliers de morts, des villes transformées en champs de ruines. Et l’Union africaine ? Elle « reste saisie de la question ».
Cette formule, répétée à chaque crise, est devenue un monument d’impuissance.
Une Union africaine plus à l’aise contre Israël que face à ses propres morts
Lorsqu’il s’agit d’Israël, tout change. L’Union africaine se découvre une voix, une assurance, une posture de puissance morale. Elle plaide devant la Cour internationale de justice, elle fustige, elle s’indigne. Et tout le monde applaudit.
Mais défendre le Soudan, c’est autre chose. Cela impliquerait de déranger des alliés, d’assumer des choix, d’agir vraiment. Alors l’Union Africaine se tait. Ou pire : elle parle pour ne rien dire ; et cette indignation à géométrie variable finit par ressembler à une stratégie de fuite.
On condamne là où c’est commode. On détourne les yeux là où c’est difficile, et surtout là où on devrait intervenir directement.
Le communiqué du 28 octobre condamne « les atrocités » d’El Fasher, rejette la création d’un « gouvernement parallèle » par les FSR et appelle les Soudanais à un « dialogue inclusif ». Mais il ne prévoit ni présence sur le terrain, ni aide humanitaire, ni mission d’observation.
Le Conseil de paix et de sécurité confie au président de la Commission, Moussa Faki Mahamat, la tâche d’organiser des réunions et de formuler des « propositions » en trois semaines.
Trois semaines. Pendant lesquelles on meurt chaque jour. Cette distance entre le verbe et l’action n’est plus tenable. L’Union africaine s’était donnée pour mission de « faire taire les armes ». Aujourd’hui, elle se contente d’en commenter le bruit.
Regarder l’Afrique avant de juger le monde
Avant de plaider la cause palestinienne devant les caméras, l’Union africaine ferait bien de descendre de sa tribune et de marcher dans les rues du Darfour.
Avant de condamner Israël, qu’elle ose d’abord nommer les bourreaux africains et leurs soutiens notamment au Moyen-Orient.
Avant de se dire gardienne du droit international, qu’elle commence par protéger le droit à la vie de ses propres peuples.
Le texte du 28 octobre se conclut par la phrase rituelle :
Le Conseil de paix et de sécurité décide de rester activement saisi de la question.
Une façon polie de dire : on verra plus tard pour ne pas dire jamais.
Ce communiqué, malgré sa longueur, révèle le vide d’une Union africaine engourdie, paralysée par la peur d’agir. À Addis-Abeba, on écrit ; à El Fasher, on enterre.
Je ne sais pas si l’Union Africaine interviendra au Soudan au-delà des mots mais je reste convaincu d’une chose : si les victimes d’El Fasher avaient été israéliennes, leur assassinat odieux ne serait pas resté impuni.
